CHAPITRE VI
Sommaire : Degi'és successifs par lesquels passe la matière organique azotée en voie de décomposition. — Intervention des diastases. — Elles sont les mêmes dans tout le monde des êtres vivants. — Identité de la vie cellulaire, à quelque niveau qu'on l'étudié. — Conclusion de la première partie.
Dans l'étude que nous commençons sur l'alimentation azotée des ferments, nous allons retrouver lo caractère principal de celle que nous venons de terminer, à savoir : l'intervention simultanée ou successive des anaérobies et des aérobies pour la destruction de la matière organisée. Dans un cadavre abandonné à lui-même, les êtres anaérobies sont les premiers en action.. Ils remplissent pendant la vie le canal intestinal, s'enfoncent même, comme je m'en suis assuré, à une certaine profondeur dans les canaux excréteurs des glandes digestives. Sitôt la mort arrivée, ils commencent leur œuvre en liquéfiant autour d'eux les tissus, pénètrent peu à peu dans tous les organes, y produisent des dégagements gazeux et, par le ballonnement qu'ils amènent ainsi sur le cadavre, y provoquent des ruptures d'épiderme, des fissures par où les microbes aérobies, jusque-là arrêtés par la barrière résistante
NUTRITION AZOTÉE DES JIICllOBES 97
de la peau, vont pouvoir pénétrer à leur tour et mettre enjeu leurs actions comburantes. Finalementon arrive encore à un résidu purement minéral, toute la matière organique ayant pris la forme de gaz emportés par l'air ou de substances dissoutes par l'eau.
Mais, si les traits généraux de cette étude ne nous apprennent pas grand'chose de nouveau, nous allons en trouver en pénétrant dans le détail, en examinant la série de dégradations successives que subit la matière organique azotée en passant de l'état organisé iqu'elle possède dans nos tissus à l'état gazeux ou liquide sous lequel elle est prête à en former de nou- ■ veaux. Les produits résiduels que laisse l'action des ferments sur le sucre sont, en somme, peu nombreux, parce que le sucre est un groupement simple d'un petit nombre d'éléments. Mais les matériaux de nos tissus sont autrement complexes que le sucre, et les débris de leurs dislocations, leurs produits résiduels, sont, par suite, bien plus nombreux que dans le cas des substances hydrocarbonées. Bien que nos connaissances ne soient pas très profondes sur ce sujet, car nous sommes ici pour ainsi dire aux limites de la science, il est nécessaire d'en prendre une idée générale.
La matière organique azotée du corps des êtres vivants, la matière albuminoïde, pour l'appeler de son nom scientifique, a pour caractère essentiel d'être à peu près insoluble dans l'eau. C'est à cette condition seulement qu'elle peut servir à constituer nos tissus, continuellement baignés de liquides. Telle est, par exemple, la fibrine de nos muscles. L'albumine de l'œuf, la fibrine du sang, la caséine du lait semblent au premier abord échapper à cette règle et être en solution
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ilaiifl l'eau. Mais cette solution n'est qu'apparente. Elle ressemble à cette gélatinisation qu'on obtient en faisant bouillir un peu d'amidon dans beaucoup d'eau. On obtiendra ainsi un vrai liquide, où l'amidon semble s'être aussi totalement dissous que l'aurait fait un morceau de sucre. Il n'en est rien, nous le savons aujourd'hui; l'amidon est en simple suspension, et un fdtrc suffisamment fin le sépare, tandis qu'il laisse intégralement passer l'eau sucrée. Do môme, un filtre retient la caséine du lait, l'albumine de l'œuf, et ces substances sont répandues dans l'eau en flocons plus fins, mais tout aussi insolubles que de la fibrine musculaire ou de l'albumine cuite. A cette insolubilité presque complète dans l'eau, elles joignent une insolubilité absolue dans l'alcool.
