CHAPITRE VIU. — hÀ. JflONTAGNE
pagne^ où tous deux venaieut surveiller la récolte d'un magnifique verger de pêchers.
Xlndienne nous prépara quelques morceaux de tasajo (lanières de viande sèche) et un plat de frigoles; j'avais apporté du pain. Quant au repos^ il me fut im-»* possible d'en goûter ; une fois entré sous l'abri de cette affreuse cabane , je fus envahi par une nuée d'insectes de toutes sortes^ pinolillos^ puces ^ seor* pions, etc.; il en pleuvait, et j'eus beau m'étendraau dehors, il me fut impossible de m'en délivrer.
Vers minuit, l'Indien, de retour avec ses deux amis, me réveilla ; les mules furent chargées et nous nous mimes eu route. La nuit était sans lune, l'obscu<* rit4 profonde et la pente tellemeqt rapide que j'étais à moitié couché sur mon cheval; de temps en temps il fallait arrêter et donner aux mules un instant de repos; l^ur respiration était bruyante^ saccadée, haletante : je craignais à tout moment de les voir rouler dans les gouffres qu'on devinait à droite et à gauche. Pour moi , je descendis de cheval et préférai laisser ma bète libre suivre sans fardeau les mules qui nous précédaient. Cependant le froid augmentait en raisoi^ d^ notre ascension, jusqu'à devenir incommode. Les bpis retentissaient des sifflements mystérieux de quel-? ques pdaraudeurs, et, de loin en loin, on voyait briller les feux d'un campement de charbonniers.
Le jour commençait à poindre quand un : Qui vive 1 nous arrêta : c'était le poste libéral d'où deux de mes
guides étaient descendus me chercher ; on vint nous reconnaître, et quelques minutes après je me chauffais Yohiptueusement au feu du bivouac.
Ils étaient là une cinquantaine d'hommes gardant un défilé et ne permettant à personne l'entrée de la sierra. Cinq d'entre eux se détachèrent donc pour me remettre , à Uajiiuoloiay entre les mains du commandant des divers postes échelonnés dans ces hauteurs. Le soleil était au-dessus de l'horizon et le froid avait disparu. Nous parcourions de magnifiques forêts de sapinsy nous engageant parfois au milieu de chaos de roches écroulées rappelant les gorges d'Apremont; les sites étaient beaux, grandioses, sauvages, et dans des éclaircies de verdure, à quelques mille pieds audessous, l'œil se perdait dans les profondeurs de la vallée.
Le rancho de Uajimoloia, où nous arrivâmes à dix heures, est un établissement d'Indiens charbonniers, composé d'une ferme et de trois ou quatre cabanes ; la culture de la pomme de terre , qui atteint à peine la grosseur d'un œuf, et l'élevage d'un troupeau de vaches sont les seules occupations des habitants.
Le commandant, jeune officier de vingt-cinq ans au plus, me parut ne pas goûter les charmes de sa solitude ; il demandait un changement à grands cris. Puis, s'étant informé des nouvelles du siège, ayant constaté ma qualité d'étranger, il me donna le laisserpasser nécessaire, et je lui souhaitai meilleure fortune.