CHAPITKE XVII. LE POPOCATEPETL
"^Sehorita, c'est chose bien imprudente à vous de voyager dans les temps où nous sommes, et si j'étais Coureur de route, ce n'est point à la bourse de ces messieurs que je m'adresserais ; j'ambitionnerais de ^lus doux trésors, et je vous emporterais si loin qu'on fié voud verrait pliia.
Cette délicate plaisanterie fit monter le rouge à la figure de la jeune fille et des larmes à ses yeux. On imposa silence au malencontreux galant ; mais à partir de ce moment, Dolores, sous le coup de douloureux pressentiments, se trouvait prise à la moindre alerté de tremblements convulsifs et d'une épouvante que rien ne pouvait calmer. J'étais silencieux témoin de ce prologue et je flairais dans l'air une vague odeur de drame. Cependant nous arrivâmes à Tehuacan sans que rien justifiât les alarmes de Dolorès. Nous éevicms repartir le lendemain pour Cordova^el cette partie de la route n'oJBfre d'habitude aucun danger.
Mais la fatalité voulut que la diligence d'Orizaba tfèWivât point; il fallut donc séjourner à Tehuacan, ^1 nous y restâmes trois jours, attendant vainement k diligence. 3e conseillai â la jeune fille de se moii'tt&t le moins possible^ afin de ne point attirer les regards; aussi ne sortit^elle pas de Tintérieur de la fonda, vivant dans Tintimité des femmes de la maison.
La diligence arriva cependant, et le quatrième jour, à deux heures et demie du matin, nous partions pour
Orizaba. Nous n'étions que cinq voyageurs : une vieille femme et ses deux enfants, Dolorès et moi ; nos compagnons de Puebla avaient suivi d'autres routes, Nouç roulions depuis deux heures dans le monte sauvage qui se trouve aux environs de la ville ; il faisait un clair de lune splendide, et les palmiers nains et les grands organos qui bordaient la route^ les plantes épineuses où disparaissaient les coyotes^ prêtaient au paysage la poétique physionomie du grand désert* Tout à coup un bruit de sabots frappant le sol se fit entendre à Tavant ; Dolorès, frémissante, se jeta dans mes bras ; une troupe de cavaliers arrivait sur nous au triple galop, soulevant des flots de poussière. La diligence s'arrêta.
— Pied à terre, fit l'un d'eux; et comme je descendais seul :
—N'y a-t«il qu'un homme dans ta voiture? dit-il au cocher*
— Qu'un seul, répondit celui-ci : le tableau rappelait une scène de Fra Diavolo ou de Marco Spada^ mais avec un cadre plus grandiose. Je me trouvais en présence de sept cavaliers montés sur des chevaux admirables ; ils avaient des costumes de grand priX| de belles armes, des chappareras de peaux de tigres, et leurs grands chapeaux mexicains étaient galonnés d'or avec des toquilles énormes. Je n'avais jamais vu, ma foi, de voleurs aussi bien habillés. « Passez devant, me dit l'un d'eux avec une grâce parfaite, il ne vous