‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 125 sur 185 · CHAPITRE Xll. UZUMACINTA · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll. UZUMACINTA

du nez et les deux yeux saillants, il fallait une grande adresse pour les atteindre, et, malgré mes coups de feu multipliés, je n'en fusillai qu'un seul.

Mes Indiens cherchaient vainement une issue ; nous finîmes par nous ensabler : nouveau temps perdu. Us retournèrent en gémissant et s'enfoncèrent dans une espèce de canal entièrement abrité sous l'ombrage, mais presque comblé par les troncs d'arbres. L'eau, dormant sur un fond de vase, dégageait des vapeurs empestées; des iguanes seules animaient ces lieux désolés ; il y en avait de magnifiques et d'une longueur incroyable; j'en blessai une de sept pieds, brillante de couleur et perlée comme un beau lézard. Elle avait, de la tète à la queue, la dentelle la plus finement découpée qui se pût voir, et sa gorge, gonflée par la colère, atteignait un développement considérable ; cette poche était surtout l'objet de ma con* voitise ; j'en voulais, je l'avoue naïvement, faire une blague à tabac. L'animal, arrêté dans sa course et gravement blessé, se défendait encore, et je dus lui donner trois coups de poignard dans la tète pour l'achever ; mais la bourse eu question parfaitement découpée et frottée de pommade camphrée, ne put se conserver; d'abord, elle perdit ses couleurs, puis les petites écailles tombèrent, et la peau même finit par se couper.

J'avais hâte de sortir de ce canal infect ; quelques embarcations amarrées à la rive nous firent espérer

une cabane où mes guides pourraient se ^enseigner, L'up d'eux disparut ua insta^tj et revint bientôt la figure souriante; noi^s approchions; une demi-lieviô au delà nous devions aperpeyair la village de i(^s Playas. En effet, nous débouchâmes presque iipwé-^ diatement sur un vaste réservoir où le manque d'eaix empêchait 1^ pirogue d'avancer ; il fallut quitter UQ^ botteSj retrousser nos pantalons et pousser à la roue \ n^on dpme^tique, néannaoins, n'en voulut rien faire, craignant de conipromettre sa chère santé : mais je devais en vqir bien d'autres avec lui. Une fois les n^çiisons en vue, je laissai le çajucOy promettant aux Indiens d'envoyer du village des porteurs pour lesi aider et décharger mes bagages. Une demi-beu?e aprè^, j'atteignais las Playas et la maison de don Ignacio où j'arrivai exténué, mourant de soif, et dan^ Vétat d'un homme complètement iyre. J'attribuai pe nialç^ise à la chaleur suffopfitnte, au^^ exhalaisons mépliitiques du canal, et surtout à la demi-heur^ de marche au milieu de la fange du niç^rais,

l4a maltresse du logis m'apporta uu^ jiçara pleine d'un posole sxxciçé que j'avalai d'un trç^it, une autres encore, puis uue autre, car }^ ne pouvais me. désaltér rer; j'ent;*ai alqrs dans une transpiration abondante et je nft'endormis dans le hamac. Deux heures après, l'indisposition avait disparu ; mais, rarement daUS mest voyages, j^ n^ crus côtoyer d' wssi près quel<jue foudroyante miB^laclie.

PAUENQU^

De las Playas à Palenqué.— Le village de Santo Domingo.—Don Agustin Gronzalès.— Les ^evLX t).£^s-reUçfis.— L^s ruines— Le palais et le^ ten^pleç. — Travaux photographiques. — Insuccès. — Les nuits, apparitions. — Les lucioles*— L99 ^gEç$.~|ietour à S|aQtq {lopi^iQgQ.

Au aoriiy de las Piapas^ le rentier, fermé d'ab(>r4 par une ligne de forêts, s'ouvre hif uWt sur une peiv spective de prairiee entouréeii d'arbpes où la uaturfi épuise tputes les féeries de sa vierge féçQPdité, ï)^ bqsquets pmbreux, seoiés au milieu des plaines verdoyantes, paraissent disposés pour le plaisir des yeuji, tandia que la ceinture de^ grands arbres qui borqeut rhorisQU, lui donnent cet aspect apprêté des parc^ anglais uni ^ la sauvage grandeur des oeuvres de \9t création.

Tantôt le cheval qui vous emporte semble en vain-. queur guider vos pas sous des ares de triomphe où de^ lianes gigantesques pendent en festons splendides, et tantôt, courbant la tète sous des arceaux étroita,

VOUS glissez comme un chevreuil égaré dans les massifs^delaforêt.

Ici, la plaine s'ouvre de nouveau, et dans sa lutte avec le bois qui l'enserre, victorieuse ou vaincue tour à tour, elle se rétrécit, s'allonge, s'agrandit ou se ferme, déployant une variété de contours, une richesse de lignes où les molles ondulations des pelouses factices se mêlent aux àpretés des solitudes.

Là, s'épanouit la flore des savanes ; mais plus loin, reprenant ses droits, la forêt jalouse, écrase toute végétation fleurie sous le poids formidable de ses ombres séculaires. Dés lièvres effarés sillonnent en tous sens les hautes herbes de la prairie, pendant que des peccaris féroces, indifférents dans leur audace, poursuivent en longue file des sentiers déjà foulés. De grands aras mêlent leurs cris perçants aux hurlements des zara* guatos suspendus dans les dômes, tandis que le daim timide vous adresse de loin un regard étonné.

L'esprit est frappé par le rêve biblique de TÉden, et l'œil cherche vainement l'Eve et l'Adam de ce jardin des merveilles : nul être humain n'y planta sa tente; sept lieues durant ces perspectives délicieuses se succèdent, sept lieues de ces magnifiques solitudes que bornent de trois côtés les horizons bleus de la Cordillère.

C'est au milieu de ces enchantements que le voyageur arrive à Santo Domingo del Palenqué. Étendu sur l'affaissement de deux collines, comme une pares-

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