CHAPITRE XXIX
Suite de Mazatlan.
La ville de Mazatlan , située sous le 3St^ de latitude nord , est actuellement le port le plus considérable de la côte nord-ouest de l'AmeriqiLe , et a remplacé Âcapulco dans l'importance que ce port possédait autrefois sous le régime espagnol , où un galion apportait annuellement des îles Philippines les trésors de rOrient. Aujourd'hui Âcapulco a perdu presque tout son commerce et ne sert que pour le cabotage sur la côte et pour l'importation au Mexique du cacao que l'on y expédie de Guyaquil en Equador (Colombie).
Les ports de San Blas et de Mazatlan sont actuellçment ceux où tout le commerce , tant avec l'Europe qu'avec les autres parties de l'Amérique et avec la Chine, se concentre j et
cependant ils sont loin d'ctre favorisés par la nature , puisqu'ils n'offrent aucune sûreté aux navires pendant la saison des pluies; un autre inconvénient pour ces ports , c'est le peu de chance que les nombreuses rivières qui se trouvent sur cette côte offrent pour la navigation.
Quoique plusieurs d'entre elles , comme les Rios de Tololotlan , de San Pedro , d'Âcaponeta , de la Bajona et de M azatlan , présentent une largeur considérable, les canoës seuls, même pendant la plus grande crue des eaux , et k peu de distance de leur embouchure , peuvent les parcourir : tant leur lit est iné< gai et peu profond ! Et cependant l'importance de ces ports augmente journellement , surtout celui de Mazatlan , quoique de moins d'étendue et de profondeur que l'autre ; ce qu'il faut attribuer à sa situation plus saine , qui permet aux négociants d'y séjourner pendant toute l'année , tandis que ceux de San Blas sont obligés de passer la plus grande partie du temps a Tepic.
Le commerce de Mazatlan consiste principalement en marchandises qui viennent par la voie de Valparaiso, telles que des articles fabriqués en Allemagne» en Angleterre et en France. On y importe aussi des prodnits de VAmérique du Nord et de la France , tels que des cigares , des vins , des comestibles.
Le commerce avec Canton est aussi suivi que lucratif; on en rapporte des soieries , des objets en ivoire et du thé , que Ton désigne sur toute cette côte sous le nom chinois de Tcha.
Tous les navires qui entrent dans ces ports, ne prennent comme fret de retour que des lingots d'argent , des pesos , et du bois de teinture de la Californie.
Un fait particulier et peu connu , c'est que les bâtiments de guerre anglais font dans les ports de Touest du Mexique des affaires excellentes , en se chargeant principalement du transport du numéraire que les négociants de San Blas , de Mazatlan et de Guaymas , adressent par leur intermédiaire sur la côte
du Chili ou en Angleterre , tant pour payer des marchandises qu'ils ont reçues , que pour spéculer sur le cours du métal. Il ai^rive donc annuellement en janvier un bâtiment de guerre anglais de la station de là mer Pacifique sur les côtes de l'ouest du Mexique , sous le prétexte d'y protéger le commerce , mais en réalité pour en repartir au moi« de mars avec la petite pacotille de i ,200,000 à 1,800,000 pms (7,600,000 k 9,900,000 fr.) en numéraire ou en lingots.
La provision payée sur le transport s'élève à environ 2 p. 0/0, dont un tiers revient au capitaine du bâtiment, un autre tiers a l'amiral de la station et la troisième part a l'hôpital maritime de Greenv^ich à Londres, la charité devant compenser pouV ce qu'il y a de trop mercantile dans ces transactions.
IVes bons Anglo-Américains , qui ne négligent jamais de se fourrer partout où il y a quelque espoir de money making (gagner de l'argent) , se sont aussi présentés avec leur
marine pour offrir leurs services , du moins jusqu'à Valparaiso ; mais ils n'ont pas trouvé grâce chez les marchands de la côte^ pas même chez leurs propres compatriotes , qui préfèrent avoir affaire avec des hommes titrés, comme les présente la marine anglaise, tels que Lord H, the Honourable Y. etc., que de rempUr la bourse d'un commodore ou capitaine de leur propre calibre; au grand regret de ces derniers , qui , lorsque leur arrive pareille aubaine , partagent entre eux la provision , sans prendre en considération un Greenwich'Hospitâl.
