‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 46 sur 185 · CHAPITRE V. — TEHUACAN · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — TEHUACAN

ver. Nous errions , depuis deux heures , au milieu des ronces, des plantes grasses aux pointes d'acier et d'épais taillis, sans pouvoir trouver un sentier convenable; il fallut descendre de cheval pour soulager nos bètes. Tantôt le hurlement d'un chien nous guidait à gauche, et tantôt le cri d'un coq nous attirait à droite ; nous finîmes cependant par apercevoir^ à la lueur incertaine de la lune, les murailles blanchissantes d'une habitation.

Après un quart d'heure de cris d'appel éveillant les aboiements des chiens, au milieu d'un vacarme à réveiller un mort, un Indien de mauvaise humeur vint nous demander la cause d'un tel bruit. Je lui exposai mon cas, mais il fallut parlementer longtemps pour le décider à nous ouvrir en grommelant. Il se radoucit néanmoins à la vue d'une pièce blanche, et voulut bien, moyennant quatre réaux, et s'éclairant d'une torche, nous remettre dans le bon chemin.

Au petit jour, nous étions loin déjà, hors de toute atteinte ; seulement nos chevaux s'étaient blessés dans le bois et tous deux boitaient affreusement. Je dus faire la moitié de la route à pied, chose dure en tout pays , mais déplorable par un soleil de plus de cinquante degrés.

Pedro, en vrai Mexicain qu'il était, resta plus longtemps sur sa bète ; mais comme elle menaçait chute à chaque pas, il lui fallut aussi descendre. Il faisait une

triste figure vraiment, et nous arrivâmes en piteux état au village de Tetomabaca.

Les chevaux demandaient un repos forcé. Un Indien du village, expert dans Part de guérir, vint examiner les malades; j'en fus quitte pour lui payer sa visite; le lendemain les chevaux n'allaient guère mieux, et comme il n'y en avait point à vendre, dans le village, au grand désespoir de Pedro, nous nous mimes en route.

Quatre lieues seulement nous séparaient de Quîotepec ; mais au delà, cinq journées encore pour atteindre Oaxaca.

La perspective était des plus désolantes. Six journées de marche I pas un pouce d'ombre dans le sentier, le paysage est d'une sécheresse extrême, et le 9nonte n'offre en fait de végétation que de pauvres mezquites au maigre feuillage ; les chevaux boitaient de plus belle. Pedro poussait des soupirs déchirants, nous étions tous deux rouges comme des homards et inondés de sueur; nous remontions cependant pour passer les rivières, et ce fut ainsi, clopin dopant, tantôt portés, tantôt portant, que nous débouchâmes sur la rivière de Quiotepec, torrent impétueux et profond qu'on traverse en pirogue et dont un Indien a le monopole. Il était tard, six heures au moins, et déjà nous entendions le bruit sourd de la rivière, quand un jaguar énorme bondit derrière nous, dans le chemin creux où nous étions engagés. La mule, quoique

Page 1