‹ Le MexiqueChapitre 82 sur 247 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

commis la faute de choisir pour champ de bataille une chaussée entourée de marais, où ses forces ne pouvaient se déployer.

Toutefois ce n’étaient point là des affaires décisives : Mexico restait à prendre, et ces deux journées avaient coûté 1,05(> hommes à Scott, dont la division active ne comptait que 9,000 soldats.

Le 8 septembre, Scott attaqua le Moulin-du-Roi (50), qui donne entrée dans le parc de Chapultepec : il fut repoussé avec une perte de 789 hommes, au nombre desquels se trouvaient ses meilleurs officiers. Ce général était consterné : un revers de plus pouvait anéantir son armée. Cependant il fallait agir, et quatre jours après il donna l’assaut au fort de Chapultepec. Cette fois le courage des volontaires américains, secondés de la troupe de ligne, triompha de la résistance des Mexicains : à huit heures du matin , l’étendard étoilé flottait sur la terrasse du château. Un Parisien, le jeune Dargonville eut l’honneur de planter le premier son drapeau sur le fronton de l’édifice (51).

Le soir du même jour, deux barrières de la ville étaient tombées au pouvoir des envahisseurs2, et le lendemain matin leur quartier général était installé au palais des vice- rois, sans que personne se fût opposé à leur entrée. Santa-Anna avait évacué la place pendant

4 Parli comme volontaire de New-York, Dargonville fut fait sergent porte-drapeau à Churubuseo, et lieutenant à Chapultepec.

2 Cette journée coûta aux Américains 802 hommes mis hors de combat, y compris 78 officiers. — Ces chiffres sont pris des états dressés par ordre de Scott.

la nuit; il s’était retiré avec les débris de son année du côté de Guadalupe.

Ce brillant succès masquait un peu les grandes fautes du général américain. Avec une poignée de soldats, il avait fait la conquête d’un pays vaste et bien peuplé , hérissé de difficultés; il avait vaincu et dispersé trois armées de quinze à vingt mille homme chacune; il dictait des lois au Mexique depuis Vera-Cruz jusqu’à Toluca : l’invasion était consommée. Les fautes de Scott en stratégie n’existaient désormais que pour ceux qui en avaient été témoins.

Les frais de cette guerre s’élevaient déjà pour les États-Unis à 40 millions de piastres; il était temps d’en finir, et cependant la majeure partie de la nation mexicaine ne semblait pas disposée à transiger. Il fallait une nouvelle armée pour conquérir l’intérieur du pays, et le problème de la conservation des conquêtes n’était pas encore résolu. Le cabinet de Washington voulait donc la paix; mais il exigeait un nouveau sacrifice de territoire de la part du peuple vaincu.

Cependant Santa-Anna avait donné sa démission ; il fuyait, persécuté par le nouveau pouvoir. Le président de la haute cour de justice, Pena y Pena, appelé par la constitution à la présidence de la république par intérim , avait fixé le siège de son gouvernement à Queretaro. 11 désirait la paix pour son pays autant que le cabinet de Washington, et n’hésita pas à envoyer des délégués au bourg de Guadalupe pour poser, avec le plénipotentiaire américain , les bases d’un traité qui fut ratifié le 25 mai 1848 par les chambres réunies à

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