‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 159 sur 185 · CHAPITRE XV. —SAN CRÎSTOBAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. —SAN CRÎSTOBAL

moines, derniers habitants de leurs cloîtres déserts.

Un seul conserve encore l'apparence d'une certaine grandeur, c'est celui de Santo Domingo. Le portail de son église est chargé d'ornements ; l'intérieur en est riche et semble imiter, dans ses dispositions, l'intérieur de la cathédrale de Mexico.

Lorsque j'entrai pour la visiter, c'était à l'heure des prières; un prêtre officiait à l'autel, quelques personnes suivaient la messe et la galerie de Torgue qui, de temps à autre, accompagnait les chants, contenait des jeunes gens et des moines. Je me bornai à parcourir la nef gauche de l'église, m'arrètant à visiter les chapelles et marchant avec la précaution d'un homme qui ne veut troubler personne. Les fidèles cependant me suivaient de l'œil avec inquiétude. L'élévation vint et je m'approchai d'une colonne où je me recueillis religieusement, sans pour cela m'agenouiller. Il y eut alors une certaine agitation dans l'église, des regards scandalisés et des chuchotements que je ne m'appliquai point d'abord. En même temps, deux diacres se détachèrent du maltreautel se dirigeant vers moi ; je continuai néannooins ma visite et j'étais arrêté dans une chapelle de la Yierge, lorsque je fus rejoint par les deux acolytes. Us s'agenouillèrent près de moi, récitèrent dévotement une oraison, puis se levant tout à coup, l'un d'eux, m'apostropha d'une manière furieuse.

<— M'6tes-vous point catholique, me dit-il, que

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VOUS insultez ainsi à la majesté du temple et de ses ministres?

Je lui répondis que je n'avais l'intention d'insulter personne; que, dans tous les pays du monde^ on avait l'habitude de visiter le» églises^ même pendant les offices^ et que j'avaia oru pouvoir user à San Cristobal du même privilège ; que puisque, sans le vouloir, j'avais scandalisé les fidèles, je leur en faisais mes humbles excuseï».

La douceur et la modération de ma réponse ne fit qu'accroître l'insolence et la rage de mes deux séminaristes.

-«—Sortez, monsieur^ aortes, me dit l'un d'eux, tous n'êtes pas catholique.

•^Je sortirai quand il me plaira^ dis-je à cet éner^ gumène, et quant à n'être pas catholique^ vous avez raison, je suis protestant.

-—Protestant I Oh ! Jésus I s'écria Tun ; atê Maria purissima I répondit l'autre ; protestant ! Ils n'en pouvaient croire leurs yeux et n'avaient sans doute jamais rencontré d'hérétiques. «-Protestant! répétaient-ils en chœur. Je les laissai à leur étonnement et je sortis de l'église.

Cette anecdote me rappelle que, dans mon enfance^ au sortir du séminaire, à Tàge de douce ans, je vou« lais brûler tous les protestants et tous les hérétiques de France qui, m'apprenait«on chaque jour, n'ado-* raient pas la sainte Vierge*

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