‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 54 sur 185 · CHAPITRE VI. OAXACA. i3H · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. OAXACA. i3H

moitié de ses avantages par un rire béte qu'il lançait éternellement et à tout propos, ce qui chez bien des gens lui avait fait une renommée de bel esprit.

On lui prétait mille aventures ; c'était pour Héléna une conquête à faire. La famille d'Henrique possédait quelque bien ; c'était pour don Eusebio le mari demandé.

Du reste, la chose allait de soi. Henrique renoua sans difficulté des relations d'enfance, et, malgré les avertissements de son père qui n'estima jamais don Eusebio^ il fut en quelques jours du nombre des intimes.

A première vue, il fut ébloui. On ne pouvait rêver plus belle maltresse. Pour Héléna, jeune et coquette, elle éprouva quelque satisfaction de Teffet produit et ne demanda pas mieux que de plaire.

Il fut bientôt évident qu'Henrique était le préféré. Aussi le cercle des adorateurs diminua chaque jour ; quelques-uns Seulement cherchèrent à disputer au Mexicain une conquête si belle ; mais ils n'eurent plus qu'à se retirer devant la persistance de ses succès.

D'autres tournèrent bride et déposèrent aux pieds de la sœur des hommages dont l'ainée ne voulait plus.

Rien de moins platonique que cette passion facile ; mais la jeunesse verse sur toutes choses un tel torrent de fleurs^ qu'on se méprend volontiers sur des liaisons qu'on croit éternelles et qui ne sont que d'un jour.

i34 LE MEXIQUE.

Henrique me raconte souvent les premiers bonheurs de son amour naissant. Il me parlait de ses prome^* nades solitaires dans la vallée, de ses rencontres fortuites à San Felipe, de ces charmants dîners à Santa Maria del Tule sous les ombrages du vieux Sabino ; mais Tamour-propre chez lui remportait sur l'amour , et son œil brillait plus encore en me disaM ses triomphes, le dépit de ses rivaux repoussés, et Féclatante satisfaction que lui valaient les préférences^ d'une aussi belle personne.

Don Rafaël fermait les yeux et voyait tout.

Cependant le tête-à-tète est difficile dans une maison ouverte â tout venant, où se croisent et s'ébattent une foule de domestiques et d'enfants ; il fallait un dé-» noùment ; mais Henrique ne pensait point au mariage. Il y eut alors d'humbles demandes, des supplications et des résistances : toute cette habile ei naïve comédie de Famour à laquelle nous croyons si facilement et dont, en somme, les femmes sont presque toujours victimes. Henrique, désespéré, parlait de départ; â cette époque, il était vraiment épris. Héléna céda.

Par une nuit obscure, Henrique escaladait la grille de bois d'une fenêtre, s'accrochait à la corniche et bondissait sur Yazotea (toit plat). Héléna, tremblante, l'attendait sous un bosquet de jasmins. Don Eusebio avait tout vu.

Un mois de sérénades , d'entrevues mystérieuses, de rendez-vous dangereux pleins de poignantes émo-

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tions^ prolongea le délire de oette première nuit d'amour.

lies observations de don Rafaël n'arrêtèrent point rheureux Henrique.

On jasait cependant, et les rivaux éconduits surent lui dire, à mots couverts, quMl n'était pas le seul heureux, et qu'en tout cas il n'avait pas été le premier.

Henrique refusa d'y croire, et sa position compromettante, peut-être son courage, ne lui permirent pas d'imposer silence à ces bruits insultants; mais son amour baissa; il ne se montra plus aussi souvent dans la maison de don Eusebio ; les nuits le surprirent plus rarement sous ce bosquet parfumé témoin de ses premiers soupirs, et l'escalade de Vazotea lui sembla d'une prodigieuse difficulté.

La fière jeune fille lui demanda compte de son insultante froideur; Henrique se défendit faiblement, protesta, balbutia et voulut se retirer. Il y eut alors une scène de violence qui l'épouvanta ; mais voyant qu'elle allait perdre son amant, Héléna devint tout à coup tendre, pressante, suppliante ; elle le prit comme un enfant dans ses bras, le couvrit de baisers et de caresses passionnées.

— Que deviendrai-je sans toi, lui disait -elle; je t'aime et n'adore que toi; je suis seule au monde; tu l'as vu, je n'ai plus d'amis : tous se sont éloignés. Ton amour, mon Henrique, c'est ma seule joie sur

terre, c'est mon avenir, ma vie, mon seul bonheur. Ne m'abandonne pas! £t puis, ajouta-t-elle en le voyant se fondre devant ces témoignages passionnés, je n'osais te le dire, Henrique, je suis mère* Que devenir si tu t'en vas? Mon père, oh ! mon père me tuerait.

Cette confession terrifia le pauvre amant. Il revînt néanmoins, mais sombre, craintif, désillusionné, ne sachant plus comment rompre des liens de fer.

Don Ëusebio jugea prudent d'intervenir. Il surprit Henrique chez Hélénà, obtint une confession complète, et ne permit au malheureux de s'éloigner que sous serment d'épouser sa fille.

Il fallut tout dire à don Rafaël. Devant de pareils faits, toute observation était inutile, et la conférence se termina par un refus énergique de jamais consentir à ce mariage.

Henrique n'aimait plus ; la nuit venue , à l'heure où si souvent il s'agenouillait près d'elle, il sella son cheval et partit.

Le lendemain, don Eusebio aux aguets, fut étonné de ne point le voir ; il s'informa, connut le départ^ rentra. Il était calme, quiconque l'eût rencontré n'eût point deviné ce qui se passait en lui ; il croisa plusieurs personnes auxquelles il répondit, en souriant, aux compliments banals, insultes déguisées que chacun lui adressait, car tout se savait déjà.

Une fois chez lui, Forage fit explosion; il brisait.

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