‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 100 sur 185 · CHAPITRE Z.-*-CHIGH£N-ITZÀ · texte numérisé non relu

CHAPITRE Z.-*-CHIGH£N-ITZÀ

de deux mille piastres. C'était peu ; mais^ hélas ! j'étais trop pauvre pour Tacheter; elles sont trop loin pour tirer parti de tant de choses précieuses; abandonnées au ravage des temps, exposées à la barbarie de certains voyageurs^ ces magnifiques ruines vont se dé-> gradant chaque jour; quelques siècles encore et pas une pierre ne se dressera pour rappeler aux hommes Texistence de ces civilisations éteintes. Le Cenoie de Ghichen-ltza n'est qu'une vaste citerne naturelle à ciel ouvert. Il n'a rien de remarquable.

Formés par l'affaissement de la couche calcaire , les cenotes qui parsèment le Yucatan et lui fournissent de l'eau en chaque saison affectent toutes les formes, depuis l'immense rotonde où l'on pénètre par le trou de la voûte jusqu'à la citerne à ciel ouvert. Quelquesuns, ornés de cristallisations, offrent un coup d'œil grandiose, et celui de Bolonchen, donné par Stephens, est un des plus remarquables. Plus tard, nous en avons rencontré d'autres dans la direction d'Uxmal ; nous en parlerons en temps et lieu.

Quant au degré de civilisation de Ghichen, nous avons cru pouvoir le considérer comme plus avancé qu'à Izamal, où les pyramides et les figures énormes dénotent plus d'antiquité avec moins de perfection dans les détails; à Ghichen, la masse des ruines forme ville ; les édifices, les temples et les monuments qui, par leur simplicité, rappelleraient des habitations particulières, les places publiques mème^ font songer

à un état civil plus avancé, et de la théocratie pure, on pourrait passer à une théocratie militaire*

Huit jours s'étaient écoulés^ et chaque matin on m'engageait à me hâter : il tardait à ces messieurs de revoir leurs pénates et les ruines étaient muettes pour eux. Depuis longtemps déjà le vieux curé avait repris la route de Gitaz, bien fatigué de son excursion ; je ne le revis plus, et je sus par la suite qu^l était mort des suites de sa visite à Ghichen. Pauvre curé 1 pour moi^ le temps passait rapide ; j'étais pourtant accablé de fatigue, le visage brûlé, les bras couverts de coups de soleil; je ne puis me rendre compte de Tinsensibilité de ma machine à l'endroit de ce climat dévorant. Chaque soir, je m'étendais avec délices sur mon hamac suspendu aux arbres des ruines ; on allumait un feu pour éloigner les tigres et l'on soupait. Quelquefois les Indiens entonnaient un chant monotone, mé« lopée plaintive qui précipitait le sommeil. Je me laissais vivre, sans regard vers le passé, sans souci de l'avenir.

J'avais distingué, parmi les travailleurs indiens, un jeune homme à figure fine et intelligente : c'était l'artiste de la bande ; un soir, il me voulut donner un échantillon de son talent.

Il coupa une branche d'arbre mince et flexible dont il enleva l'écorce> s'en fut dans le bois chercher une racine d'une espace particulière, fort longue, fort déliée, et s'en servit comme d'une corde à boyau pour

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