CHAPITRE Vlir.— LA MONTAGNE
connaissait pas plus le pays^ qu'il ne savait charger une mule, et je dus faire avec lui mon apprentissage à^ arriéra.
A chaque instant, il fallait mettre pied à terre, resserrer telle charge, en redresser une autre^ et parfois tout refaire; les récriminations eussent été vaines en pareil cas : je pris mon mal en patience, mais nous n'avancions guère.
De plus, messire José n'avait point eu la valeur en partage; il tremblait à chaque rencontre, et je le voyais toujours sur le point de lâcher pied. Gomme je m'extasiais devant cette timidité féroce, il se redressa comme un capitan et prétendit me prouver qu'il était l'homme le plus courageux du monde ; à cet e£Fet, il m'expliqua que, s'il tremblait parfois, c'était de crainte d'être pris comme déserteur et réincorporé, qu'il avait quitté son corps à la vérité, mais en vue de venir en aide à sa mère veuve et dont il était l'unique soutien. Je devais assurément l'approuver^ disait-il; il ajoutait que, pour preuve de sa valeur, il m'allait montrer ses blessures. Là-dessus, José se mit en devoir d'ouvrir sa chemise et de quitter son pantalon. Je le suppliai de n'en rien faire, et lui ordonnai au besoin de s'en tenir là de ses démonstrations à Tappui^ l'assurant que je le croyais sur parole.
— Uncobardel un poltron, moi! ajouta-t-il; j'ai deux coups de lance dans le dos. J'éclatai de rire à cette preuve sans réplique : ce qui m'attira de mon
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fidèle suivant une mauvaise humeur qui ne tint pas devant un verre de mexeai.
Cependant nous étions arrivés au pied de la sierra^ et les mules n'avançaient plus qu'avec peine dans un sentier rapide. 11 est^ du reste^ dans la coutume de ne jamais forcer une mule le premier jour de marche } il faut qu'elle se fasse petit à petit et qu'elle se brise à la fatigue.
En vertu de ce principe^ nous nous arrêtâmes, sur le midi , dans un petit tancho caché dans un ravin de la siei*ra. Le propriétaire était un montagnard de bonne mine, qui m'engagea fortement & ne pas poursuivre ; le bois était plein de déserteurs, auxquels il me serait difficile d'échapper.
— Reposea-vousj me dit-il, voilà ma cabane; en attendant^ comme nous avons un poste dans le haut du goulet, je vais aller, si cela vous convient, chercher deux hommes auxquels je me joindrai pour votts servir d'escorte ; nous partirons au milieu de la nuit, et vous arriverez de bonne heure à Uajinloloia;
Je consentis de grand ccëur à cet arrangement, qui Eue donnait une sécurité si précieuse ; une fois dans la sierra, je n'avais plus rien à redouter ; on n'y avait jamais connu de voleurs.
Mon homme partit dohc^ et nous déchargeâmes les mules. Le jacal était tellement petit que nous ne pûmes nous y loger; Ce n'était, au dire de sa femme, qu'une habitation provisoire, qu'une maison de cam"