‹ Le microbe de l'ostéomyélite aiguë: démonstration expérimentale de la présence dans les foyers de l'ostéomyélite prolongée et dans quelques abcès chaudsChapitre 6 sur 18 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

En 1880, Pasteur découvrait, dans le furoncle, un microbe apparaissant sous la forme de petits pomts sphériques réunis par couple de deux grains, rarement de quatre et souvent associés en amas. Ce microbe était celui que, depuis, on a désigné sous le nom de microbe en grappe ou de staphylococcus. Sa présence dans le furoncle faisait rentrer cette affection dans la classe des maladies infectieuses et amsi se trouvaient confirmées les idées de Hueter, de Lœwenberg, de Trastour et de Startin, qui le disaient contagieux et imoculable.

Mais ce micro-organisme n’est pas spécial au furoncle. Déjà, la même année, Pasteurle signale dans du pus d’ostéomyélite aiguë, recueilli sur un malade du service de Lannelongue et dit que l’ostéomyélite est un furoncle de la moelle. À partir de ce moment, l'attention se porte spécialement de ce côté. L'ostéomyélite est étudiée dans sa nature et sa pathogénie.

Max Schuller, l’année suivante, eut l'occasion de voir des micrococcus dans l'os, le périoste et le cartilage articulaire d'un membre attemt de cette affection. Nepveu a observé aussi des micro-organismes dans le pus de deux ostéites juxta-épiphysaires.

Jusqu'à présent, les auteurs n’ont pas étudié l’action du microbe de l'ostéomyélite et du furoncle sur les animaux, ils ne se sont occupés que de sa forme.

Becker, le premier, emploie l’expérimentation. Il isole un micrococcus de l’ostéomyélite, le cultive sur la gélatine etla pomme de terre, décrit sa végétation orangée et l’odeur de colle d’amidon gûtée, et fait avec ces cultures des expériences qui se rangent en deux groupes : les injections imtra-péritonéales produisent des péritonites mortelles ; les Imjections intra-veineuses amènent la mort de l’animal, sans lésions appréciables, s'il n’y a pas eu de traumatisme, avec des suppurations de l'os, si celui-ci a été contusionné où fracturé. M. Gangolphe a reproduit ces dernières expériences de Becker, et, comme lui, 1la vu l'injection intra-veineuse du pus d’une ostéomyélte aiguë déterminer un foyer purulent dans une fracture. Des résultats analogues ont été obtenus par Fédor Krause avec des cultures de pus du furoncle.

Arrivent les travaux de Rosenbach qui sont d'une grande importance. Rosenbach} distingue quatre espèces principales de microbes provoquant la suppuration, ce sont : le microbe en chapelet, appelé encore Streptococeus, ressemblant à celui de l’érysi-

pèle et d’une nature particulièrement insidieuse ; le micrococcus ténuis retrouvé dans les pleurésies, les abcès et les arthrites purulentes des enfants à la mamelle ; le coccus en grappe blanc (staphylacoceus phyogenes albus) ; et le coccus en grappe jaune doré (s/aphylacoccus pyogenes aureus). C’est ce dernier microbe qui existe dans le pus des ostémyélites.Rosenbach l’a vu renaître au bout de trois ans, il explique ainsi le retour des vieilles ostéites. De plus, cet auteur l’aurait rencontré dans des suppurations très variées. Frenkel confirme simplement les idées de Rosenbach.

Les expériences de Fédor Kranse sont des plus intéressantes : les injections sous-cutanées des cultures du pus de l’ostéomyélite sont restées sans effet, les injections Intra-péritonéales ont amené des péritonites mortelles, les mjections intra-veineuses, avec ou sans traumatisme, ont produit une maladie qui se localise avec une grande prédilection dans l'appareil du mouvement (articulations, os, muscles). Mais Fédor Krause se demande si l'affection est identique à l’ostéomyélite de l’homme.

M. Rodet vient de lever les doutes ; dans le pus de deux cas aigus, M. Rodet a décelé le microbe orangé, il l'a étudié, mais surtout expérimentalement. Les injections intra-veineuses de cultures dans bouillon faites à des lapins, sans traumatisme préalable, lui ont donné des résultats qui variaient suivant les conditions de dose et de virulence. Tantôt c'étaient des morts rapides avec altérations rénales, musculaires et osseuses au premier degré, tantôt

c'étaient des affections subaiguës, avec lésions juxta-épiphysaires (raréfaction, décollements épiphysaires, séquestres) que M. Ollier a déclarées semblables à celles de l’ostéomyélite de l’homme.

Au congrès francais de chirurgie (avril 1885), Socin, de Bâle, annonçait au nom de (rarré, qu'il avait trouvé, dans le pus et dans le sang d'individus atteints d'ostéomyélite, les deux microbes en grappe, le blanc et l’orangé, et que personne, excepté M. Rodet, n'avait pu par moculation de leurs bowllons de culture reproduire chez les animaux la maladie avec ses caractères, à moins de léser les os. Ces deux staphylococcus ne sont pas spéciaux à l'ostéomyélite, ils se retrouvent dans bien d’autres affections : abcès chauds, panaris, phlegmons, etc. Sur soixanteseize abcès, Socin et Garré ont vu soixante-huit fois les deux microbes réunis, deux fois ces derniers mêlés au streptococcus, et six fois le streptococeus seul. L'ostéomyélite n’a donc pas d'agent spécifique et, comme dernière preuve, il cite les expériences que son courageux assistant s’est faites sur lui-même, et qui confirment l'identité des deux microbes de l'ostéomyélite et du furoncle, À Lyon, notre collègue Mouisset, de son côté, démontrait cette identité par des expériences sur desanimaux. Des injections intravemeuses avec des cultures de pus du furoncle lui ont donné, chez le lapin et le chien, des lésions osseuses, musculaires rénales, semblables par leur aspect et leur siège, à celles que M. Rodet produisait avec les cultures de pus d'ostéomyélite.

Ainsi, le microbe en grappe, signalé par Pasteur

dans le pus du furoncle et de lostéomyélite, a été retrouvé dans d’autres suppurations, par Rosenbach et Garré. Les auteurs qui, depuis Pasteur, l’étudient dans le furoncle et l'ostéomyélite lexpérimentent ; avec ses cultures ils produisent, entre autres lésions, des suppurations osseuses, et cela tantôt après traumatisme (Becker, Fédor Kranse}, tantôt sans traumatisme (Rodet). Volontiers, ils le considèrent comme spécifique, säns avoir expérimenté avec des suppurations différentes. D’autres, surtout Rosenbach et Garré, recueillent du pus de différents abces, en font des cultures délicates qui leur permettent d'isoler deux microbes en grappe, l’un blanc, l'autre orangé, ils les déclarent semblables à ceux du furoncle et de l’ostéomyélite, mais sans fournir la preuve expérimentale de cette identité.

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