‹ Le MexiqueChapitre 9 sur 247 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

taine vint nous dire que l’administrateur de la douane exigeait 400 piastres (2,000 francs) de droit de tonnage pour l’entrée du Petit-Eugène dans le port de Goatzacoalco. Après quelques réclamations , nous payâmes. Nous avions heureusement apporté, malgré le conseil de M. de Villevêque, assez d’argent pour satisfaire à cette taxe, sur l existence de laquelle le prospectus avait gardé le silence. Mais quand le douanier nous annonça, en outre, que nous avions à payer des droits sur tout ce que nous apportions, notre indignation fut au comble. Il fallut nous résoudre à voir faire main-basse sur ce qui, pour nous, était une question de vie ou de mort, sur notre matériel d’exploitation, et même sur nos provisions de bouche : poudre, plomb de chasse, plomb en saumon, fer, acier, chaînes, cordages, toile en pièces, et jusqu’à nos fromages de Hollande, tout alla à la douane. L’administrateur retint pour les droits ce qu’il voulut, et nous rendit le reste, c est-à-dire fort peu de chose, comme par faveur, plus d’un mois après notre débarquement.

Le découragement commença dès lors à s’emparer fie ceux d’entre les nouveaux colons qui étaient venus sans détermination forte et bien arrêtée d’avance. Ils crurent tout perdu, ne virent plus de remède au mal , et entraînèrent avec eux ceux dont la résolution était la plus ferme et les plans les mieux combinés. Nos sociétés se mirent donc à la débandade, et aucune n’alla à la concession. Quelques-uns s’établirent aux Almagres, petit village situé sur la rive droite du fleuve, à huit ou dix lieues de Minatitlan, où ils res-

tèrent jusqu à ce que toutes leurs ressources fussent épuisées, et les autres se dirigèrent sur Acayucan, San Andres, Vera-Cruz et Mexico.

Au lieu de trois cents colons au moins qui devaient se trouver réunis à la concession, offrant déjà les ressources d’un corps compacte et organisé, on n’en comptait alors qu’une douzaine, disséminés c;à et là, qui s’obstinaient à rester dans leurs forêts, plutôt occupés à chasser pour vivre au jour le jour qu’à défricher et à cultiver pour l’avenir.

Ainsi, quand même nos sociétés fussent arrivées intactes sur les terres de la concession , avec des ouvriers pleins de courage, de zèle et d’activité, il eût été à peu près impossible de s’y maintenir, et à plus forte raison d’y faire fleurir un établissement. Pour atteindre ce but , il eût fallu arriver dans un lieu déjà préparé pour nous recevoir, où I on eût à l’avance coupé les bois, construit les cases, creusé des pirogues et semé du mais dans les terrains favorables à cette culture, et que notre inexpérience ne pouvait deviner. Mais les directeurs n’avaient pas dépensé une seule piastre dans 1 intérêt de la colonie. La colonie ne rencontra donc sur cette terre que des difficultés sans nombre et de toute nature, qui paralysaient tous ses efforts et lui enlevaient tout espoir de réussite.

Les premiers colons durent à leur arrivée s’occuper immédiatement d’abattre les bois pour construire leurs cases et préparer les terrains destinés à la culture; ils changèrent subitement de manière de vivre en passant du repos absolu du navire aux travaux les plus rudes

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