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CHAPITRE V

Cependant les volontaires du bataillon étranger qui ne connaissaient pas bien le caractère du nouveau venu qui s’imposait à eux comme leur chef, s’en défièrent d’abord , puis se livrèrent entièrement à lui, persuadés qu’il désirait comme eux la paix, qui leur donnait tout ce que la conquête pouvait leur promettre. Mais d’un autre côté, une minorité composée de gens sans frein , d’hommes ambitieux et bornés, se montrait hostile à Yanez, et tellement arrogante à l’endroit des Mexicains, que ceux-ci s’en irritèrent et tirèrent quelques coups de lusil sur eux.

A cette nouvelle, l’agitation est à son comble parmi les Français; ils ont senti la poudre, les voilà ivres; ils ne songent plus qu’à la vengeance. Cet incident fut la cause des événements du 13 juillet.

Dès lors les deux chefs sentirent que 1 alliance qu’ils avaient projetée était devenue impossible : les esprits étaient trop aigris de part et d’autre. Cependant on négocia encore. M. de Raousset, agissant au nom de tous , écrivit au général Yanez , se plaignant de l’agression de la veille, et demandant, pour la sûreté des hommes qu il commandait, que le général lui remît deux pièces de canon et qu’il désarmât la garde nationale.

Yanez, qui attendait des renforts d’Hermosillo , chercha à traîner en longueur la négociation. Il Ici gnit de consentir à la demande des canons; mais il refusa net le désarmement de la garde nationale. Malgré I irritation des esprits, il répondit à la visite audacieuse de M. de Raousset par une démarche plus téméraire

encore : il se rendit seul au quartier des Français après s’y être fait annoncer à l’avance. Le projet de le retenir prisonnier avait été aussitôt arrêté. Guayraas devait tomber alors sans combat au pouvoir du bataillon étranger.

Arrivé au quartier, Yanez lait former le carré. Il rappelle aux Français les bontés dont il les a comblés, les conjure de rentrer dans le devoir, d’épargner le sang , et leur donne sa conduite passée pour garantie de l’avenir. Il leur dit qu’il les avait traités comme ses enfants, mais qu’ils étaient des ingrats, que Dieu saurait les punir. Il y avait dans ses paroles quelque chose de tendre et de prophétique. Les Français en furent touchés; la plupart lui répondirent par des vivat. Profitant de l’enthousiasme qu’il venait d inspirer, Yanez enjoignit au commandant Desmarais de faire ouvrir les rangs, et il sortit libre du quartier, au grand étonnement de Raousset et de ses partisans.

On assure que c’est cette démarche hardie qui valut à Yanez la victoire. A partir de ce moment, la division pénétra dans les rangs des Français : les uns demandaient la guerre immédiate ; la majorité désirait la paix. Pour concilier des avis si contraires, on nomma une commission chargée de s’entendre avec le gouverneur.

Dans la matinée du 13 juillet, il y eut une conférence chez le général. Yanez se montrait on ne peut plus accommodant, hors sur un point, celui du désarmement de la garde nationale.

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