CHAPITRE VI
temps, et qu il ne leur reste guère, au sortir de l’école, que les noms des sciences qu’ils ont étudiées et les termes savants dont ils rehaussent leurs discours.
Le résultat des travaux de chaque année est de produire deux ou trois sujets assez distingués; mais il faut qu’ils travaillent sérieusement pendant longtemps encore pour être de quelque utilité à la société.
Quand M. Tornel (56) prit la direction de l’école des mines en 1843, il fit précéder les études mathématiques d’une année de logique théorique; mais les hommes qui se sont occupés philosophiquement de renseignement, savent fort bien qu’on forme plutôt encore un logicien d’un enfant de douze à treize ans, en lui faisant raisonner des théorèmes de géométrie, qu en lui remplissant la tète de tous les syllogismes d’Aristote. La théorie sans la pratique est vide de sens pour 1 enfance, souvent même pour un âge avancé. Cette première année, consacrée à la logique, ne saurait donc porter que peu de fruits pour les études qui doivent suivre.
Non loin de l’école des mines se trouve la jolie promenade de l’Alameda. Ce sont des allées de frênes convergeant sur des ronds-points entourés de banquettes de pierres, avec un bassin à jet d’eau au milieu. Cette promenade, située à l’une des extrémités de la ville, est la seule dont les piétons puissent jouir; cependant bien peu en profitaient avant que les Européens l'eussent mise à la mode. A cinq heures de I après-midi les voitures arrivent à l’Alameda, en font plusieurs lois le tour, puis s’en vont à Bucareli jusqu’à
la nuit tombante. Le dimanche et les jours de fêle, l’élégance des toilettes, le nombre et le luxe des équipages, font de ces deux promenades un petit Longchamps, qui devient chaque année plus curieux à voir et plus beau.
La première fois qu’on visite l’Alameda, on demeure étonné d’y trouver pour embellissement ce que l’enfance de l’art peut créer de plus grotesque : ce sont des statues de pierre, placées à l’entrée de chaque allée, qu’on ne saurait mieux comparer, pour l’exécution, qu’à ces bonshommes que les enfants façonnent avec de la mie de pain. On a peine à concevoir qu’on ait permis de les exposer publiquement, et surtout de les placer où elles sont.
Une fête brillante fut donnée à l’Alameda, le 11 novembre 1855, par les Français, les Anglais et les Sardes réunis, pour célébrer la prise de Sébastopol. Plus de sept cents couverts avaient été dressés, et le soir une illumination magnifique, telle que Mexico n’en avait jamais vu , donna à cette promenade l’aspect d’un jardin féerique. La glorieuse prise de Malakoff excita au Mexique l’ enthousiasme des citoyens des nations alliées; dans presque toutes les villes de la république de chaleureux toasts, en vers et en prose, ont été portés à la gloire des armées d’Orient, au progrès de la civilisation , au bonheur de l’humanité.
La promenade de Bucareli n’est qu’une grande route bordée de saules et de bouleaux , avec deux places circulaires ornées d’un bassin à jet d’eau. Les voitures se mettent à la file les unes des autres, et après