‹ Le microbe de l'ostéomyélite aiguë: démonstration expérimentale de la présence dans les foyers de l'ostéomyélite prolongée et dans quelques abcès chaudsChapitre 8 sur 18 · SÉRIE II OBSERVATION · texte numérisé non relu

SÉRIE II OBSERVATION

P. A..., 50ans, marchand de fromages, entré le 6 novembre 1884, service de M. Ollier.

Rien du côté de l'hérédité, pas d’antécédents pathologiques. Vers l’âge de seize ans, il fut pris subitement d’une douleur vive siégeant au niveau de la partie interne de la cuisse, à emq ou six travers de doigt au-dessus de l'articulation du genou ; 1} dut s’aliter. Au bout de douze jours, apparut une tuméfaction diffuse de la partie malade, qui, deux mois après, s’ouvrait au dehors, sur le bord externe du membre, en laissant s’écouler au moins trois litres d'un pus jaune, contenant plusieurs morceaux d'os. Dix moisaprès, la guérison parut complète, le malade put reprendre son travail. |

Une récidive eut lieu au bout de quatre ans, un

nouvel abcès s'ouvrit rapidement. Le malade n’en continua pas moins de vaqüer à ses occupations. Mais bientôt le genou devint douloureux, un autre abces se forma au-dessus de l'articulation, et suppura pendant un an, jusqu’à ce qu'on eût enlevé des esquilles du fémur. La guérison fut dèslors rapide, elle persista pendanttroisà quatre ans, puis, troisième abcès,envahissement du genou qui s’ankylose à angle droit. Le malade se fait des tractions lui-même et arrive à faire toucher le pied à terre: ilreste quinze ans guéri.

L'année dernière (août 1883), sans cause appréciable, les douleurs reparurent dans le fémur, au niveau de la plaie, et furent accompagnées d’issue de pus et de fragments d'os.

Actuellement, le malade souffre peu, lankylose est complète et la jambe forme avec la cuisse un angle obtus. On trouve en dehors une fistule qui suinte encore et des cicatrices d'anciens trajets fistuleux.

L’analyse des urimes donne 10 orammes d'albumine par litre.

13 novembre 1884. M. Rodet recueille de l'urine dans l’urèthre, après avoir lavé à l'alcool le méat urinaire et son pourtour, et en introduisant une pipette flambée dansle canal. Dans une préparation microscopique de cette urine, il distingue des grappes de coccus qu'il affirme être en tout semblables au staphylococeus.

On lave le pourtour de l'orifice fistuleux de la cuisse, des pressions exercées tout autour de lui font sourdre le pus qui s’'accumule dans la profondeur du

PET de

foyer, et M. Rodet le recueille dans des pipettes stérilisées.

EXPÉRIENCES

Le même jour, injection intra-veineuse de ce pus à un lapin, et ensemencement dans du bouillon de veau.

L' novembre. La culture contient des couples, des chainettes et des grappes : c’est le staphylococcus.

On fait avec cette culture une injection intra-veineuse à un lapin (une seringue).

Celui-c1 paraît malade dès le 25. Il meurt le 28 en présentant un abcès au point de l’injection, des abcës musculaires, des ostéites suppurées de l'extrémité supérieure des deux humérus et du pus dans les reins. Le pus de cesdivers foyers,cultivé séparément, a reproduit le même staphylococcus et la végétation orangée. Le pus des abcès musculaires, entreautres, a fourni plusieurs générations de cultures, qui toutes contenaient le microbe de l’ostéomyélite et qui ont reproduit cette affection sur deux lapins injectés dans les veines.

Le lapin injecté le 13 novembre avec le pus même de l’ostéite a succombé le 17 novembre, porteur d'ostéite du fémur et de l'humérus. I est à remarquer que le lapin injecté, avec une culture, a présenté des lésions beaucoup plus intenses que le lapin injecté avec le pus même de l’ostéite.

Cette observation et les expériences qu'elle a fournies sont mtéressantes à divers titres, en tant que l'affection du fémur contient le microbe de l'ostéo-

Des 4 “).) Een

myélite, elle peut être rapprochée de l'observation précédente, et elle montre que le microbe générateur des lésions osseuses peut être retrouvé au milieu d'elles à trente-quatre ans de distance. Mais, l'intérêt de ce cas,réside surtout dans laprésence, au milieu de l'urine, du microbe pathogène; etcette donnée jointe à cette autre que le malade est albuminurique,jette une clarté singulière sur la nature de la lésion rénale dont il est porteur. Ce n’est pas une néphrite dégénérative qu'il présente et qui se serait développée, parce qu'il suppure depuis longtemps, c’est une néphrite infectieuse entretenue par le même microorganisme qui a déterminé l’ostéite. Ge malade porte les mêmes lésions que le lapin sur lequel nous expérimentons : à côté des altérations des os, 1l offre des lésions viscérales, et surtout rénales que trahissent la présence de l’albumine et du microbe.

