‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 72 sur 185 · CHAPITRE VIII. — LA. MONTAGNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — LA. MONTAGNE

qui enveloppe toutes choses du voile magique de ses colorations.

Parfois, le son d*une cloche d'église montait des profondeurs jusqu'à nous comme une fumée d'encens et répandait une rosée de prière au milieu de ces splendeurs.

Un torrent grondait à nos pieds, perdu dans l'invi-sible, et le village qui nous regardait d'en face sem«blait à portée de la voix : il fallait trois heures pour l'atteindre.

Quelle journée pleine et rapide je passai, et combien ces douze heures de marche me parurent courtes!

Il était six heures quand j'atteignis Macuiltanguis, perché comme un nid d'aigle sûr un plateau escarpé. Je me fis enseigner le cabildo^ maison commune destinée aux voyageurs. Chaque village doit en avoir une. Mon arrivée avait été signalée à l'alcade , qui m'envoya l'un de ses topils.

L'alcade, dans les villages indiens, est toujours assisté de deux topils^ qui ont ordre de se mettre à la disposition des voyageurs pour fournir, moyennant un prix fixé, du mais et du fourrage aux chevaux et la nourriture que peut offrir le village.

Le topil en question me fournit immédiatement ce dont mes bètes avaient besoin, et, pour ce qui me regardait, une métiS; voisine de la casa realy me servit en quelques minutes le repas le plus confortable que pût désirer un estomac affamé. J'eus du pain blanc

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ceiBBM la neige, un malt de htsajohie admirablement réussi (dinde en ragoût avec purée de poivre long), un plat de Irigoles, du fromage et des fruita. J'avais pour boissc» da pulque mousseui^ et une demi-^bou^ iwlle à^ojfuardimte.

Je soupai, ma foi, délicieuisement, et ne craignis pan un verre de trop ; le topil, du reste, me faisait les honneurs de ohe« lui avec un empressement qu'égat^ lait seule ma générosité à lui verser rasade sur rasadei aussi se leva-t-il légèrement ému, mais enchanté d'avoir fait ma connaissance. Il me parlait de son village avec en tbousiasme et voulut me donner des preuves de sa haute instruction. Il lisait parfaitement e.t possédait quelques idées géographiques; mais il pataugea horriblement dans l'histoire et se perdit tout à fait en abordant la politique. Sur ces entrefai^s, quelques curieux des deux sexes s'étaient assemblés dans la cour du çubildo. Un mendiant aveugle vint les rejoindre, portant en bandouliàre une guHare invalide.

C'était le ménétrier du village, et sa vieille fignrQ ridée, où se jouaient encore quelques sourires, rappe-» lait l'aveugle de Bagnolet. Il répétait, comme lui, les refrains de sa jeunesse; il mettait dans ses chants toute la poésie des regrets, et savait arracher de cette guitare fêlée der sons touchants. Peut-être étais-je le jouet de mes illusions, peutrètre aussi le souvenir des merveilles que j'avais parcourues, disposait mon àme

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