‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 31 sur 185 · ANECDOTES ET RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

ANECDOTES ET RÉFLEXIONS

Il peut sembler curieux, par le temps qui court, de tracer quelques esquisses mexicaines et de conter des anecdotes qui mettent le lecteur au fait de coutumes qu'il ne connaît guère.

Mon dessein, en écrivant ces lignes, n'est point de faire de la politique pas plus actuelle que rétrospective ; car, malgré tout mon désir d'être juste dans mes appréciations, il se pourrait que, malgré moi, mes sympathies se déclarassent pour tel ou tel, chose bien égale au lecteur assurément.

Non, je parlerai de l'un et de l'autre, taisant quelquefois les noms, et tout aussi indépendant envers le parti de l'Église, que je respecte, qu'envers le parti libéral, qu'on blâme aujourd'hui. Des deux côtés, les

hommes se valent; ils sont Mexicains. Quant aux principes, c'est une affaire d'appréciation.

Je ne dirai que ce que j'ai vu, et cela suffira, je pense ; car, au Mexique, le possible n'est guère vraisemblable, et les on dit pourraient m'attirer des contradictions.

Je laisse dormir le passé. Il m'est dur néanmoins de ne pouvoir faire preuve d'érudition sur la conquête, les vice-rois, l'indépendance; sur l'empereur Iturbide, qu'on fusilla comme un chien , et Santa-Anna, qui jouit tranquillement de ses rentes.

J'arrive à Comonfort, qui, chacun le sait, se retira tri»nquillement à Vera-Cruz, il y a quelque cinq ans, chassé par Zuloaga son ami, OsoUo, un charmant garçon, et le jeune Miramon, qui voyage aujourd'hui pour son plaisir. A cette époque, j'arrivais précisément à Mexico, et j'avais à peine eu le temps de me choisir un gîte, lorsque j'aperçus quelques leperos amoncelant des pavés dans la rue.

Il y avait là-dedans une intention de barricade qui mMntrigua, et, m'informant aussitôt, j'appris avec étonnement que nous étions en révolution. Je ne m'en doutais vraiment pas.

En effet, la citadelle s'était prononcée; elle avait pour elle le couvent de Santo Domingo et celui de San Agustin j quelques guérillas, en outre, arrivaient à toute vapeur.

Comonfort tenait le palais, la cathédrale et San Francisco.

CHAPÎTRB IV,— ^ANECDOTES. 7K

J'ai dit, au précédent chapitre , ce qu'est un prominctamento;Q^esi une charge de mauvais goût, qui, malheureusement, au Mexique se renouvelle trop sou-» vent« Ces messieurs s^amusent^ et c'est affaire entre eux; mais les étrangers en souffrent et leurs intérêts sont cruellement compromis.

Bref, chacun fit ses barricades, face à face, à courte distance les uns des autres, sans plus se déranger que s'il se fût agi du barrage d'un ruisseau ou du dépa** vage d'une rue : s'arrétant, prenant haleine, soulevant un pavé, se lançant une injure , quelque chose d'é-* norme, par exemple, et que je ne saurais redire, car leurs jurements sont fort orduriers. Quant au fusil, pendant deux jours il n'en fut pas question, et l'on n'entendit siffler des balles que lorsque les barricades terminées, chacun se trouvait parfaitement à Fabri.

Comme on le voit, cela peut s'appeler faire la guerre en amateur.

Pour les principes nouveaux proclamés par Zuloaga et C*, je me dispenserai d'en parler; je n'ai jamais rien pu comprendre à tous les plans (car cela s'appelle un plan) de ces messieurs.

Je les ai vus monter au pouvoir, en descendre, y remonter encore, moins légers, je vous prie de le croire, à la descente qu'à la montée : c'est là certainement le seul et véritable plan, s'enrichir; et il est bon, soyez-en sur, car on ne recommencerait pas aussi souvent.

£n somme, et avec de la bonne volonté, je me suis aperçu d'une chose : c'est que le clergé et Tàrmée voulaient conserver le privilège d'être jugés par leurs pairs (cela s'appelle les ftieros), et qu'une partie intelligente et éclairée de la nation n'entendait pas de cette oreille.

C'est peut-être mauvaise volonté de sa part, entêtement ou mauvaise entente de ses intérêts. Je me rappelle cependant qu'en France, autrefois, on avait réclamé coQtre cette manière de faire. De plus, le clergé veut conserver ses biens; il possède compe les deux tiers du Mexique. On les lui a donnés/n'est-il pas juste qu'il les garde ?

Yoilà toute la guerre; et depuis tantôt quarante ans, l'un tire à hue et Tautre à dia : a Je les garderai... tu ne les garderas pas. »

Il y avait donc des barricades ; une entre autres au pied de ma maison : j'étais aux premières loges. San Agustin tirait sur nous; quand je dis nous^ c'est une figure, et c'est de la barricade que je veux parler. Chacun faisait son devoir et tirait, en détournant la tête , sur des ennemis absents^ car on ne pouvait distinguer personne et je n'apercevais pas le plus petit plumet à l'horizon.

Néanmoins, je fus obligé de me retirer de ma loge d'avant-scène : une balle, puis deux frappèrent la console de la fenêtre, une autre entra dans l'appartement. Je compris que c'était bien à moi que s'adres-»

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