CHAPITRE V
Le 8 et le 9 mai le canon gronda à Palo-Alto et au ressac de Guerrero, sur les bords de la rivière du Nord. Arista attaqua mollement (48) les Américains et fut repoussé avec des pertes considérables. Son artillerie, mal servie, fit peu de mal à l’ennemi, tandis que celle de Taylor foudroya ses colonnes. Plus de mille Mexicains restèrent sur le champ de bataille, et un grand nombre se noyèrent clans le fleuve en cherchant à fuir; la déroute fut complète.
Pour l’armée d invasion ce premier succès était de grande importance; Arista devant évacuer Matamoros par suite de ce désastre, Taylor devenait maitre des deux rives du Bravo1. Bientôt toutes les petites villes échelonnées sur ce fleuve se soumirent au vainqueur, et le général Ampudia n’opposa dans la défense de Monterey qu’une faible résistance à Taylor, qui prit possession de cette ville, le 25 septembre, terminant là les opérations de la première campagne.
Cependant le gouvernement de Paredes était devenu de plus en plus impopulaire; les revers qu’il avait essuyés à la frontière ne contribuaient pas peu à lui aliéner l’esprit national. La gloire de scs généraux eût pu consolider son pouvoir usurpé; la honte ou le malheur des journées de Palo-Alto et de Monterey, retombant sur lui, devait l’écraser. Ce fut un officier du nom de Salas, homme inconnu jusqu’alors, qui lui porta le coup fatal : il souleva 3 contre son
* La rivière du Nord s’appelle aussi le Bravo.
2 4 août 1846.
autorité les troupes casernées dans la citadelle de Mexico, et toute la garnison de la capitale imita son exemple.
Salas, devenu président provisoire, suivit le contrepied de la marche de Paredes : il proclama le rétablissement de la fédération, et protégea le parti démocratique. L’armée redemandait à grands cris Santa-Anna, et les libéraux purs, trop faibles par eux-mêmes pour faire taire la voix de ces modernes prétoriens, s’unirent à eux dans l’espoir qu’ils pourraient accomplir leurs projets de réforme sous le patronage fie leurs baïonnettes , tout en laissant à Santa-Anna le pouvoir administratif absolu , qu’il était impossible de lui contester. Ils espéraient d’ailleurs que la présence de ce général ne les gênerait pas longtemps, et que le plomb des Texiens rancuneux les débarrasserait tôt ou tard de ce despote, qu’ils avaient honni naguère, et qu’ils se voyaient obligés de caresser maintenant.
Rappelé à la présidence, Santa-Anna jura de maintenir et de défendre la constitution de 1824 que luimême avait renversée; puis il s’occupa activement de remplir les cadres des corps dispersés par la guerre, et d’appeler sous les drapeaux de nombreuses recrues pour s’opposer aux progrès de Taylor, qui menaçait le Saltillo et San-Luis.
La nouvelle assemblée constituante se composait en majorité de démagogues entreprenants. Gomez Farias, élu vice-président, croyait enfin pouvoir réaliser le rêve de toute sa vie, la confiscation des biens de mainmorte au profit de l’Etat, et la suppression des