Voilà leur état initial. Le premier pas qu'elles font dans la voie de la destruction les rend solubles dans l'eau. Dans un organisme vivant, il y en a toujours une portion arrivée à cet état. Le mot vie est synonyme, nous l'avons vu, de mutation incessante de tissus, et, pour être éliminés, les matériaux de ces tissus doivent pouvoir se dissoudre. Aussi le jus de viande contient-il beaucoup de ces produits de rétrogradation. C'est à eux que le bouillon doit ce qu'il possède de qualités nutritives. Si importants qu^ls soient, ces produits sont encore mal connus; nous les rassemblerons sous le nom commun d'extrait soluble dans Veau.
Un deuxième pas dans la voie de la régression et de la destruction en fait de Vextrait soluble dans l'alcool. Ici, la transformation de la molécule initiale est certainement devenue plus grande. Elle n'est pas arrivée pourtant à faire disparaître tous les caractères de la
matière albiiminoïde. Notre extrait soliible dans l'alcool lie se présente pas encore sous forme cristalline, il resie obstinément amorphe, et ne contracte d'union intime :avec aucun des. corps de la chimie. Il a encore une : structure complexe, où entrent, avec le carbone, l'hyidrogène, l'oxygène, l'azote, de petites quantités de • soufre et de phosphore dont nous verrons tout à l'heure ! le rôle dans la fermentation. Les proportions de ces 1 éléments constituants sont seulement différentes de ce i qu'elles étaient au point de départ. En moyenne, la pro- I portion d'oxygène est devenue plus grande, et celle t des autres éléments plus faible, absolument comme s'il »y avait eu oxydation, ou adjonction d'une ou plusieurs «molécules d'eau. L'analyse chimique ne distingue pas 'entre ces deux phénomènes. Mais nous pouvons heu- •reusement laisser de côté l'essence de cette transforimation. Il nous suflit d'en envisager le résultat. Or, ce résultat est indubitablement de nous avoir plus éloignés ide la forme initiale que nous ne l'étions avec l'extrait «oluble dans l'eau.
Au dessous de l'extrait soluble dans l'alcool, nous -^.ommençons à voir apparaître des substances cristallisables : de la leucine, reconnaissable à son éclat nacré; le la tyrosine, dont le nom rappelle sa découverte dans e fromage ; du glycocolle, ou sucre de gélatine ; de la 'nitalanine, et divers alcaloïdes analogues à ceux que labriquent physiologiquement les plantes vireuses. Auilessous encore, nous avons des produits dont la simpliication est poussée assez loin pour qu'ils commencent i être volatils. Tels sont le phénol ou acide phénique, 'mdol et le scatol, auxquels les matières excrémentiiclles doivent leur odeur spéciale. Viennent ensuite
des acides volatils ou des acides fixes à conslitulion très simple, identiques à ceux que nous avons rencontrés avec les- matières liydrocarbonées, les acides acétique, butyrique, valérianique et oxalique. Seulement, ici, ces acides, au lieu. d'être libres comme avec le sucre, sont combinés avec de l'ammoniaque simple ou d-es ammoniaques composées, ces ammoniaques étant elles-mêmes le dernier produit résiduel d'une partie de l'azote primitivement engagé dans la matière organique. Enfin, au dernier degré de l'échelle, on trouve des gaz formés essentiellement d'acide carbonique, d'hydrogène, parfois d'azote, parfois aussi de carbures d'hydrogène divers parmi lesquels domine, comme on peut s'y attendre, le gaz des marais, produit par la putréfaction de. la matière organique dans les eaux stagnantes.
Lorsque ces- gaz se forment dans un milieu où Foxy- • gëne domine, où vivent, par exemple, des aérobies, ils sont purs, et par conséquent non odorants. Mais quand ils proviennent de l'action de ferments anaérobies, par exemple du ferment butyrique du chapitre précédent, et qu'ils se forment dans un milieu privé d'oxygène et réducteur, il y a attaque, par l'hydrogène dégagé, du soufre et du phosphore dont nous faisions mention tout à l'heure. Il se forme de petites quantités d'hydrogènes sulfurés et phosphorés donnant au mélange une odeur putride bien connue. C'est alors, mais seulement alors, qu'on dit, dans la langue vulgaire, qu'il y a putréfaction. On va plus loin. L'odeur putride est si fréquente dans la décomposition des matières azotées que, lorsqu'elle manque, on juge que ces matières sont i^ntactes et peuvent être consommées sans inconvénient,
si elles sont alimentaires. La science, on le voit, ne saii*rait accepter ce jugement inconsidéré et parfois périlleux. La production de gaz odorants est un fait secondaire de la vie des microbes, pouvant, avec la même espèce vivante, se manifester ou manquer suivant les circonstances, et si, lorsqu'on l'observe, elle est caractéristique de la présence des ferments, elle ne saurait l'être de leur absence lorsqu'on ne la constate pas. Le microscope est le seul juge.
