CHAPITRE XI. — UXMAL
songeur, dans le hamac qui m'attendait. La nuit porte conseil ; je résolus de hâter mon départ, pour échapper à cette fascination qui m'avait engourdi la veille.
Je la revis cependant, et plus belle, et plus séduisante encore ; deux longues nattes étalaient jusqu'à terre les trésors de sa chevelure d'ébène, et sa tunique de gaze légère, brodée de jaune, voilait à peine les merveilleuses beautés de son corps; ses yeux, pleins de timides promesses, prenaient mon cœur : mon esprit irrésolu flottait comme celui d'un homme ivre, n fallait m'arracher à ces enchantements. J*appelai Antonio; une demi-heure après, les mules attelées m'attendaient à la porte. Je leurs dis adieu.
— Quand reviendrez-vous, dit-elle î
Je ne la revis jamais. La première des sagesses n*est-elle pas d'éviter le danger?
Au retour, j'allai prendre à Mouna la route de Gampèche.
Il fallut^ à Tikul, nous arrêter de nouveau pour réparer la calezay que menaçait un second accident ; de là, nous arrivâmes le soir même à San José où je passai la nuit. Les mules et la caleza devaient attendre mon retour, car il n'y avait point d'autre route conduisant à Uxmal qu'un sentier traversant les bois. Uxmal est à cinq lieues; le majordome me loua des chevaux ef des Indiens porteurs pour mes bagages. Le sentier gravit les collines qui, du nord-«st au sud-ouest, traversent le Yucatan pour aboutir à Campèçhe et re-
tcKOiber dans la plaine où se trouve Uxmal. Toujours enfoui dans l'épaisseur des taillis, le voyageur û'a^ pet^oit Vhûcienda qu'en arrivant sur la petite place qui la précède. Ràremeilt habité par le maltte, Uxmal n'est qu'un ôenlre agricole où isont groupés, les quelques serviteurs de Thabitation. Les ruiûes se trouvent à 2 kilomètres au sud i des monticules tou« ohent même à V hacienda^ d'où l'on aperçoit dans le lointain le palais du Gouverneur et le sommet de là maison du Nain.
. Je fis immédiatement porter mel^ instruments et mes bagages aux ruines, et, le lendemain, je m*in>>. stallai dans une salle de 1à partie sud du palais des Nonnes. Au moyen de paillassons et de douveHures, jiB fis une chambre noire jiariaitement obscure^ et, sur une table que me fournit Vhatinndigtf j'installai mes bains et mes produits. Deux Indiëils avaient pour unique occupation la charge de m'aller qUeHr de l'eau, ce qu'ils faisaient au moyen de jarresi Quatre autres devaient m'aider dans mes opérations^ tenir un dais de drap blanc au-^dessiis de l'instrument, pouf que l'intérieur de la chambre né s'échauffât pas trop; ils avaient à m'ouvrir la porte de moh cabinet noir, à 1^ fermer hermétiquement aussitôt renti?é# Quarante, autres Indiens furent occupés trois jours à couper lëak bois, pour dégager les monuments entourés de taillin et souvent couverts d6 plantés grimpantes. Antonio formait ma réserve et ne me quittait pas ï il tebait la