CHAPITRE m. — COUTUMES
percé des rues au travers des cloîtres et vendu les jardins. Les garnisons qui occupèrent Tédifice aux jours de lutte ont, comme à Santo Domingo, laissé les tristes marques de leur passage; le couvent est dans un état déplorable.
: La façade qui regarde la rue de San Francisco présente un portail magnifique.
- Cette porte est un composé bizarre de pilastres renaissance, couverts de figures en bas- relief, surmontés de chapiteaux composites, et séparés par de niches ornées de statues. Le tout est d'une richesse d'ornementation extraordinaire, d'un goût peut-être douteux, mais d'un remarquable fini de détail, et Von admire d'autant plus ces sculptures que, au dire de la chronique^ elles ne sont point dues au ciseau de l'artiste, mais au pic grossier du tailleur de pierre.
Aujourd'hui, m'a-t-on dit, la porte de San Francisco n'existe plus ; le couvent est démoli, les matériaux dispersés, le terrain vendu.
On regrette que le gouvernement libéral, dans sa hâte de détruire les couvents, n'ait point su conserver ce magnifique échantillon de l'art mexicain*
Le couvent de la Mercie n'est qu'une immense bâtisse dont rien, ni l'église, ni la façade, ne peut attirer l'attention du passant; mais son cloître est le plus admirable de Mexico.
De blanches colonnes aux arceaux dentelés forment d'immenses galeries encerclant une cour dallée, dont
02 tS MEXIQUE.
une fontaine bien modeste orne le centre. Ces colonnes légères et les dentelures finement découpées rappellent le style grenadin qu'on voit se développer avec tant de splendeur dans la cour de TAlbambra.
Placé au centre d'un faubourg des plus populeux, le cloître, par sa solitude et son silence, forme un contraste frappant avec le tumulte et l'agitation da dehors. Rien ne peut se comparer à la tristesse qui règne dans ses murs. De temps à autre un aguador vient remplir à la fontaine ses cantaros et ses cho* chocoles (urnes et pots qui lui servent à transporter Teau). Quelquefois la tunique blanche d'un religieux vient animer une seconde le désert des galeries , pour disparaître aussitôt dans l'ombre des vastes corridors, peuplés de cellules désertes pour la plupart.
Aux murailles des galeries sont suspendus de nombreux cadres avec personnages grandeur nature , représentant des scènes religieuses, les martyrs dd Tordre, et les saints qui l'ont rendu célèbre. Toutes ces physionomies muettes, dans l'ej^tase de la prière ou de la douleuri n'offrent aux yeux que poses vio^ lentes et tableaux d'horreur. Ce ne sont que dislocationsy bûchersi supplices de tous genres.
Parmi ces personnages, les uns lèvent au ciel leur tète coupée dont le sang les inonde, d'autres vous tendent à Tenvi leurs moignons sanglants ou leurs membres calcinés. Un dégoût invincible envahit tout votre être ; vous vous reportez à ces temps de sainte