Revenons à notre point de départ. Nous connaissons maintenant les degrés divers de l'échelle de dégradation que doit parcourir la matière albuminoïde pour reprendre en entier l'état gazeux. Demandonsnous quel chemin lui font faire ses divers ferments. Avec ce que nous avons appris au sujet du sucre, nous pouvons nous attendre avoir apparaître, pour ainsi dire h chaque échelon, des microbes spéciaux, plus nombreux en somme qu'avec les matières hydrocarbonées, puisque les échelons sont plus multipliés, mais dont chacun prendra la matière azotée à un certain niveau, la fera descendre de quelques degrés, et l'abandonnera ensuite à une autre espèce vivante. C'est, en effet, ce que montre l'expérience. La destruction d'une masse organique azotée exige le concours d'un grand nombre de microbes divers, les uns anaérobies et ferments, agissant de préférence sur les matériaux les plus complexes ; les autres aérobies, seuls capables de faire disparaître les matériaux les plus simples, et de finir l'œuvre que les premiers ont commencée.
Dans cette série de microbes doués de propriétés diverses, les seuls dont l'étude puisse ajouter quelque
m Lie MICUOBli liT l„V MALADllî.
chose k co que nous savons déjà, sont précisément les premiers, ceux 'dont l'aliment, la matière fermentescible est la substance albuminoïde elle-même, en l'état où elle existe dans le monde vivant. Par quel mécanisme cette substance, insoluble dans l'eau, comme nous l'avons vu, va-t-elle pouvoir pénétrer au travers des parois de la cellule du microbe pour aller servir à sa, nutrition et à sa multiplication ?
Voici, par exemple (fig. 11), un agent actif de la liquéfaction des tissus dans lesquels il s'implante, le vibrion de la septicémie ou vibrion septique. Il peut vivre dans les mu-scles en y prenant les formes courtes et ramassées qu'on voit sur la figure, et il en fait, dans certaines conditions, un magma liquide, un putrilage repoussant. Il peut aussi vivre dans le sang en y prenant la forme des longs fils représentés dans un des quadrants du dessin, et ce sang, malgré son aspect liquide, ne renferme pourtant, nous l'avons dit, que des aliments solides. Comment ce muscle, ce sang deviennent-ils alimentaires pour le microbe? Ils le sont pour les animaux supérieurs, au prix d'une trans-formation préalable opérée par la digestion. Les microbes leur font-ils subir aussi une digestion ? Examinons cette question avec soin ; nous allons pouvoir en tirer une assimilation complète des procédés nutritifs^ dans le monde des ferments et dans l'autre.
Le terrain sur lequel cette assimilation est la plus n&tte est, dans l'état actuel de la science, celui de la digestion du lait.
Le lait renferme, en dehors de ses matières minérales, de sa matière grasse et de son sucre, dont nous ne
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parlerons pas, une substance azotée, la caséine, dont la plus grande partie, les neuf dixièmes environ, sont à cet état de suspension muqueuse dont nous parîions
Fig. 11.
VIBRION SEI'TIQUIi.
tout à l'heure. Pour devenir utilisable et nutritive, pour pouvoir pénétrer à l'intérieur des sacs clos des cellules et servir ainsi à la nutrition des tissus, cette caséine doit devenir soluble dans l'eau et dans les liquides de l'économie. Gomment y arrivc-t-.elle?
