‹ Le MexiqueChapitre 88 sur 247 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

merveille, et leur fait signer un traité par lequel ils reconnaissent, au nom de leurs compagnons d’armes, qu ils ont été trompés et abandonnés par leur chef, et s’engagent à sortir du pays et à remettre au général leurs armes, leurs canons et leurs munitions, moyennant la somme de 11,000 piastres; c’est-à-dire qu’ils vendaient leur armement aux Mexicains, pour avoir les moyens de s’en retourner en Californie.

Les conditions stipulées lurent exécutées de part et d’autre, et le corps des volontaires de Raousset opéra de lui-même sa dissolution, sans avoir revu son commandant dont la liberté, d’ailleurs, avait été garantie par le traité.

Tel est le premier acte du drame deGuaymas. Commence sous la présidence d’Arista, son dénoûment n arriva que l’année suivante, sous celle de Santa- Anna.

Guéri de sa maladie, Raousset revient à San-Francisco. Il appelle à lui ce qui restait de ses anciens confidents, et leur annonce qu’il est décidé à poursuivre ses projets sur la Sonora. 11 ouvre des bureaux ou se font de nouveaux enrôlements; mais celte fois il ne demande pas moins de 1,200 à 1,500 hommes. La renommée de son beau fait d’armes d’Hermosillo lui avait acquis toutes les sympathies; ses brillantes combinaisons, son éloquence, séduisirent un riche banquier de San-Francisco, qui mit sa caisse à sa disposition.

Ce lut alors qu’il reçut du ministre de France, Mi Levasseur, l’invitation tle se rendre à Mexico, ou

l’appelait Santa- Anna. Raousset demanda un sautconduit et partit. 11 eut plusieurs conférences avec le président; mais les propositions qui lui furent faites ne satisfirent pas son ambition. Après un séjour de quatre mois à Mexico , il se fatigua de pourparlers qui n’aboutissaient à rien, et quitta clandestinement le Mexique.

De retour en Californie, il voulut renouer l’affaire avec la maison de banque; mais celle-ci avait eu le temps de bien peser les chances du succès, et le résultat n’avait pas été favorable au comte. Il se repentit alors d’avoir quitté San-Francisco. Il avait été joue , disait-il : Santa-Anna ne l’avait appelé à Mexico que pour faire avorter ses projets.

M. de Raousset fit alors appel à tous ceux qui a tout prix voulaient se créer des moyens d’existence. « Qu’ils s’arment, disait-il, qu’ils se rendent à leurs frais à Guaymas, et moi je les guiderai dans la Sonora; je les rendrai propriétaires de grands biens; les ilotes de la Californie deviendront les nobles de la province mexicaine. » Cette perspective était brillante : aussi les volontaires ne firent pas défaut. Déjà le Challange était prêt. L’armement se faisait lentement et de nuit, pour ne pas éveiller les soupçons de la police américaine , lorsque le consul mexicain à San-Francisco, M. del Valle , reçut de son gouvernement l’ordre d’envoyer en Sonora les hommes mêmes que Raousset avait engagés, en leur promettant qu après un an de service militaire il leur serait distribué des portions de terres d’une étendue correspondante au rang que chacun

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occnperail dans I année; que ceux (|iii auraient eu des grades élevés dans leur patrie, jouiraient du grade correspondant clans la colonie; enfin, que les émigrés ne seraient considérés que comme colons, et ne perdraient point leur nationalité.

En apprenant que le consul del Valle demandait mille colons, Raousset, au lieu de paraître contrarié, se réjouit. Dans son opinion, le gouvernement mexicain se fatiguerait bientôt de subvenir à de pareils frais, et le mécontentement venant à éclater parmi les colons , lui fournirait sûrement 1 occasion de donner suite à ses projets. Mais les choses ne se passèrent pas tout à fait comme il l’espérait : M. del Valle n’expédia que 300 colons 1 de diverses nations, parmi lesquels les Français se trouvaient, il est vrai, en majorité. Raousset considérant cette force comme trop faible, et ne pouvant compter d’ailleurs sur tout le monde, eût sans doute fini par renoncer à ses idées de conquête, si une circonstance fortuite ne l’eût forcé de quitter San-Francisco.

Un colonel américain , nommé Walker 2, avait, lui aussi, tenté la conquête de la Sonora et de la basse Californie; mais battu par les paysans de cette dernière province, il avait été forcé de rentrer sur le territoire des Etats-Unis, et de se présenter aux autorités de son pays. Sa déposition et quelques pièces du pro-

’ Ce fut le Challange préparé par Raousset qui servit au transport de ces colons.

2 C’est ce même Walker qui a envahi plus tard l’Amérique centrale, à la tête d’une bande d’aventuriers de toutes nations(1856).

cès compromettaient gravement M. de Raousset, le posant comme complice du colonel , et devant agir avec lui. Prévenu à temps, Raousset s’enfuit pour échapper à une arrestation inévitable, et peut-être à une condamnation.

D’un autre côté, beaucoup de ses partisans, sur la parole qu’il leur avait donnée de venir les rejoindre, étaient partis pour la Sonora, et quelques-uns venaient de lui écrire pour lui rappeler sa promesse. Il s’embarqua donc sur une goélette, achetée pour son compte par un tiers, et sortit du port à la faveur de la nuit. Le 1er juillet il débarquait à Guaymas.

Descendu à terre , il apprend que le nouveau commandant général, qui est en même temps gouverneur de l’Etat, homme bon et généreux, a gagné l’affection des Français, et balance son influence chez quelques-uns de ceux qui lui étaient le plus dévoués. Ce contre-temps le déconcerte un moment; mais son esprit fécond en ressources lui fait bientôt découvrir une nouvelle voie pour l’exécution de ses plans; il va droit à Yanez, c’est le nom du général; il lui dit franchement qu’il était venu tirer vengeance des Mexicains dont il avait à se plaindre; mais qu’en apprenant combien a été noble sa conduite à l’égard de ses compatriotes, il a renoncé à ses desseins , et qu’il vient mettre à sa disposition son épée et ses services. Yanez sentant qu’un tel homme pouvait être fort utile à son pays, si l’on parvenait à se l’attacher, le loua de sa bonne résolution, et lui dit qu’il réfléchirait à sa proposition, qu’il demanderait des instructions à son gouvernement.

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