Pour donner à la constatation du staphylococcus dans l’urme d’un malade atteint d’ostéomyélite et albuminurique une valeur définitive, il resterait à lisoler, à le cultiver et àessayer de reproduire, par des injections intra-veineuses, l'ostéomyélite et la néphrite.

«SÉRIE III OBSERVATION P.-L. R..., seize ans, apprenti boucher, entré le

30 mars 1885, salle Saint-Sacerdos, n° 8. Service de M. Ollier, suppléé par M. Chandelux.

Il a une bonne santé habituelle, n'a pas d’attributs serofuleux ou tuberculeux, n’a jamais fait de maladie orave.

Il ya deux mois, après avoir reçu la pluie, il fut pris d'une fièvre violente avec délire qui dura près de quatre semaines. Peu de jours après le début des phénomènes fébriles, un gonflement se montra au niveau de la septième côte gauche, partie moyenne, et au niveau du premier métacarpien du même côté, aussi bien sur la face palmaire que sur la face dorsale. Ce gonflement, une semaine environ après son apparition, après avoir subi une augmentation considérable, présenta des phénomènes d’inflammation très marquée. La peau devint rouge, puis elle s'amincit, se perfora, en un seul pomt au niveau de la région thoracique, en trois ou quatre, au niveau du métacarpien, dont un à la face palmaire, et une assez grande quantité de pus phlegmoneux s’échappa par ces ouvertures, qui, depuis lors, sont restées fistuleuses et ont donné issue à une suppuraition plus ou moins abondante. [1 y eut également du gonflement et de la douleur au niveau de l'extrémité imférieure du tibia gauche. On constate, en ce point, une douleur à la pression et de l’œdème des tissus. Une ponction au bistouri permet d'évacuer deux ou trois orumeaux purulents, mais il n'existe aucune dénudation ainsi qu'il est facile de le constater avec le stylet. L’exploration au stylet de la région métacarpienne permet de reconnaître au contraire une dénudation de l'os. Il en est de même pour la côte.

Quinze jours après l'entrée du malade à l’hôpital,

PUR de

l'un des trajets fistuleux dorsaux de la main donna issue à l'épiphyse supérieure, c’est-à-dire à la base du premier métacarpien.

7 avril. Opération ; anesthésie.

M. Chandelux fait une incision dorsale dans l’axe du premier métacarpien, les tendons et leurs gaines sont soigneusement ménagés. Incision du périoste, qui est décollé sur toute l'étendue du métacarpien, sauf au niveau de la tête, où quelques adhérences existent encore ; elles sont détruites avec le détachetendon, et l’on peut dès lors extraire très facilement le métacarpien dans sa totalité.

Pansement antiseptique et tractions sur le pouce au moyen d’un appareil plâtré portant un crochet à son extrémité antérieure. Un fil passant dans un trou fait à l’ongle vient s'attacher à ce crochet par l’intermédiaire d’un anneau de caoutchouc.

15 mai. Extraction d’une petit séquestre costal ; drainage.

20 mai. Suppression de la traction sur le pouce.

15 jum. Guérison ; raccourcissement du pouce de 1 centimètre environ.

EXPÉRIENCES

9 avril. 1° On recueille du pus dans le canal médullaire du métacarpien après avoir flambé l'os et les instruments. Avec ce pus on ensemence un bouillon de veau.

2" Avec les fongosités recueillies pendant l'opération et avec celles qui sont dans l'os, on fait une

Lie mjection intra-vemeuse d’une seringue et un quart à un jeune lapin, et une injection sous-cutanée d’une demi-sermgue à la cuisse droite d'un cobaye. Celui-ci n'a présenté aucune lésion locale ni générale. |

L'examen histologique de ces fongosités, fait pour rechercher le microbe de la tuberculose, est resté négatif.

Le lapin imjecté le 9 avril meurt le quatrième jour après, le 12 avril; les muscles sont semés de petites taches blanches, le biceps présente une large plaque blanche. Vers les régions juxta-épiphysaires, le périoste s’enlève facilement et entraîne avec lui des parcelles de substance osseuse. [ n’y a pas de séquestre. Des abcès dans le foie et dans les reins.

Des cultures sont faites avec du pus du foie et des reims; elles montrent des coccus en couple et en groupes irréguliers, absolument semblables au staphylococcus.