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Sans qu'on puisse encore bien savoir pourquoi, la digestion de la caséine est toujours précédée d'une coagulation. La caséine perd momentanément l'état muqueux pour l'état solide et cohérent. Elle élimine ainsi presque tout son liquide, le sérum, se réduit à un petit volume, et il se peut, après tout, qu'elle gagne à se débarrasser dans l'estomac de ce liquide encombrant pour aller se présenter seule un peu plus loin aux sucs chargés de le digérer. Quoi qu'il en soit, le lait absorbé se caille. Cette transformation générale, mais non nécessaire, se fait à sontour par un mécanisme différent dans l'animal adulte et dans l'animal en lactation. Étudions-la chez l'un et chez l'autre. . Dans l'estomac de l'animal adulte, la coagulation est produite par le suc gastrique acide que le lait y rencontre. La caséine est en effet insoluble dans les liquides acides, y perd son état muqueux pour prendre l'état solide. C'est pour cela qu'elle se précipite aussi quand le lait est envahi par le ferment lactique dont nous parlions récemment et auquel nous avons assigné la propriété de transformer le sucre de lait en acide lactique. C'est encore pour la même raison que le lait se coagule dans la mamelle de la vache, lorsque le microbe pathogène du frontispice a pénétré par une porte ou par une autre dans cet organe. On a le droit de ne voir là qu'une action de l'ordre chimique. Ce n'est pas encore une action de digestion.
Dans l'estomac de l'animal en lactation, le mécanisme de la coagulation est tout autre. Le lait y rencontre une sécrétion particulière de la muqueuse stomacale, une diastase, la présure, coagulant le lait comme le suc gastrique, mais en dehors de toute inter-
vention d'acides, et sans en changer la réaction neutre ou faiblement alcaline.
Ces diastases, dont la présure peut être considérée comme. le type, sont de singulières substances, et l'occasion se présentant d'en dire un mot, nous ferons bien ; d'en profiter. On ne les connaît pas à l'état pur, et aucun procédé ne les fournit débarrassées de la matière organique inerte dont elles s'accompagnent dans le ; liquide de sécrétion. On ne sait même pas si elles sont . azotées ou non, mais on sait quelles sont très actives, i Celle qu'on retire de l'estomac du veau, et dont les dissolutions plus ou moins concentrées servent, sous le : nom de présiires commerciales, aux opérations de la laite- ] rie dans le monde entier, peut coaguler 600,000 fois son ! poids de lait, et ce chiffre serait sans doute notable- ■ ment dépassé si, au lieu d'opérer avec un mélange ; impur, nous opérions avec la diastase pure. Il en est de même pour les autres. Vamylase, la diastase sacchairifiante de l'amidon, que les brasseurs trouvent dans l'orge germée, peut rendre soluble 1,000 fois son poids I d'amidon. La siicrase, la diastase inversive du sucre de canne, transforme en glucose 2,000 fois son poids de sucre candi. Il y a, à propos des diastases comme à propos des microbes, une disproportion curieuse entre le poids de matière transformée et le poids de matière active.
Singularité nouvelle, chacune de ces diastases est lautonome. La sucrase n'agit que sur le sucre, l'amylase que sur l'amidon, la présure que sur la caséine. Chose plus singulière encore ! Une même cellule vivante peut en produire plusieurs à la fois ou successivement,
\m l-K MICKOBli lîT LA. MÂIADIK
mais alors elle ne les produit pas nécessaireineiU, faU-.lement, comme une conséquence irrésistible de sa vi et de son fonctionnement physiologique. Leur production est en rapport avec le mod:î d'alimentation de la cellule, et on n'énonce pas une vérité absolue, mais on indique le sens général du pliénomème en disant qu'une cellule ne sécrète que la diastase ou les diastases dont elle a besoin, et en quantités proportionnées à sr^ besoins. C'est un fait d'adaptation physiologique.
Tout ce que nous apprenons nous sera bientôt utile. Voici encore ce que nous devons savoir. Comme les microbes, les diastases ont une température do prédilection, variable de l'une à l'autre, à laquelle leur énergie spécifique est la plus prompte et la [plus vive, en deçà et au delà de laquelle elles ralentissent leur action. Comme les microbes et à l'inverse de la plupart des réactifs chimiques, elles exigent comme facteur indispensable le concours du temps, et le facteur te7nps est, à son tour, lié au facteur quantité par une relation de proportionnalité inverso, de sorte que, si la quantité de diastase est double, le temps de l'action sera deux fois moindre. Ainsi, certaines présures commerciales sont telles qu'elles peuvent coaguler en 30 minutes, sous le volume de 1 centimètre cube, 10 litres, c'est-à-dire 10,000 fois leur volume de lait à 35°. Avec un demi-centimètre cube, il faudrait une heure, et un quart d'heure avec 2 centimètres cubes.
