CHAPITRE VI
puis lors n'a cessé d’augmenter d’une manière prodigieuse. Ce luxe a gagné toutes les classes comprises sous le nom de gens comme il faut (g ente decente ) , et devient fort onéreux à la classe moyenne de la société.
La plupart des dames mexicaines n avaient pas encore, il y a vingt-cinq ans, l’habitude des meubles européens. Assises sur un riche canapé, elles avaient plutôt l’air de poser, en terme de peinture, que d’y être à leur aise; et dès qu’elles étaient seules elles retournaient à leur natte, où elles retrouvaient à la fois l’abandon des attitudes, le plaisir de la cigarette et celui des causeries intimes avec leurs couturières et leurs femmes de chambre. Aujourd’hui les dames de la capitale et même celles des grandes villes de province montrent au salon une aisance qui prouve qu’elles ont abandonné la natte depuis longtemps.
La grande place de Mexico est belle par son étendue, surtout depuis que le bazar le Parian, (pii se trouvait dans son enceinte, a été démoli. Mais les édifices qui I entourent ne répondent pas à l’idée qu’on s’en fait. Du côté du nord, la cathédrale, bâtie en travertin et en tezontli nous présente, dans sa façade principale, l’art architectonique réduit à sa plus simple expression. Deux tours seules attirent un moment I attention de l’étranger par l’idée originale qui a présidé a leur couronnement; mais il faudrait beaucoup plus que cela pour fixer sa pensée, pour l’empêcher
1 Scories volcaniques, semblables au pozzolana romain, dont on fait le mortier hydraulique*
de se reporter au temps passe, de se représenter lellet du grand téocali qui occupait cet emplacement même, et sur le haut duquel plus de 1,000 Espagnols et Mexicains combattirent à la lois (53).
L’enceinte de ce temple aztèque comprenait tous les édifices qui entourent la place au nord, à l’est et au sud, ainsi qu’une partie des rues adjacentes; le teocali seul avait plus de 400 mètres de tour à sa base, 40 d’élévation et 50 de largeur à son sommet, duquel s’élevaient du côté de l’orient deux tours de 56 pieds de haut, qui servaient de sanctuaire aux idoles des dieux tutélaires Tescatlipoca ', Huitzilopochtli et quelques autres divinités de premier ordre.
Le roi Ahuizotl en fit la dédicace l’an 1486. Pour ajouter à la pompe de cette cérémonie, a laquelle accoururent les peuples des pays les plus éloignés, on y égorgea 62,000 prisonniers, capture des guerres entreprises dans le but d’avoir des victimes pour ce jour-là. Boucherie épouvantable à laquelle on refuserait de croire, si tous les auteurs les plus dignes de foi ne l’affirmaient sur des documents authentiques.
La cathédrale de Mexico, sans souvenir comme sans particularité frappante, se trouve donc rapetissée par ce retour de la pensée , et le voyageur à qui le nom de Mexico promet davantage, voit non-seulement ce
1 Dieu Je la proviJence et du ciel, le plus grand dieu des Mexicains après Teotl , celui par qui tout vit et qui renferme tout en lui. Teotl était invisible et ne pouvait être représenté sous aucune figure.