Avec elles, on fait des ensemensements sur pomme de terre ; celles-ci donnent la végétation orangée.

La culture dans bouillon du pus, recueilli dans le canal médullaire de l'os, a fourmi, elle aussi, le microbe en grappe.

Ce qu'il faut retenir de ces expériences, c’est moins le fait de la présence du microbe orangé dans le centre d’un os enflammé depuis longtemps, fait qui corrobore les données acquises par les deux séries d'expériences énumérées plus haut, que la possibilité de produire l’ostéomyélite à l’aide d’une injection intra-veineuse de fongosités développées sous son influence. Aujourd'hui que l’on tend à regarder, avec

Ur

une véritable exagération, les fongosités comme presque toutes tuberculeuses, il serait à désirer qu'il y eût un critérium d'apres lequel on pût distimouer celles qui sont tuberculeuses de celles qui ne le sont pas. Eh bien ! il semble qu'il soit possible d'y arriver. D'une part, notre expérience montre que des fongosités développées dans des foyers d’ostéomyélite sont aptes à reproduire l'affection dont elles dérivent, et, d'autre part, Castro-Soffia a prouvé que l'injection imtra-veineuse du pus d’un abcès froid et les injections intra - péritonéales de fougosités tuberculeuses donnent aux cobayes une tuberculose véritable, c'est-à-dire en série. [ est vrai que ce ne sont pas les fongosités tuberculeuses qui ont été injectées dans les veines ; mais si le pus d’un abcès froid, introduit par cette voie, a pu développer la tuberculose, il est bien probable que des fongosités farcies de bacilles ne sauraient faire moins. Il est vrai encore que les injections de produits tuberculeux ont été faites à des cobayes et non à des lapins ; cependant, on ne peut douter que ceux-ci ne deviennent tuberculeux à la suite de pareilles injections intra-veineuses, et, nous-même, nous avons observé deux cas de tuberculose sur les lapins qui avaient été ainsi mjectés, l’un avec du pus, l’autre avec une culture de pus, denature douteuse. Nous devons faire remarquer que, à plusieurs reprises, nous n'avons rien obtenu avec l’injection dans les veines de foncosités recueillies dans des foyers d’ostéomyélite. Peutêtre, dans ces cas, la couche de pus dans laquelle baigne la fongosité et qui contient les micro-0r2a-

nismes était-elle très pauvre en microbes. Aussi, pour augmenter la virulence, pourrait-onensemencer des bouillons avec les fongosités, et l'on ferait les in- Jections avec les cultures.

Nous venons de rapporter trois cas d'ostéomyélite prolongée, dans lesquelles nous avons pu retrouver le microbe en grappe, le cultiver et reproduire expérimentalement une affection analogue à l’ostéomyélite aiguë de l’homme; mais il s’en faut que tous les pus osseux, que nous avons étudiés, aient donné les mêmes résultats. Beaucoup se sont comportés aimsi qu'il suit : leurs cultures dans du bouillon de veau étaient, deux ou trois jours après l’ensemencement, tachées d’un pomtillé fin, eriblant le bouillon de sa surface libre jusqu’au fond du ballon. Hs différaient donc beaucoup des cultures faites dans les mêmes conditions avec un pus contenant le microbe en grappe, qui ont pour caractère mIcroscopique d’être uniformément troubles et d’un blanc laiteux. De plus, tandis que ces dernières conservent leur faculté prolifique à mesure qu'on les reproduit, les cultures pomtillées, au contraire, ne tardent pas à s’épuiser et deviennent stériles après le troisième ensemencement. Microscopiquement, les différences ne sont pas moins grandes; au lieu de coccus en couples où en grappes, les cultures dont nous parlons offrent des amas granuleux de dimensions variables ; ce sont eux qui produisent le pointillé.

Quand nous avons étudié le pus de quelques abcès ossiffluents, non ouverts et cliniquement tubercu-

ue leux, nous avons été frappé de la similitude macroscopique et microscopique que présentaient leurs cultures avec celles de ces pus osseux. Au premier abord, on serait tenté de croire ces dernières propres au pus tuberculeux ; mais, comme du pus recueilli dans un abcès consécutif à une lymphangite, et cultivé, nous a donné les mêmes caractères, nous pensons qu'il faut les considérer comme étant ceux d’une culture stérile. Les masses granuleuses seraient dues à la dissociation du pus introduit. Ce qui confirmerait cette idée que le pus des ostéites dont il est question était stérile, c’est ce’ fait que nous l’avions recueilli dans les fistules et loin du foyer pyogène: on à vu, au contraire, pour les trois cas qui nous avalent donné des résultats positifs, que le pus avait été recueilli pour ainsi dire à la source même.

Page 1