‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 143 sur 185 · CHAPITRE XIV, — TUMBALA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV, — TUMBALA

chaume porté sur quatre piquetS| à l'usage des voyageurs attardés. La nuit approchait^ il fallut y rester^

La guenon nous avait suivis jusque-là, et s'élant arrêtée sur Tarbre le plus voisin, elle ne quittait plus des yeux le cadavre de son époux. Malgré cette preuve touchante de fidélité conjugalci je n'étais pas ému ; je convoitai les jeunes orphelins et je n'eus, à ma ixonte, que des remords de crocodile, le regret de ne point avoir de munitions pour m'emparer de la mère.

— Mais San Pedro, dis- je à l'Indien, San Pedro? Il me comprit et me fit signe à son tour que San Pedro était encore au diable. Le guide de Palenqué m'avait fait un conte bleu et ne désirait qu'une chose, se débarrasser de nous. Enfin, nous avions des vivres et nous allions manger. Ah ! quelle excellente perspec* tive que celle de pouvoir briser un jeûne de vingtquatre heures après une journée de marche 1

Je nie chargeai des préparatifs, laissant à un Indien le soin d'allumer le feu. Mon singe était d'un magnifique pelage d'un rouge noir avec les parties jaune orange : c'était un contraste par trop frappant, et je songeai à part moi que, si je m'étais emparé de ses enfants pour en faire des compagnons de route, il eût fallu leur imposer culotte.

Le dépouillement ne fut point aussi facile que je le pensais d'abord ; il fallut se mettre à deux pour en venir à bout. La femelle était toujours là, témoin de ce navrant spectacle. L'opération terminée, je me hâtai

de trancher la tête de ranimai ^ tête par trop humaine dans sa nudité sanglante^ et dont la vue, malgré mon féroce appétit^ m'eût enlevé toute envie de goûter à ce mets originsd.

Le feu étant allumé^ le corps fut lavé, coupé en quatre, le foie et le cœur mis à part comme morceaux de choix, et le tout suspendu sur les branches vertes, au-dessus de la flamme pétillante, rôtissait avec ce petit grésillement plein de charmes que fait la graisse, tombant par gouttes sur les charbons ardents.

Nous soupàmes aux flambeaux, car la nuit était venue; je trouvai le rôti de bon goût, mais le sel manquant, un peu fade ; mariné, le ràble eût été délicieux. Le déjeuner se composa des reliefs de la veille. La descente commençait, et Carlos, un peu remis de ses chaudes alarmes, marchait d'un pas plus assuré.

Ce jour-là, le sentier se peupla de troupes d'Indiens chargés, se dirigeant vers lasplayas : nous en croisions à tout instant; à chaque nouveau passant, je m'informais de San Pedro. L'un d'eux enfin, parlant quelque peu l'espagnol, me répondit qu'il nous restait bien encore six lieues à faire. Nous marchions depuis trois heures, c'était donc, avec la course de la veille, un total approximatif de seize lieues au moins. Une grande et belle rivière, que je ne retrouve point dans la carte de Chiapas, nous barrait la route ; un Indien nous fit passer en pirogue, et deux heures plus tard nous apercevions les cabanes du village.

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