‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 61 sur 185 · CHAPITRE VII. — MITLA.' l^l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — MITLA.' l^l

qa'il portait^ de son zarape, de son cheval et de son chapeau.

Ranimé par la fraîcheur de la nuit, il eut le cou^ rage de faire plus d'un kilomètre. Je le rencontrai titubant comme un homme ivre ; ses gémissements m'attirèrent près de lui, et je n'arrivai que pour le voir s'affaisser évanoui. J'appelai^ on vint> et nous le transportâmes dans la boutique d'un épicier, où on retendit mourant sur quelques sacs vides. La balle avait dû traverser le poumon ; le médecin appelé ne le regarda môme pas : il n'avait que peu de temps & vivre.

Une femme arriva, sa maîtresse, me dit-on. Un prêtre était là, qui lui jeta à la hâte une absolu-» tion de circonstance ; puis il se passa une comédie qu'on pourrait appeler la comédie de la mort ou du testament.

La femme se penchait à l'oreille du blessé qui ne l'entendait plus :

c( A qui donues-tu la maison? y> Puis, plaçant à son tour son oreille sur la bouche du mourant, elle prenait à témoin le prêtre et les personnes présentes, que telle mai€on lui était donnée. Le prêtre approuvai)^ un complaisant rédigeait,

« A qui telle valeur? -i- Au clergé, » fit-elle sur un signe du confesseur.

c( A qui telle propriété? » Et le testament, terminé de cette manière, on fit circuler le papier pour que*

chacun signât. Quelques personnes s'abstinrent et je fus du nombre. Le testament fut-il reconnu valable? Je l'ignore. Le lendemain, les troupes réactionnaires firent en triomphe, au son des cloches et des fanfares, leur entrée dans la ville. Je pouvais donc continuer mes excursions.

A l'entrée de la troisième vallée au sortir d'Oaxaca, se trouve le village de Santa Lucia, célèbre par ses combats de coqs. Deux lieues plus loin, sous des bosquets de goyaviers, de cherimoias et de grenadiers, se cache le joli village de Santa Maria del Tule. Le vieux arbre appelé Sabino^ qui ombrage la cour d'une petite chapelle, est connu dans toute la république; de loin, le dôme de verdure qui couronne son énorme tronc ferait croire à l'existence d'un petit bois. De près, il frappe de stupeur et d'admiration par son prodigieux développement*.

Le tronc, dans son plus grand diamètre, mesure quarante pieds; sur une autre face, il peut en avoir trente. A vingt pieds au-dessus du sol, il conserve les mêmes dimensions. A cette hauteur, il se bifurque et ses branches vigoureuses, semblables à des chênes centenaires, portent à cent pieds de là l'ombre de leurs rameaux protecteurs. Il n'est pas aussi haut que le comporterait l'énormité de son diamètre, et je ne suppose point qu'il dépasse cent cinquante pieds.

1. Voyez l'épreuve parfaitement réussie de l'album. Plao-« che XXVIII.

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