‹ Le MexiqueChapitre 96 sur 247 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ficateurs, au nombre de six , étendaient dessus la victime; les uns lui tenaient les pieds et les bras, les autres lui maintenaient la tête avec un instrument de pierre ou de bois, de telle sorte que le corps était arqué et incapable de mouvement. Alors s’avançait le topiltzin ou grand prêtre , vêtu d’un surtout rouge et couronné de plumes vertes et jaunes; il lui ouvrait la poitrine d’un seul coup avec un couteau d’obsidienne, lui arrachait le cœur, et l’offrait tout palpitant à l’idole en l’honneur de laquelle se faisait le sacrifice, soit en le jetant à ses pieds, soit en le brûlant devant elle; après quoi on précipitait le corps du haut du teocali sur les marches inférieures, d’où il était emporté par celui à qui l’homme immolé avait appartenu vivant.

Si c’était un prisonnier, on lui coupait la tête pour en orner les murs du temple, puis on jetait le corps sur le parvis. Le guerrier auquel il appartenait s’en emparait alors, et l’emportait chez lui pour le faire cuire et le manger dans un banquet solennel avec ses amis. On ne servait que la chair des jambes, des cuisses et des bras : on brûlait le reste , ou on le gardait pour la nourriture des animaux carnassiers des ménageries royales. Les Otomites mettaient la victime en morceaux, et en vendaient la chair au marché.

Lorsque c’était un prisonnier illustre, on lui accordait les honneurs du combat. Attaché par un pied à une pierre ronde à peu près semblable à la pierre triomphale qu’on voit à IVniversité, armé d’un bouclier

et d’un court micuahuitl (54), il devait combattre les guerriers qui se présenteraient à lui ; mais ceux-ci étaient libres de leurs mouvements et beaucoup mieux armés. Si, malgré cette disproportion d’avantages, le prisonnier était sept fois vainqueur des adversaires qui lui étaient opposés, on le remettait aussitôt en liberté; on lui rendait tout ce qu’on lui avait pris, et on le renvoyait plein de gloire dans sa patrie. Si au contraire il était vaincu , on l’emportait sur l’autel des sacrifices, où on lui arrachait le cœur.

Les historiens de l’ancien Mexique rapportent le fameux combat de Tlahuicole, général des Tlascalans, homme d’une force prodigieuse, qui tua huit guerriers et en blessa vingt avant d’être mis lui-même hors de combat. La liberté lui appartenait de droit; mais il la refusa, ne pouvant survivre à la honte de l’avoir perdue un moment.

Le nombre des victimes immolées dans l’empire mexicain variait chaque année : il était subordonné à celui des prisonniers faits dans des guerres presque continuelles que les rois de Mexico entretenaient à dessein. Néanmoins ce nombre n’était jamais au-dessous ni beaucoup au-dessus de vingt mille, à moins qu’il n’y eût quelque cérémonie extraordinaire, comme celle de la dédicace du grand téocali , où le nombre des victimes excéda même les bornes de la vraisemblance.

Les premiers sacrifices humains furent faits par les Mexicains. Ce culte barbare était inconnu aux Toltèques, et même aux Chichimèques, qui n’imino-

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