CHAPITRE XII, — UZUMACINTA
naat qu'il ait déboursé comme avance 3 ou 400,000 fr. Le premier venu ne pourrait donc exploiter les bois de teinture, et, pour former un établissement agricole, il faudrait, on le voit, des sommes importantes.
Un habitant me loua deux hommes et un cajuco^ tronc d'arbre creusé \ on y installa mes bagages et des provisions, un paillasson pour abri, on calcula les journées d'aller et retour et la location du cajuco; le tout monta à la somme de \ 50 fr. que je payai. Mon équipage était des plus minces et mon canot fort étroit : assis ou couché, je n'avais pas à choisir ; ma seule distraction consistait à tirer des crocodiles nageant à fleur d'eau, les singes qui se hasardaient sur la rive et d'énormes iguanes aux brillantes couleurs.
Le paysage, toujours le même, était d'une monotonie désespérante ; la solitude n'était troublée que par la rencontre de rares canots descendant le fleuve, et la chaleur suffocante me jetait l'âme dans une somnoletice triste que je ne^secouais qu'avec peine. Dans le haut du fleuve cependant, à mesure qu'on s'éloigne des habitations, cette solitude n'est plus la même : les forêts, dans toute l'exubérance de leur sève, lancent vers le ciel des jets plus vigoureux où toute la gamme des verdures déroule l'harmonie de ses couleurs. Le silence est plein de voix ipystérieuses ; il semble que la nature fuit l'approche des hommes pour parler son divin langage.
Cependant nous Qxrivons à un embranchement du
fleuve ; des marches taillées dans la terre de la rive indiquent un rancho, et j*y monte pour achetet» des fruits ; mais tout est désert, les piliers de bois Isupportent encore un toit de chaume ruiùé, le lieu nie plaît pour une halte, et comme les nuits sont belles, et que la lune est dans son plein, je voyagerai la nuit. Les Indiens y consentent, et nous nous installons. Tout annonçait la présencd récente des habitants; un champ défriché s'étendait au loin, deô bosquets de manguiers chargés de fruits oi&brageaieut la maisonnette, et divers enclos avaient dû renfermer les animaux domestiques. Tout auprès, uiie plantation de cacaoyers témoignait de Pindustrie de Taneien maître. Le cacahualy déjà vieux, contenait un nombre imniense de pieds en plein rapport, d'où péiidait \mé multitude de coques aux gousses parfumées ; la solitude était complète ; qu'était devenu lô propriétaire de cet ermitage abandonné?
Je m'enfonçai dans le bois, le fusil d'une main, îê fnachetê de l'autre, pour m'ouvrir un passage au milieu des broussailles et des lianes, quand tout & coup je me trouvai ert présence d'une troupe dé singes de grande espèce, logés dans les hauteurs d'un arbre. Je m'arrêtai; de leur côté, ils m'examinaient àVec attention ; nulle hostilité de part et d'autre : ils ne ôherchaient pas ft fuir, et d'abord je n'avais aucune intention de les attaquer. J'étais cependant fort intri- Iftté, j'aurais désiré me procurer l'un d'eut, et ne