‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 52 sur 185 · CHAPITRE VI. — OAXACA · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — OAXACA

par des ébranlements successifs ^ détruit en un clin d'œil les édifices les plus solides. A Oaxaca comme à Mexico^ je fus témoin d'un de ces terribles phénomènes; il fut violent, mais de courte durée} assez long cependant pour épouvanter Fàme la plus résolue et me donner le temps de me précipiter dans la cour. L'instinct de la conservation bannit toute convenance et toute pudeur : je trouvai le personnel de la maison, hommes et femmes,

Dans le simple appareiL

d'aucunes enveloppées dans un drap et- d'autres parfaitement nues ; tout ce monde éclatant en prières ferventes, je vous assure, et en supplications passionnées.

Dieu n'a besoin que d'une petite secousse pour constater le nombre de ses fidèles.

Le danger passé, une vieille domestique de la famiUe expliquait tranquillement à son fils une formule au moyen de laquelle on pouvait prévenir tout désastre.

Le palais et la cathédrale en furent tous deux pour une corniche dont la chute ne blessa personne, et des crevasses qu'on s'empressa de combler.

Au sud-ouest de la ville se trouve le mont Alban, qui se relie à la chaîne de la Misteca ; au nord-ouest la sierra Madré envoie jusqu'aux maisons du faubourg

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U prolongement de ses derniers contre-forts. Le San Felipe^ point culminant de la sierra, borne Phorison de la ville au nord, et lui prodigue en tout temps des eaux fraîches et limpides. Ainsi placée, Oaxaca ne doit rien envier aux plus belles villes de la repu* blique.

Tout fédéral que soit le Mexique, le lien qui unit chacune de ses parties est des plus faibles, et l'on peut dire qu'il n'y a d'autre nationalité que la nationalité de province. L'habitant de Puebla est un Poblano, celui de Chiapas un Ghiapaneco, nul ne vous dira qu'il est Mexicain. Cet esprit de clocher se retrouve partout, mais nulle part il n'éclate avec autant de violence que dans la jolie ville d'Oaxaca.

Rien n'est bon, n'est beau, n'est bien, n'est admi« rable en dehors de ce petit État, et quoique tirant toute chose du dehors, pour ce qui regarde la mode, l'industrie et les arts, il semble que ce soit un tribut que l'univers lui paye et dont il ne doive aucune reconnaissance.

Quelques habitants poussent cette faiblesse jusqu'au ridicule le plus insensé; il n'est pas jusqu'à leurs femmes qu'ils ne dotent des avantages les plus singuliers et des vertus les plus extraordinaires. Mon séjour ne m'a rien appris à cet égard, et je laisse à d'autres plus heureux le soin de les découvrir.

Il faut attribuer cet amour-propre excessif à la concentration d'une existence toute locale» que des

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relatioiu^ plus suivies avec le monde viendront sans aucun doute modifier un jour.

Le besoin de société^ Tesprit de réunion sont fort développés à Oaxaca. L^on arrive promptement à rintimité avec des gens qui se livrent avec abandon, et le même jour vous donne presque autant d^amis que de connaissances; je nWfirmerai point pour cela qu'il iiEulle compter sur eux dans une circonstance difficile ; le dévouement est une fleur rare par toute la terre ; mais ils s^empresseront pour une démarche, vous combleront d'avances, de lettres de recommandation, vous couvriront de leur influence, sUl y a lieu y dé» ployant une affabilité constante et une bienveillance infatigable.

La causerie est vive et animée, Tesprit agressif et mordant des petites villes y déroule avec complaisance les mille et un riens d'une chronique passablement scandaleuse, qu'entretient une morale rel&chée» La f politique, dans laquelle les femmes jouent un rôle considérable, jette en pâture à la conversation detf petits cercles un aliment toujours nouveau.

Cette tendance est naturelle dans un pays où la bureaucratie absorbe toutes les ambitions : être ou n'être pas employé, c'est pour eux une question de vie ou de mort ; aussi les partis y sont-ils toujours sur la brèche pour attaquer ou pour défendre : quoi de plus simple que la guerre civile dans de telles eondi« ttons?

Il n'est pas rare de rencontrer parmi ces jeunes ambitieux des talents remarquables ^ une instruction solide, fruit d^un travail obstiné, et le don de deux ou trois langues qu'ils parlent avec facilité.

Gomment expliquer qu'une fois au pouvoir, ces brillantes qualités disparaissent pour faire place à une nullité désespérante ? C'est quMls trouvent à leur tour, cbez les autres, cette opposition systématique qu'ils pratiquaient eux-mêmes avec une si déplorable obstination ; c'est que tout est paralysé chez eux, et que leurs facultés suffisent à peine à défendre contre leurs agresseurs les positions qu'ils viennent si péni* blement d'acquérir. Les beaux projets de réforme sont oubliés , le service public abandonné , la désorganisation se précipite, la gangrène arrive à sa dernière période, l'État se meurt : voilà le Mexique. Réactionnaires et libéraux se reprochent mutuellement, dans ce langage qu'on connaît, leurs fautes réciproques ; tous deux sont également coupables et travaillent avec une émulation impie à l'anéantissement complet de leur beau pays.

. Le président Juarez est une des illustrations de l'État d'Oaxaca : de sang indien pur, il est fils de ses œuvres et doit tout à lui-même. Oh le voit passer du barreau d'une ville de province au gouvernement de l'État, arriver à la présidence de la cour suprême et s'asseoir, honnête homme, sur le fauteuil présidentiel. Son administration, comme gouverneur de l'État

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