‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 146 sur 185 · CHAPITRE XIV. — TUMBALA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. — TUMBALA

en outre, de hâter l'arrivée de mes porteurs s'il les rencontrait sur sa route. Je le remerciai ; il partit.

La nuit que je passai dans cet infâme cabildo fut une des plus terribles que puisse retracer ma mémoire. Tous ces Indiens, nus ou en chemise, répandaient dans l'atmosphère une odeur sui generis qui soulevait le cœur : sales comme des peignes, ils avaient importé de leur village dans ce cloaque des échantillons de tous les parasites connus, et toute la vermine du globe semblait s'être donné rendez-vous dans cette infecte maison commune.

Je ne pouvais sortir, il pleuvait à torrent.

Enveloppé dans ma couverture, au, milieu d'une poussière vivante, je croyais littéralement sentir mon corps se mouvoir et changer de place. Je ne pus fermer l'œil.

Trois nuits encore j'endurai ce supplice et la mauvaise volonté des habitants ; je me rappelle qu'un jour je fus obligé de mettre mon revolver en avant pour me procurer un peu d'eau que me refusait un Indien.

Le troisième jour, j'eus une immense joie; mes Indiens arrivèrent, ils portaient la tête basse, comme des coupables, et l'un deux me montrait piteusement une large coupure à la jambe, conséquence de l'orgie et de la lutte qui l'avait suivie. Ne pouvant communiquer avec eux que par gestes, tout reproche devenait impossible ; je me trouvais d'ailleurs trop heu-

reus de pouvoir changer de linge et dormir dans un hamac, au-dessus de la pqurriture où j'avais crqupi trois jours^

J'avais sérieusement craint quelque hostilité de^ habitants du village ; j'avais piaintenant de la poudre et du plomb sous la main, j'étais rassuré : de plus, nous partions à cinq heures du matin, tout était poup le mieux dans le meilleur des mondes.

Je dormis donc comme un loir, çt quand je m'é* veillai, il faisait grand jour. Mon premier regard fut pour mes Indiens et je ne les aperçus pas. Mes bagages étaient bien là, symétriquement raqgés, tels que je les avais vus la veille ; seulemeQt les lanières d'écorce qui servent à les fixer sur le dos des porteurs avaient disparu. — Mes hommes sont dehors, pensai-je ; ils ont voulu respecter mon sommeil. Néanmoins le soupçon me heurta comme un glaive ; suivi de Carlos, je me précipitai au dehors : personne des nôtres ; j'envoyai Carlos s'infarqier au vills^ge, je ne pouvais croir^^ après tant d^ misères déjà subies, à la lâcheté d'v^i) tel abandon.

Cependant la moitié ^es Indiens du cabildo ^vait déjà disparu, d'autres, se préparant au départ, avalaient à la hâte quelques tortilles, suivies d'un coup de pozole, d'autres chargeaient et se mettaient en route. Quand Carlos revint, j'étc^is seul : il n'y avait plus d'Uli:\slofl^ pQSAiblÇji les Indien?, s'étaient dérobés pendant ^a uuit.

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