‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 102 sur 185 · CHAPITRE XI.*— UXMAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI.*— UXMAL

Que d'heures passées en épanebements intimes, en confidences^ en causeries sérieuses, où je m'efforçai de ranimer dans son cœur Tamour des choses de ce monde et l'espoir d'un rétablissement prochain ! Ses yeux voyaient clair dans l'avenir ; elle se sentait par* tir, triste mais résignée. Quand je la quiltai, notre amitié de quinze jours était vieille de longues années^ et mes yeux se mouillèrent de larmes quand je lui fis mes derniers adieux.

Je ne devais point oublier que la saison s'avançait ; aussi Antonio vint-il m'arracher un matin aux délices de ma paresse. J'avais perdu l'habitade de me lever aussi tôt» et j'eus toutes les peines du monde à m'arracher du hamac. La voiture attendait, il fallait partir. Il faisait une nuit assez noire ; mon petit conducteur prit à droite; puis^ une fois au dehors de la ville, malgré- l'obscurité, malgré les affreux cahots d'une route rocailleuse, il mit ses mules au galop. J'eus beau lui crier de ralentir, qu'il allait tout briser, le gamin faisait la sourde oreille, et nous galopions de plus belle. Tout à coup le ressort de cuir de gauche se brisa; je fis une effroyable pirouette, et n'eus que le temps de me saisir du tablier, ce qui amoiiit ma chute. Antonio se trouvait tranquillement assis sur son brancard et semblait ne s'être aperçu de rien ; il s'arrêta cependant au bruit de mes imprécations, qu'appuyèrent immédiatement deux soufflets parfaitement sentis, destinés à réprimer l'élan de mon drôle.

Le jour naissait à peine; nous nous trouvions alors à quatre lieues de Merida. Que devenir ? Impossible de songer au retour, la caleza ne pouvait aller plus loin.

— A deux pas, me dit Antonio, se trouve une habitation ; veuillez garder les mules et la voiture, je vais chercher des cordes et du monde.

Il disparut. J'allumai un cigare et me promenai en l'attendant.

Cinq minutes à peine s'étaient écoulées depuis le départ de mon domestique, quand j'entendis dans le bois, sur la droite, un tumulte effroyable, et je vis déboudier, au triple galop, six Indiens dans un costume étrange. Ils avaient Tair si féroces, je m'expliquai si peu leur présence à cette heure, la rapidité de leur course, leur direction, — ils arrivaient sur moi, — que, rapide comme l'éclair, je me précipitai sur mon fusil que j'armai : je crus mon dernier jour arrivé, persuadé que j'avais affaire à l'avant-garde d'une troupe d'Indiens bravos.

Quoique décidé à vendre chèrement ma vie, j'éprouvai, je l'avoue, une surprise qui me parut être de la pire espèce. A moitié caché derrière la boite de la calezay le doigt sur la gâchette du fusil, j'étais dans une fiévreuse attente de ce qui allait arriver. Les Indiens n'avaient d'autre arme qu'un machete, ce qui me donna quelque espoir ; mais ils passèrent devant moi comme un tourbillon, sans s'inquiéter de ma présence, et je les perdis bientôt de vue.

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