‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 183 sur 185 · CHAPITRE XVII. LE POPOCATEPETL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. LE POPOCATEPETL

Quinïse jours après je reprenais la (Jiligence dç Vera-Cruz ; je revenais en Europe. Au sortir d'Ayotla, jjQps nous trouv/imes pris entre deux partis, dont les ^yant-gardes tiraillaient à cent mètres l'une de Tautrç. Il fallut s'arrêter, et nous entendions siffler les balles; ,çela me mit à même de juger du tir mexicain. Pendant une heure au moins que dura l'escarmouche, je ne vis pas tomber un seul homme.

L'engagement ayant cessé, je m'informai; il n'y avait pas eu un seul blessé. Nous passâmes, et tombant dans l'arrière-garde de l'autre troupe, je m'informai également du résultat de la bataille. — Baste ! ce sont des maladroits, me répondit un sous-lieutenant, nous n'avons pas eu un homme de touché. C'était charmant.

Ce qui le fut moins, c'est qu'une fois engagés dans les bois de Rio Frio, une demi-heure à. peine après avoir quitté le petit corps d'armée, nous fûmes arrêtés par deux pandits les plus déguenillés que j'aie jamais vus; aussi furent-ils sans pitié. Comme d'habitude, il fallut uiettre pied à terre. Ces brigands étaient des créatures chétives qu'on eût anéanties d'un coup de poing, et telle est la résignation des voyageurs, ou la jcraipte qu'on a des camarades cachés dans le bois, que P^rsjonpe i^e manifesta la moindre idée de résistance. JPour cette fois, je fus bien et dûment dépouillé ; j'avais 4eu$ caisses, une malle bien garnie, quelque argent, je comptais sur le hasard pour passer, je tombai mal :

ils m'enlevèrent tout L'un d'eux ouvrit d'abord ma malle, faisant mine de choisir parmi les effets.

— En somme, dit-il, je prends tout. Et il passa l'objet à son acolyte ; mes papiers, mes notes, quelques précieuses curiosités, furent perdus; je les réclamai vainement. J'avais sur les épaules un paletot neuf que j'espérais conserver.

— Tiens, dit l'un d'eux en s'en allant, passez-moi donc cette pelure, elle est fort belle.

Je la lui passai, ce qui me permit d'arriver à Puebla en manche de chemise.

Ce ne fut point ma dernière aventure. En sortant de Puebla, nous avions une nouvelle compagne de voyage : c'était une jeune fille de seize ans, nommée Dolorès Molina; elle était fort belle, et d'une beauté dangereuse pour braver, par ces temps de troubles, lés hasards des grands chemins. Elle aUait à Gordova rejoindre sa mère qui l'attendait, et se faisait une fête de l'embrasser, l'ayant quittée depuis longtemps.

La diligence eut le bonheur d'arriver à Tehuacan sans accident, et les voyageurs qui couvaient de l'œil la belle enfant n'avaient trouvé rien de mieux à faire que de l'épouvanter par des alarmes continuelles. Au moindre arrêt de la voiture, elle pâlissait et se récriait, à la grande joie de ces messieurs. L'un d'eux, enfin, plus galant que les autres, et pensant faire preuve d'csp|it, lui dit :

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