‹ Le microbe de l'ostéomyélite aiguë: démonstration expérimentale de la présence dans les foyers de l'ostéomyélite prolongée et dans quelques abcès chaudsChapitre 7 sur 18 · SÉRIE I OBSERVATION · texte numérisé non relu

SÉRIE I OBSERVATION

R. J..., âgé de dix-sept ans, boulanger, né à Voiron, entre le 29 janvier 1884, salle St-Sacerdos, service de M. le professeur Ollier.

Son père et sa mère sont en bonne santé, ainsi que ses frères et sœurs. Il n’a pas d’antécédents pathologiques, pas de trace de scrofule, pas de rhumatisme ; 1l est fort et vigoureux.

Il y a dix mois, brusquement, sans cause occasionnelle bien appréciable, sans traumatisme, sans refroidissement, sans surmenage, le malade fut pris de fièvre vive avec délire, fuliginosités, ataxo-adynamie, Dés le début de la fièvre, 1l y eut du gonfle-

AGE ment de l'extrémité inférieure du tibia droit et de la douleur à niveau. Quinze jours après, un abcès s'ouvrait sur la face interne du tibia ; il ne sortait pas de séquestre. Deux semaines après l'ouverture de cet abcès, une nouvelle tuméfaction, et des plus douloureuses, apparaissait à l'extrémité inférieure de lhumérus gauche. L’articulation du coude est envahie, mais iln’y a pas de suppuration.

Dès le début, pendant la période fébrile, on avait institué un traitement tonique et excitant. Lorsque le pus se forma au niveau du tibia, on incisa plusieurs abcès qui furent drainés, Sur le coude, on appliqua des pointes de feu. Il n'y eut pas d'amélioration de ce côté, l’'empätement persistait ainsi que l’impotence fonctionnelle. L’articulation a été fixée dans la demi-flexion, et depuis six mois, il ne s’y passe plus que quelques mouvements actifs d'extension et de flexion. Les mouvements de pronation et de supination sont depuis longtemps supprimés.

C’est pour cette ankylose que le malade entre à l'Hôtel-Dieu, le 29 janvier 1884.

A ce moment, le coude gauche est dans la demi-flexion et dans une position intermédiaire entre la pronation et la supination, quoique se rapprochant un peu de la pronation. Les mouvements actifs sont très limités (4° à 5°). Les mouvements passifs ne sont guêre plus étendus. La pronation et la supination sont impossibles. Le coude est le siège d'un empâtement diffus, qui, sans être considérable (2 ec. 5 de plus de circonférence), donne cependant un aspect régulièrement globuleux.

ER ee Sur la face interne du tibia droit, vers l'extrémité inférieure, il y a deux fistules : l’une à deux travers de doigt au-dessus de la malléole interne; l’autre, beaucoup plus élevée, à l'union du tiers inférieur et du tiers moyen de l'os. L’articulation tibio-tarsienne et celle du genou sont libres. Le tibia est considérablement épaissi vers l'extrémité inférieure. La marche est impossible. Le malade est un peu bouffi, pas d’albumine dans l'urine, rien aux poumons.

La mensuration ne donne aucune différence de longueur entre les os du bras ou de l’avant-bras du côté sain ou du côté malade.

Le tibia malade à 39 cent.

Le tibia sain, 40 cent.

10 mai 1884. Anesthésie à l’éther. (Esmark.) Incision de M. Ollier sur la face postéro-externe du coude. Dénudation de l'os; pas de lésions périarticulaires, pas de fongosités, mais seulement de l’induration du tissu cellulaire périarticulaire par une sorte de phlegmon chronique. Le tissu cellulaire est très épais et lardacé. Après dénudation des os, on essaie de les luxer; mais cette partie de l'opération est très difficile, car le cubitus est ankylosé et fait corps avec l'humérus dans sa portion trochléenne, et les adhérences sont telles, qu’en luxant le cubitus on arrache une partie de la trochlée. Le radius est absolument sain, et sa tête, recouverte d’un cartilage non altéré, roule sur le condyle qui, lui aussi, a un cartilage presque sain. Section à la scie des trois os de l'avant-bras (radius 12 mill., eubitus 42 mill., humérus 42 mill.). L'examen minutieux des os n’a révélé aucune lésion tuberculeuse.

13 novembre 1884. On procède à l’ablation des séquestres du tibia. M. Rodet recueille : 1° des fongosités extraites d'une fistule ; 2° du pus d'un abcès non ouvert.

EXPÉRIENCES

L'examen des fongosités n'apprend rien de net sur l'existence de coccus. On pétrit la fongosité avec un peu d’eau, on filtre à travers un linge fin, et du liquide qui passe, on injecte cinq divisions de la serimgue dans la veine jugulaire d’un lapin. Ge lapin a résisté.

Avec le pus, on fait une culture sur pomme de terre et une culture dans du bouillon de veau.

Le 16 novembre, végétation orangée sur la pomme de terre ensemencée ; le mierobe a l'aspect de coccus fins, mobiles, la plupart isolés, d’autres réunis en orappe. La culture dans le bouillon de veau contient le même microbe.

Un lapin mjecté le 20 novembre avec une seringue d'une culture dans bouillon meurt le 31 décembre : il est porteur d’'ostéites multiples avec séquestres : une tête fémorale est réduite en bouillie, les grandes articulations sont pleines de pus.

M. Rodet a profité de ce cas pour expérimenter la résistance du microbe à la chaleur. Il à chauffé pendant six minutes trois parcelles de pus, l’une à 61°, l’autre à 71°, la troisième à 81°. Avec toutes, les ensemencements ont été inféconds. Il a done suffi

0e de chauffer à 61° pour que le microbe orangé perdit la propriété de s’aceroître :

Voici donc un cas d’ostéomyélite prolongée, vieille d'un an, qui recèle encore le microbe qui l’a produite. On le découvre dans un abcès qui n’a pas été ouvert, etil est capable, après avoir été cultivé, de reproduire une affection aussi intense que celle qu'il développait 1l y a un an, et semblable à elle. On peut donc conclure que la persistance des lésions osseuses était due à la présence du staphylococcus.

Page 1