CHAPITRE X.— CHICHEN-ITZÂ. 23B
géSy n^attendaient plus que Tordre de partir. Une douzaine d'entre eux, armés de haches, nous suivaient aussi pour couper les bois et dégager les monuments; quelques soldats de station au village se joignirent à notre petite troupe, qui s'ébranla tout entière, formant un total de quarante-cinq personnes.
Le guide nous conduisit directement au palais des Nonnes, le plus considérable des monuments de Ghichen-ltza ^, dont notre ouvrage reproduit la façade principale. On fut obligé d'ouvrir un passage au machete. Ce ne fut pas sans peine que nous arri*^ vàmes, déchirés par les ronces et le corps couvert de garrapatas, espèce de gros pou de bois qui s'enfonce dans les chairs comme ses confrères, et dont on a toutes les peines du monde à se débarrasser. Je m'installai dans Tune des pièces parfaitement conservée du palais; on posa des sentinelles au loin, afin de prévenir toute surprise^ et les Indiens se mirent au travail. Une fois mon cabinet noir organisé, je fis un cliché d'essai ; tous ces braves gens étaient émerveillés de la nature de l'instrument et du phénomène de la chambre noire« Le point obtenu, ils voulurent tous
I. Cetie ville» qui obtient aujourd'hui une si grande célébrité au point de vue archéologique, faisait partie de l'antique empire de Mayapan, détruit vers Tannée 14'?0 de notre ère. Chichen-Itza était parrenue à conserver son indépendance jusqu'à la fin du xvii* siècle. Elle tomba entre les mains des Espagnols, le 13 mars 169t; pendant plusieurs heures, ces temples furent lièvres au pillage. (Yoy. Juarros, t. II, p. 140).
admirer sur la glace dépolie la reproduclion renver* sée de Timagey et semblèrent frappés de stupeur ; le vieux curé surtout ne pouvait s'en rassasier.
Je laissai les Indiens à leur besogne, et, guidé par le sergent, accompagné de quelques soldats, j'allai visiter le Cirque , que les naturels appellent Iglesia (Féglise); les habitants avaient pris pour un temple inachevé ce qui n'était qu\m gymnase. Le doute à cet égard n'est plus permis, et Taccord des voyageurs à lui donner cette destination en a fait une certitude. Les emblèmes qu'on y rencontre à chaque pas disent assez que les jeunes hommes de cette nation disparue venaient y lutter de vigueur, d'adresse et d'agilité : on y voit l'aigle, le serpent, le tigre, le renard, le hibou ; c'est dire le courage, la force, la prudence, la sagesse, etc. ; il ne reste de ce monument que le basrelief des tigres, représentant des tigres deux à deux, séparés par un ornement de forme ronde meublé de petits cercles à l'intérieur. Le monument se composait autrefois de deux pyramides perpendiculaires et parallèles, d'un développement de cent dix mètres environ, avec plate-forme disposée pour les spectateurs. Aux extrémités, deux petits édifices semblables, sur une esplanade de six mètres de hauteur, devaient servir aux juges, ou d'habitation aux gardiens du gymnase. Sur la pyramide de droite (regardant le nord), se trouvaient deux chambres dont la première est détruite ; elle devait avoir un portique soutenu par