CHAPITRE XI. — UXMAL
manière de porter l'urne sur la tète, sur Tépaule ou sur la hanche, comme aussi d'après leurs draperies, leur démarche et leur grâce ; tantôt c'était Rébecca dans le désert, des femmes grecques à la fontaine, ou la fille d'Alcinoûs dans son lie des Phéaciens. Pour elles, timides comme de jeunes sauvages, embarrassées par la présence de l'étranger, elles masquaient en souriant leur visage par un mouvement de pudeur tout indienne. Ce mouvement, que je n'ai retrouvé qu'au Yucatan et dans les montagnes , consiste à se voiler la bouche seulement au moyen d'une partie du uipile.
Nous étions décidément entrés dans la saison des pluies; chaque jour, c'était une averse et l'orage qui la précède ; je fis donc partir les bagages de fort bonne heure, afin de les retrouver secs à San José, de façon que je pusse changer de vêtements s'il m'arrivait d'être surpris par l'orage. Cela ne manqua pas. Une heure à peine après mon départ d'Uxmal, je fus inondé par des masses d'eau qui entravaient la marche de mon cheval, m'aveuglaient moi-même et me cou-» paient la respiration; quoique mouiUé comme un rat, je m'en inquiétais peu, sachant mes malles à l'abri et me proposant de me c)ianger à mon arrivée; mais point. J'atteignis mes bagages à une demi-lieue de V hacienda : ils étaient, on le pense, dans un état déplorable. Les conducteurs avaient trouvé plus simple de vider une coupe avec les danseurs d'Uxmal et ne
«'étaient mis en route que fort tard, alors que je les croyais arrivés. Je les dépassai donc, me hâtant vers San José,
Le majordome, auquel j'exposai ma pitoyable situation, n'avait rien à m' offrir en remplacement de mes effets mouillés, qu'une chemise de rechange dont je dus me contenler. Ce majordome était bien Thomme le plus mioroscopique du monde, et sa ehemise, prùh pu€br 1 ne me venait qu^aux hanches* Je n^osai, en cet état, m'exposer à l'admiraUon des habitants, et je me promenai en grommelant dans l'intérieur de Vhacienda. Un grand gaillard, surpris eomme moi par l'orage, et comme moi vêtu de l'unique défroque du pauvre majordome, n*y mit point tant de façon, il se promenait le cigare à la bouohe dans les galeries de l'habitation. C'était un Espagnol, au teint bronzé mais bien tourné de corps, et d'un^ blancheur remarquable. Aussi les Indiennes, très* Mandes de chair blanche, s^extasiaient^^elles devant ce nouvel Adonis; il y prit peu garde d'abord, aspirant avec une indifférence de blasé l'encens de leur naïve admiration. Mais son triomphe devint tellement éclatant qu'il en fut embarrassé, le spectacle était dea plus comiques et je riais à me, tordre.
~ Ve Y^ estas /?...., me dit-il faisant retraite, voyez- vous ces coquines...; ne faudrailril pas leur faire à chacune un enfant?