CHAPITRE V
M. de Kaousset s’attendait à voir accourir autour de lui les personnes influentes qui lui avaient promis de le seconder. Il ne pouvait se figurer qu’il lût la dupe des Mexicains, se rappelant avec quel enthousiasme les habitants des bourgs voisins avaient répété après lui le cri d indépendance , et il demeurait persuadé que, quoique lents à se décider, ils finiraient par venir à lui, le voyant victorieux et maître de la ville. Cependant son attente fut trompée, et son isole ment rendit nul son triomphe et détruisit toutes ses espérances. 11 fit une tentative auprès du gouverneur de l'Etat, M. Gandara, lui envoyant ses officiers les plus intelligents pour le sonder et lui faire de belles propositions, s’il consentait à appuyer son rêve de conquête. Pour toute réponse, le gouverneur lui ordonna d’évacuer la ville et de se soumettre aux lois du pays.
D’un autre côté, les volontaires qu’il commandait commençaient à murmurer de son inaction. Raousset avait perdu son ascendant sur ses compagnons. Pour comble de malheur, il se vit attaqué de dyssenterie; et ses souffrances devinrent si aiguës, qu elles lui enlevèrent souvent l usage de ses facultés. Enfin, sa santé, déjà si ébranlée, reçut une nouvelle secousse; son médecin l’empoisonna par ignorance. 11 fallut tous les soins d’un pharmacien français pour le rappeler à la vie. Cette position n’était pas tenable : il donna l’ordre de se replier sur Guaymas.
Les Français quittèrent Herinosillo douze jours après y être entrés. Leur retraite ne fut inquiétée que par les attaques de quelques bandes de campagnards
qui, n’osant approcher, tiraient de loin et 11e leur faisaient aucun mal.
La troupe s’arrêta à trois lieues de Guaymas, décidée à y entrer le lendemain de gré ou de force. A minuit, deux négociants du port vinrent trouver M. de Raousset de la part du général Rlanco , et l’engagèrent avec instance à se rendre auprès de lui. Ils étaient porteurs d’un armistice de quarante - huit heures. Raousset y consentit, et partit sans consulter personne. 8a cavalerie s’était olferte à l’accompagner; il l’avait refusée, et avait demandé une escorte à Rlanco, que celui-ci s’empressa de lui envoyer. On le reçut à Guaymas avec les honneurs qu’on accorde a un commandant en chef.
Cependant, abattu par les fatigues du voyage, il ne put entrer immédiatement en conférence avec le général. Ses volontaires attendaient avec impatience que leur sort fût fixé; chaque heure qui s’écoulait augmentait leur inquiétude. Ils envoyèrent deux de leurs officiers avec l’autorisation de traiter, si M. de Raousset se trouvait dans l impossibilité de le faire luimeme; mais ces officiers, négligeant de les informer de ce qui se passait, se contentèrent de leur faire annoncer un nouvel armistice. La troupe prend alors un parti extrême : elle députe un matelot et un autre volontaire aussi peu lettré auprès de Rlanco , pour s’entendre directement avec lui. Ces nouveaux délégués se présentent chez Raousset, qui refuse de les recevoir. Froissés dans leur amour-propre et fiers de leur mission, ils vont droit à Rlanco, qui les reçoit a