CHAPITRE XIV. — TUMBALA
Técho même ne répondait pas. La position devenait gênante : comptant sur Tarrivée immédiate des porteurs, nous étions partis sans autres vivres qu'une énorme boule de posoky nourriture fade et peu fortifiante pour des estomacs affamés. Une rivière courait aux pieds du rancho, et le guide s'en alla à la recherche des escargots que nous connaissions déjà. Il en fit One ample récolte, ce fut là tout le menu de notre souper.
La nuit venue, et les feux allumés, je m'enveloppai dans mon zarape, m'efforçant de prendre mon mal en patience, et persuadé qu'à la première heure les Indiens arriveraient. Il n'en fut rien; je n'avais garde de laisser partir le guide et ses chevaux ; il était le seul d'ailleurs avec lequel je pouvais m'entendre, les Indiens ne parlant pas l'espagnol, et je saurais au moins, si quelque voyageur arrivait de Palenqué, ce qui avait pu retarder ainsi mes compagnons de route. Je pouvais, au besoin, me servir des chevaux pour retourner en arrière.
Je passai la matinée dans le bois, où je fis une trouvaille extraordinaire, à mes yeux du moins : c'était une tortue de huit à dix pouces de long, dont l'écaiUe inférieure était garnie à ses extrémités de deux appendices à charnière qui lui permettaient de s'enfermer hermétiquement dans sa coquille et de braver toute espèce d'ennemis. J'éprouvai plusieurs fois la force derésistance de ces portes naturelleset J9 ne pusles
ouvrir. Je pensai d'abord à conserver ce curieux animal, mais ventre affamé n'a pas d'oreilles, je le mangeai. A midi, le bruit d'un certain nombre d'hommes traversant la rivière me fit dresser l'oreille ; nous allions donc partir, je m'élançai au-devant d'eux, mais je ne rencontrai que deux Indiens inconnus auxquels le guide adressa la parole. Ils venaient de Palenqué ; j'appris alors que les porteurs s'étaient enivrés, puis battus et avaient occasionné une espèce d'émeute dans le village* U avait fallu les arrêter et les enfermer dans la prison, où ils avaient cuvé leur anizado; que, du reste, on devait les relâcher ce jour même et que dous les verrions bientôt.
Le guide, dont les chevaux depuis deux jours ne mangeaient que du feuillage et qui lui-même ne demandait qu'à s'en aller, échangea quelques paroles avec les Indiens en question, me dit que ces deui hommes, moyennant une légère rétribution, oonsenf tiraient à porter nos couvertures et le paquet que j'avais avec moi; qu'ils nous serviraient de guides dans la forêt et que nous devions atteindre San Pedro dans la journée. Là, disait-il, nous trouverions des vivres en abondance et les porteurs nous y rejoindraient le soir même. Gomme on n'aime peu généra* lement à retourner sur ses pas, que le village était loin et San Pedro à une demi •journée de là, suivant le guide, j'acceptai sa proposition ; il enfourcha son eheval, prit l'autre en main et disparut.