CHAPITRE V
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Le Ier juin 1852, il débarqua à Guayinas. Sa petite troupe était organisée comme un corps régulier; d’anciens officiers et sous- officiers de l’armée française en étaient les chefs subalternes.
Le peuple de Guaymas accueillit très-favorablement les Français; mais il n’en fut pas de même des autorités, qui voyaient de mauvais œil, au sein de leur pays, un corps d étrangers armés jusqu’aux dents, et traînant après eux deux pièces d’artillerie. Le commandant général Blanco, qui résidait à Hermosillo, partageant leur mécontentement et leurs craintes, fit naître toutes sortes de difficultés pour les empêcher de dépasser cette dernière ville. Les choses s’arrangèrent cependant : les Français furent acheminés vers les mines; mais à peine furent-ils partis d’Hermosillo, que le général Blanco se repentit de sa condescendance, et qu’il envoya à Baousset l’ordre de revenir conférer avec lui.
Déjà les choses étaient arrivées au point où Baousset désirait les voir. Quoiqu’il parût irrité de la lenteur que le général mexicain opposait à ses instances, des pertes que les retards causaient à la compagnie, et des contrariétés dont sa troupe était victime, il s’en réjouissait intérieurement: toutes ces tracasseries lui donnaient une apparence de raison pour l’agression qu’il méditait; et l’esprit de ses soldats, habilement conduit par lui et par ses officiers, qui étaient les confidents de ses projets, se trouvait déjà monté à un tel diapason, que Baousset semblait obéir au vœu général en prenant l’offensive.
Il refusa de se rendre lui-même à la conférence; il y envoya un de ses officiers, M. Garnier, qui rapporta du général les trois propositions suivantes, avec la faculté d’opter pour l’une d’elles : — Les Français pourraient continuer leur route à la condition de perdre leur nationalité et de devenir soldats mexicains, ayant M. de Raousset pour capitaine ; — ou bien réduire leur nombre à 50 hommes; — ou enfin attendre que leurs cartes de sûreté fussent venues de Mexico.
11 n’y avait d’admissible que la dernière condition; mais comme on avait déjà perdu plus de deux mois en pourparlers, et qu’il eût fallu attendre encore autant peut-être l’arrivée des cartes de sûreté, il n’y eut qu’une voix pour rejeter l’ultimatum du général Blanco.
Sur ces entrefaites , quarante hommes de la colonie française de Coscopera 1 sous le commandement d’un M. de la Chapelle, vinrent grossir les rangs des volontaires de Raousset. Celui-ci se sentant dès lors assez fort, jette le masque; il parcourt les villages des environs, et les appelle à l indépendance. Des Mexicains influents se mettent en rapport avec Raousset et lui promettent leur concours ; plusieurs bourgs se soulèvent en sa faveur.
Cependant l’argent manquait; les hommes étaient presque nus et sans chaussure ; l’armement seul était complet. Par suite de ses démêlés avec le général
1 Colonie fondée depuis peu de mois dans la haute Sonora par M. de Pindray, dont la mort amena bientôt la désertion parmi les colons.