Les relations de Mazatlan avec San Blas et surtout avec la Californie sont des plus fréquentes. Les ports de la Paz et de Loretto en tirent les marchandises dont ils ont besoin.
Les ports de la nouvelle Californie , comme San Diego , San Francesco , et le plus considérable de tous, Monterey , sont également en rapport avec ceux de San Blas et Mazatlan , surtout avec ce dernier , quoiqu'ils ti-
rent une grande partie de ce qui leur est nécessaire des îles Sandwich.
Les relations les plus sui\ie& existent entre Guaymas, dans le golfe de Californie, etMazatlan .
Ce port promet donc de deveniir avec le temps le plus considérable de toute la côte , et il a augmenté en conséquence depuis les douze ou seize ans qu'il est fréquenté y d'une manière prodigieuse.
Outre son importance commerciale , j'ai remarqué que ses environs se prêteraient à la culture de quelques articles qui pourraient servir pour l'exportation , tels que le guaco, dont j'ai parlé plus haut; et l'arbre du caoutchouc , qu'on nomme ici igera. Il est intéressant de faire une entaille dans cet arbre ; alors une sorte de résine en sort , blanche comme du lait qui , en séchant , devient de la couleur brune foncée que nous connaissons au caoutchouc.
Mais c'est surtout la pêche des perles , qui s'ctendant dans tout le golfe de la Californie ,
y* promet les résultats les plus satisfaisants. On emploie pour cette pèche, a Mazatlan, des Kanakas, habitants des iles Sandwich, qui sont d'excellents plongeurs. Ils sautent du canot ou de la chaloupe de celui qui les emploie dans la mer, où il restent jusqu'à 30 secondes, et arrachent l'huître avec leurs mains. Ces huîtres sont très-grandes , d'un diamètre d'environ 48 centimètres. La perle , si elle s'y trouve , est placée dans la partie charnue de l'huître, et souvent attachée k la coquille ; dans ce cas elle ne peut point servir. Les pelles du golfe de la Californie sont d'une très-belle eau, mais très-inégales, ce qui diminue leur valeur en comparaison avec celles de l'Orient. On en trouve parfois de très-belles et de trè^ grosses en forme de poire , comme j'eus occasion d'en voir.
On paye généralement aux plongeurs 6 réaux par douzaine d'huîtres ^ ils les remettent sans être ouvertes k celui qui a ordonné la pêche , et qui les examine lui-même. Un de ces plongeurs m'apporta un jour une co-
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quille longue de plus de 50 centimètres et large de 25, dont Tanimal pesait 2 libres 6 onces, poids d'Espagne (plus d'un kilogramme). Cette côte présente au naturaliste nombre d'objets les plus intéressants, tel que l'arbre sang-dragon, qui, quand on plonge un couteau dans son tronc ; n'offre pas plus de résistance que ne le ferait de la \iandç , et il en jaillit alors un suc jaunâtre , qui , \u aux rayons du soleil couchant, ressemble à dusang.
Parmi les reptiles, on remarque surtout les alligators , dont l'un que je fis prendre avait plus de 2 mètres de longueur ; et au nombre des oiseaux, beaucoup de pélicans. La mer est peuplée de requins des plus dangereux ; un capitaine de mes amis en prit plusieurs , dont l'un avait 4 mètres de longueur.
Mazatlan, malgré son importance commerciale , ne compte que peu d'habitants. Je doute que leur nombre s'élève à plus de 3,000.
Les principaux négociants sont nationaux, ou plutôt ChinoSy Américains et Allemands.
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Il existe entre ces différentes nations la plus grande jalousie de métier et l'antipathie la plus prononcée. De sorte que tous leurs efforts aboutissent à se rendre la vie , qui dans ce port est elle-même déjà si ennuyeuse , encore plus désagréable.
Les Mexicains de Mazatlan sont le rebut de toute la nation , puisqu'il n'y arrive que ceux qui veulent y faire fortune en fraudant eux-mêmes, comme négociants, ou en tolérant la fraude des autres commepréposés delà douane.
La basse classe consiste dans une sorte de leperos , qui la plupart vivent du déshonneur de leurs femmes et de leurs filles.