CHAPITRE VII. MITLA
tude hostile des Indiens les fit refenner avant qu'on ait pu les parcourir et en retirer les trésors qu'ils renferment. Je voulus vainement poursuivre la même entreprise; il m'eût fallu l'appui d'une cinquantaine d'hommes au moins pour protéger mes travaux, et je ne pus l'obtenir d'un gouvernement désorganisé qui ne pouvait se soutenir lui-même.
On n'arrivera jamais à la connaissance parfaite de ces monuments^ tant que dureront au Mexique ces bouleversements perpétuels ; la vie des voyageurs est sans cesse à la merci du premier pandour venu, comme à la discrétion des populations indiennes ; il lui arrive tous les jours, comme cela m'arriva, de se voir enlever le fruit de six mois de travail, d'une dépense énorme et de fatigues sans nombre : j'eus des clichés brisés et presque toutes mes notes enlevées.
Du reste, les ruines vont se détériorant chaque jour : les Indiens hâtent cet anéantissement déjà trop rapide, et, poussés par une superstition des plus bizarres, ils accourent par bandes des plus lointains villages et s'emparent de ces petites pierres taillées en brique qui composent les mosaïques», persuadés qu'entre leurs mains, elles se changeront en or. L'administration locale devrait bien mettre un terme à ce vandalisme stupide ; il suffirait pour cela d'un ordre à l'alcade du village, et d'un gardien qu'on relèverait chaque jour.
. Les caprices du coUodion avaient bien voulu me per-
mettre de réussir les reproductiops des ruines \ j'en avais une vingtaine que je fistransporter à dos d'homme, et que. je m'empressai de vernir à (non retour à Oaxaca. Comme je n'avais pas de vernis Sœhné, j'en fis un à l'ambre et au chloroforme, qui ne me réussit point ; je résolus alors de les protéger provisoirement avec une couche d'albumine, recette donnée par Van Monckhoven, dans pon Traité de photogra" phie.
Les clichés vernis, je les mis sécher au soleil, et m'occupai déjà du jour dç mon départ : il devait on être auti^ement.
J'aillai dans la ville rendre quelques visites, me proposant au retour de déposer religieusement mes clichés dans leurs boites à rainures.
Ah ! monsieur Monckhoven qu'avez- vous fait ! Je rentrai ; de loin les glaces me parurent d'une transparence extraordinaire , je m'approchai : quelle fut ma stupéfaction de voir que tout avait disparu, la contraction de ralbupaine avait tout enlevé.
Certes, c'était un grand malheur; mes produits et mes ressources épuisés me faisaient désespérer de réussir; ajoutez à cela que les troupes libérales, chassées trois mois auparavant, vepaient à leur tour assiéger les réactionnaires, La ville allait être fermée ; il y avait plus de cinq mois que j'attendais, et pas de nouvelles de mes bagages !
La position était désastreuse ; j'appelai à mon aide
CHAPITHE VII.^^MITLA. 163
iofut moD OQurag^, et je me» repdU W9 9ecap(te îok 4 Mitla, .
^d Q6 pus trouver cpi^ mou yi^ux obarr^ti^ir pour m'accompi^gner ; leg chemiAs étaieut coupée pçjr d^Si haudea fi^rin^^> ^^ chacun restait chez soi,
J'étais seul, complètement $ieul ; mais j'y mis um telle persistance at une telle énergie queu cinq jours^ ne dormant pas et passât la nuit 4 préparer mes glaces et mes pi^)duitS| j'achevai de nouveau mo{^ ouvrage ; il était temps ; mes forces étaient à bout, et j'eus toutes les peines du monde & regagner la yiU^, Les troupes ennemies couronnaient déj4 les haiiteum; les rues étaient coupées de barricades, le |eu corn* mençait. Le danger n'existait 4 vrai dire pour per« sonnei et l'ennemi nous offrait plutôt le spectacle d'uft feu d'arlifioe que celui d'un bombardemeqt ; unit et jour, une batterie de deux pièces de douze et deuj( mortieirf^^ placée sur la colline, lançait boulets et bom« bes sur le couvent de Santo Pomipgo, où s'étaient renfermées les troupes de Cobos; mais les bombes éclataient presque toujours ^ quelques centaiues de pieds au-dessus de l'édifice^ de manière que les habir tants, du haut des terrasses de leurs maisonSt pouvaieut juger en toute sécurité de la valew d^ coups» et suivre de l'œil les éclats des bpmbes«
Lorsque, de l'un ou de l'autre camp, uu bQulet atteignait apprciximativement le bqt, alors c'étaiep^ des baurrasj des hurlemauls de sauvages, et Vhabilf)
tireur était mis à l'ordre du jour. Cependant la vue de cette guerre inoffensive n'avait que peu d'attrait à mes yeux, et j'attendais avec impatience qu'elle se terminât; mais huit jours se passèrent, puis quinze, et la discussion n'avait pas fait un pas : chaque parti conservait prudemment sa position, l'un sans faire de sortie, l'autre sans tenter d'assaut. Il fallait en finir. J'allai faire mes visites d'adieu, et serrer la main des personnes qui voulurent bien me montrer quelque amitié pendant mon long séjour. Je dois à la reconnaissance de rappeler avec quelle grâce je fus reçu chez M. Lançon, négociant français, avec quelle amabilité madame Lançon sut me faire l'honneur de sa délicieuse retraite, mettant à ma disposition les ressources d'une bibliothèque choisie, à laquelle je dus d'échapper à l'ennui de bien des jours. Il est si rare d'unir, comme madame Lançon, tant de vertus privées à une aussi solide instruction, que le souvenir de sa bienveillante hospitalité est inséparable chez moi de l'admiration que j'éprouve pour ses mérites. Puissent ces quelques lignes lui porter un jour le témoignage de ma sincère gratitude!
Mes préparatifs de départ terminés, j'eus toutes les peines du monde à trouver des mules et un domestique qui consentit à me suivre ; il fallait en outre, qu'il connût la sierra, et qu'il entendit le métier d'arrieroy ce qui n'est pas facile. Une mule mal chargée s'écorche et se tue en quelques jours de marche, sur-