CHAPITRE V. TEHOACAN. Ii
qui ' poavaient s'adresser ces pris et ces clameurs.
Nous étions seuls dans la carrière, Aveuglant de flots de poussière Nos acharnés persécuteurs.
En vérité, Tillusion n'était plus permise, il fallut s'arrêter.
Ce cheval m'appartient, dit un Indien désignant l'alezan ; il me fut volé la semaine dernière , et je le réclame; tout le village m'est témoin. Pedro se trouvait démonté. Je protestai de toutes mes forces alléguant l'échange que j'avais fait le matin même, et le retour que j'avais donné. Nous parvînmes, mais au pas , jusqu'à la fonda y où deux Espagnols et leurs femmes étaient arrivés avant nous ; je les pris pour juges de Taffaire. Le Huero Lopez était une autorité reconnue, je croyais avoir fait un échange honiiète, et je protestai de nouveau de la pureté de mes intentions. Ce cheval esta moi, répétait l'Indien, je veux mon cheval; cette raison valait mieux que toutes les miennes ; en fin de compte, il me fallut parlementer.
c< Venez avec moi, dis-je au féroce propriétaire, n est-il pas juste que j'achève ma route, et forcerezvous ce pauvre homme à faire vingt-cinq lieues à pied. Pedro m'appuyait, on le comprend sans peine : Venez avec moi jusqu'à la ville^ vous ramènerez votre cheval, et je payerai vos peines. »
L'alcade trouva la proposition acceptable, et le marché fut conclu. Je compris alors la générosité du bon Lopez ; le commandant avait troqué deux chevaux volés et qu'on pouvait lui réclamer à chaque instant, pour deux chevaux légalement acquis et que personne ne pouvait revendiquer comme siens; il a dû bien rire de ma simplicité. Le tour était bon néanmoins, je ne pouvais qu'en rire moi-même ; Pedro criait : Vertu, tu n'es qu'un nom!
De Don Domingillo, deux routes conduisent à la vallée d'Oaxaca ; la première, grande et belle, acbe** vée sous l'administration de Juarez, alors qu'il était gouverneur de la province, contourne les hauts sommets de la Cordillère pour aboutir à la naissance de la première des trois vallées qui composent le Marquesado ; l'autre est un simple sentier suivant le rio de las VueltaSy petite rivière aux mille détours courant enchaînée dans des montagnes à pic ; impraticable pendant la saison des pluies, ce sentier n'est suivi qu'en temps de sécheresse : la rivière étant alors guéable dans tout son parcours, le voyageur y gagne une journée de marche. Nous suivîmes ce dernier.
Notre petite troupe formait une caravane de dix personnes en y comprenant les domestiques et l'In* dien du cheval. C'est avec bonheur qu'on s'enfonce dans ces gorges profondes où les eaux du torrent entretiennent une fraîcheur délicieuse et une éternelle verdure; le sentier se perd à chaque instant sou9