CHAPITRE XV, —SAN CRÏSTOBAL
Les mœurs y sont autres que dans les villages que nous avions laissés derrière nous, et rappellent la vie des plateaux du haut Mexique. Les tapirs sont communs dans les forêts et sur le bord des torrents ; les Indiens les nomment ante burros.
Le curé nous reçut, le sourire aux lèvres, la coupe à la main, et se montra, comme celui de Tumbala, plein d'obligeance et de généreuse amitié. Le préfet voulut voir nos papiers, formalité que nécessitait Tétai agité des populations, où des Espagnols s'étaient glissés, soufflant la révolte. Il fallut encore se résigner à faire l'étape suivante à pied, impossible de se procurer des chevaux ; mais, à Chilon, je devais assurément en trouver.
Le chemin, du reste, était plan et facile^ comparé à celui que nous avions parcouru ; la route fut donc des plus gaies, et Carlos se permit une romancé espagnole en signe de joie : le courage lui revenait, alors qu'il n'en fallait plus.
Nous arrivâmes de Chilon à Citala^ sur le dos de deux braves bétes qui nous déposèrent, frais et dispos, à la cure d'un dominicain chargé de l'administration de l'église.
Mon nouvel hôte séduisait de prime abord, par des manières d'une douceur et d'une distinction remarquables ; sa causerie indiquait de l'instruction et beaucoup de lecture. Il n'était point ignorant des choses de l'Europe et, s'il n'était pas très au courant
de la politique actuelle, il connaissait du moins rbifi^* toire; mais le caractère quMl avait étudié^ Thomoai^ qu'il admirait par-dessus tout, était le premier empereur» Il s'étendait avec complaisance sur les hauts faits de ce héros, et ne connaissait rien d'admirahle comme cette épopée du xix"^ siècle»
Il avait porté, dans l'appréciation des réformes religieuses, un esprit d'investi^lion qui peut-être lui eût valu de son évéque un léger soupçon d'hérésioi En somme^ il était au-dessus des siens de toute la hauteur de Thomme instruit qui domine rignoranoe« Plusieurs fois il mlnterrogea sur les grandes qualités du nouveau souverain qui nous gouverne, et je Tédi^ fiai de mon mieux. Je passai près de cet homme d'élite une journée délicieuse, cherchant eb vain comment je pourrais lui prouver ma reconnaissance. D'une nature impressionnable > tendre et coiOQmunicative , il souffrait cruellement de l'espèce d'exil où sa santé dépérissait, où se consumaient dans l'isolement les plus beaux jours de sa jeunesse : je pensai combien il fallait de mérite, d'abnégation et de dévouement à tous ces jeunes prêtres, pour sacrifier ainsi leur vie à la tâche ingrate qu'ils s'efforçaient de remplir.
Auprès du curé de Citala j'entt?ai plus avant dans les mœurs indiennes, et je pus me convaincre do l'in» fluence qu'avait la religion sur des esprits barbares^ à peine dégrossis. Le dominicain était au confessionnal, et, me trouvant dans l'ëglise, je le vis avec surprise