CHAPITRE YÏ.---OAXACA
lité de la ville exige que toutes les maisons soient peintes en couleurs foncées ou peu photogéniques ; hors le blanc, vous y trouvères toutes les couleurs de la palette. Si l'extérieur des habitations est ingrat et nu y rintérieur est presque toujours charmant; un vaste saguan, porte cochère, vous introduit dans une cour carrée, entourée pour Tordinaire d'un portique assez gracieU2&, et plantée de grenadiers, d'orangers et d'une espèce de cédrats à fruits ronds nommés tiH ronjo, et dont la tige atteint des proportions énormes. Des parterres de fleurs s'épanouissent à Tombre des arbustes, et des roses grimpantes s'allongent autour des colonnes.
Tout cela est propre, bien tenu, plein de fraîcheur, de gazouillement d'oiseaux et de senteurs enivrantes.
La vie, on le comprend, se passe toute au dehors» dans ces pays du soleil.
La galerie sert à la fois de salle à manger et de salon.
Ces petits jardins, qui sont la joie de la vie intérieure, sont d'un entretien difficile et coûteux ; chaque fleur exige, comme première condition d'existence, un pot isolé au moyen d'une sébile en terre pleine d'eau, de manière à former une lie. Les arbustes sont également entourés d'un anneau concave en dment, qui les isole.
Cette précaution est prise contre les arriéras, espèce de fourmis à corselet épineux nommées charretières,
qui atteignent une grosseur remarquable^ et dont la rage de destruction est sans égale. Ces fourmis sont mie plaie pour les maisons. Gomme les voleurs et autres gents malfaisantes, elles ne travaillent guère que la nuit, ce qui leur assure ordinairement Timpunité. Leur établissement principal est toujours à une distance considérable du théâtre de leurs dégâts ; aussi est-il impossible de les détruire y et la longueur de leurs galeries les met hors d'atteinte de toute espèce de châtiment. Leur nombre est si extraordinaire et leur organisation si merveilleuse, quUl leur arrive de dépouiller, en une nuit, de ses bourgeons, de ses fleurs et de ses feuilles, un oranger de grande dimension ; les unes montent et découpent les feuilles par grandeur voulue, tandis que d'autres attendent au pied de Tarbre la besogne des découpeuses; et tel est Finstinct de ces petits animaux, qu'ils savent attendre que l'arbre soit raisonnablement chargé de feuilles, de manière que la moisson en vaille la peine. Je les ai vues surveiller un rosier que j'affectionnais, et ne le dépouiller qu'au moment où les boutons allaient s'épanouir.
Les tremblements de ten*e sont annuels à Oaxaca^ et les murs de ces maisons si basses ont la plupart jusqu'à deux mètres d'épaisseur. Ces teemblements, sur un sol rocailleux, n'agissent point par oscillation comme dans la plaine mobile de Mexico, mais par trépidation, mouvement plus dangereux s'il est possible, et qui,