CHAPITRE XV.— SAN CRISTOBAL
Ces deux jeunes gens, fralchement'émoulus, avaicnl fait du zèle; un vieillard eût été plus indulgent.
La société n'est pas des plus brillantes à San Cristobal, et les distractions y sont rares; le soir, on se réunit autour d'une estrade, les femmes assises sur des tapis, les jambes croisées à la turque , d^autres aecroupies sur des chaises, et les cartes en main^ la soirée s'écoule au milieu des péripéties d'un jeu fort innocent et de commérages sans fin. J'excep* terai toutefois la famille de mon hôte, où des causeries sérieuses se mêlaient aux bavardages de la petite ville. L'une des filles de don Carlos, assez bonne musicienne, avait un psalterion duquel elle tirait toute l'harmonie qu'il pouvait donner.
C'est un instrument à cordes de cuivre, de forme triangulaire, qui se tient sur les genoux et dont les cordes, trois par trois, rendent un son grinçant qu'on ne supporte qu'à distance ; de près, il finit par agacer les nerfs au suprême degré.
De création ancienne, le psalterion remonte aux premières époques musicales, et San Cristobal est peut-être une des dernières villes où l'usage s'en conserve encore ; cela tient à l'isolement de la ville, aux difficultés des communications qui ne permettent pas aux pianos, même du- plus petit format, d'arriver jusque-là.
L'une des curiosités de l'État de Chiapas est un village indien d'une population de vingt mille
àmeSy dispersée sur un vaste territoire, tout auprès de San Cristobal. C'est le village de Ghamula, dont tous les habitants exerçant Tétat de menuisier, fournissent la province de tables, bancs, chaises et canapés d'une forme simple, mais enjolivés de sculptures naïves rappelant les ouvrages suisses? Tous ces objets sont livrés au commerce à des prix d'un bon marché fabuleux, et dont il est difficile de se rendre compte ; je me rappelle encore des chaises à soixante centimes et de vastes canapés à deux francs cinquante, tout cela rendu quelquefois à des distances considérables.
Le gouvernement, comme tous ceux de la république, se trouvait en désarroi; des bandes réactionnaires occupaient les environs de Gomitan et tenaient la frontière de Guatemala. Aussi, quand je voulus partir et que je me rendis au palais, je ne pus trouver ni préfet, ni sous-préfet, ni même un simple employé; du reste, la démarche était une simple précaution et personne à l'avenir, ne s'informa du but de mon voyage. Il me fallait un mois de marche, sans compter les arrêts nécessaires dans une aussi longue route, avant d'arriver à Mexico.
Ge fut avec cette aimable perspective que je me dirigeai sur Tuxtla.
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