‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 166 sur 185 · CHAPITRE XVI. TKH0ANTEPEC · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. TKH0ANTEPEC

c<>stumé; maîsla vue d'un étrangerne les effrayaitpoînt; elles tournaient simplement le dos en me regardant, moins surprises et peut-être moins gênées que moi.

C'est ainsi qu'après avoir traversé Zanatepec, Niltepec, Yztaltepec, l'on arrive à Tehuantepec. En partant d'Yztaltepec , je m'étais égaré dans les bois; o^était la seconde fois que cela m'arrivait, et je faillis payer cher mon imprudence. Je savais qu'au nord je devais trouver la nouvelle route américaine ; mais j'avais beau m'orienter^ les broussailles me barraient le passage et m'obligeaient à des détours, ou, de nouveau perdu, je ne retrouvais des clairières que pour me reperdre encore. Mes chevaux étaient rendus et dévorés par des milliers de taons énormes; de mon côté, tout en ne craignant d'autre désagrément qu'une nuit à la belle étoile, je n'étais pas sans inquiétude; les tigres y sont très-nombreux, si nombreux

même, que chaque hacienda possède deux tigreros qui passent leur vie à chasser cet animal, dont les ravages dans les troupeaux deviennent de véritables calamités. Je n'avais plus avec moi ni hache pour établir une tente, ni fusil pour me défendre : la position n'avait donc rien de bien attrayant. Je laissai reposer mes pauvres bêtes et, leur enlevant le mors, je les fis paître une heure environ. Je repris alors ma course et longtemps encore j'errai au hasard, lorsque j*eus le bonheur de rencontrer un petit ruisseau; je reconnus des traces d^hommes sur le sable des bords

et je m'empressai de les suivre : j'étais retrou vé, car une demi-heure après je rencontrais la route américaine. Elle était dans un état pitoyable , les chevaux enfonçaient dans les terres détrempées » et nous n'avancions qu'avec une lenteur désespérante. Il était nuit quand j'atteignis Tehuantepec.

Il y avait alors une foule d'hôtels dont la fondation remontait à la création de la compagnie américaine ; je me rendis chez un compatriote dont la maison, parfaitement montée, offrait tout le comfort désirable. Mes chevaux avaient besoin de quelques jours de repos, et je comptais en vendre un pour me débarrasser de Carlos qui, passant par Minatitlan, pouvait de là regagner la Lagune, son pays. Je n'en avais aucun besoin, et j'étais fatigué de le servir.

. Tehuantepec est une ville de quinze mille âmes, en y comprenant les immenses faubourgs indiens qui possèdent, en fait de femmes , une des plus belles races de la république. Il fait beau les voir campées comme des viragos, la tète haute, la poitrine en avant, marchant fières et défiant les regards; très-séduisantes, malgré leur tournure virile, elles joignent à des figures pleines de caractère , une fermeté de chair et des contours admirables. Leur costume, gracieux et provocant à la fois, prête au charme de ces créatures. Il se compose de jupes de couleur, bordées de dentelles, ne descendant pas à la cheville et laissant deviner une jambe fine et d'un beau

Page 1