CHAPITRE IV, —ANECDOTES
sait cette plaisanterie. Je me retirai. C'est là, du reste, le c6té plaisant de cette sorte de guerre ; on se tue rarement entre soi y mais le passant ou l'étranger risque fort d'attraper une balle égarée.
Ce fut alors que, pour la première fois, j'aperçus le président Comonfort; il inspectait les barricades, payant de sa personne et encourageant les siens. Malgré tout, l'enthousiasme baissait visiblement, car la paye devenait rare , et la victoire est au dernier écu.
Comonfort est un gros bonhomme tirant à l'obésité, un peu mou, m'a-t-on dit, mais plein de cœur et trop clément. Ceux qui le chassèrent furent tous ses obligé^.
Les partis étaient eu présence depuis huit jours : cela devenait gênant et menaçait de se prolonger encore : toutefois on prenait son temps et l'on se reposait mutuellement de tant de fatigues. Chaque jour, de huit à onze heures du matin , on avait vacance. C'était alors des visites de l'un à l'autre, une poignée de main par-ci, une injure par-là, et cependant, les cuisinières allaient aux provisions, de manière que personne ne souffrait de la faim, ce qui ne manquait pas de charité des deux parts.
De plus, chaque parti s'adressait des cartels et des défis; Tun d'eux, je ne sais plus lequel, proposa donc k l'autre une bataille en rase campagne. Ne vous semble-t-il pas voir deux champions prudents se toiser avec fureur et s'écriant : a Sortons, monsieur, sor-
tons, 1» et ne sortant jamais* Gela me fit cet effet-Ià, car ni Tun ni Pautre ne voulut sortir^ se trouvant bien où il était; jusqu'à ce que, je l'ai dit plus haut, les partisans de Gomonfort, n'ayant plus le sou, passèrent A l'ennemi qui en avait.
Gomonfort se retira donc sans être inquiété. Ces messieurs entrèrent au palais; il y avait foule; les cloches sonnaient à toute volée, et ce fut vraiment un j , ^4^^beau jour pour nous, qui, depuis trois^enmines,f ne ' ^ pouvions sortir du logis. On s'embrassait sur la place du Palais; c'étaient des cris de triomphe et des hourras, et viva Miramon, et viva Zuloaga ! puis les courbettes de ces jours, les dévouements et les protestations, toute la comédie du succès. Gomme il y avait beaucoup de moines sur la place et que les grands chapeaux à la Basile s'agitaient avec enthousiasme, je compris que le clergé devait avoir gagné quelque chose, et je m'en réjouis fort.
Ce n'était partout que proclamation sur proclama-tion. J'avais lu les autres et je lus celles-là; c'est toujours, on le sait, la même histoire : anarchistes, voleurs, incendiaires, etc.; ce sont douceurs que chaque parti s'adresse, et vraiment entre les deux le cœur balance, car tous deux volent impunément.
Les rues de Mexico, pendant ces jours de fête, offraient un spectacle vraiment singulier ; la foule se composait surtout de teperos , tous plus ou moins chargés de pièces de coton ou d'indienne gagnées