Revenons maintenant à ce lait, coagulé, au moment de son entrée dans l'organisme, soit par l'acidité du suc gastrique, soit par la présure des animaux en lactation. Nous ne sommes qu'au point de départ. La coa-
Nl.'TRi rfON AZ0Tl5li J)ES niICIlOlllîS. 107
.guUition n'est autre chose qu'une agglomération, qu'une prise en masse des éléments de caséine primitivement épars à l'état muqueux dans le liquide; elle n'a pas fait faire un seul pas au lait dans la voie de la digestion, c'est-à-dire de la dissolution; elle l'a plutôt éloigné idu but en lui donnant une cohésion défavorable à l'at- ;taque. Quant à poursuivre leur action sur le caillot qu!elles ont formé, la présure et le suc gastrique acide en sont également incapables. Leur rôle est fini. Par une conséquence nécessaire, l'estomac est incapable de digérer le lait. Il se repose dans l'alimentation lactée, 3t peut alors se rétablir s'il est malade. La liquéfaction de la caséine, la digestion du lait se fait ailleurs. Elle '>st l'œuvre du pancréas.
Cet organe sécrète pour cela une diastase nouvelle, la caséase, dont la fonction est de rendre la caséine ioluble dans l'eau et même dans les acides étendus. \joutée à du lait, cette caséase en fait un bouillon un i»eu trouble, à transparence cornée, immédiatement issimilable. C'est la diastase digestive.
Voilà pour la digestion du lait dans les animaux supérieurs. Mais il y a aussi des microbes pouvant ivre aux dépens de la caséine du lait. Par quels aoyens vont-ils la transformer de façon à se la rendre issimilable?
L'expérience prouve qu'ils n'emploient pas pour ela d'autres moyens que les êtres les plus élevés en •rganisation. Ils sécrètent aussi de la présure, ils éerètent aussi de la caséase : la seule différence est iiu'ils n'ont pas pour cela, ou du moins ne paraissent .as avoir d'organes spéciaux; mais ils n'y perdent rien omme puissance, ot il est tel microbe du lait, le hjro-
thrix tennis, par exemple, qu'on peut placer à côté oa ! même au-dessus du pancréas pour l'activité digestive du liquide sécrété par la cellule.
J'ai pris la caséine comme exemple. J'aurais pu parler de tout autre aliment. Le sucre cristallisable, ■ par exemple, ne devient utilisable et véritablement alimentaire pour les êtres supérieurs qu'au prix d'une transformation préalable en glucose, réalisée d'ordi- j naire dans l'estomac et due à l'action de la sucrase. Les ferments du sucre, la levure de bière, par exemple, sécrètent cette même sucrase; cette sécrétion manque, nous l'avons dit, chez certaines levures; celles-là sont incapables de vivre aux dépens du sucre cristallisable, mais vivent très bien aux dépens du glucose. De même pour l'amidon, dont la diastase digestive, l'amylase, est sécrétée par le pancréas chez les animaux supérieurs. Les ferments de l'amidon sécrètent aussi de l'amylase, et lorsque la colle de pâte se liquéfie peu à peu, c'est que les ferments de l'amidon l'ont envahie et s'y préparent I autour d'eux, en la pénétrant de leurs diastases, un aliment à moitié digéré et immédiatement assimilable. I
Nous retrouvons là l'équivalent exact du phénomène que nous envisagions au début, de ce vibrion septique envahissant un muscle, le liquéfiant, en fai^ ( sant une sorte de chair coulante. Toujours et partout, le même mécanisme est en jeu, et les tnêmes diastases j servent aux mêmes actions, dans le monde des êtres supérieurs et dans celui des infiniment petits.
Avant de tirer de ce fait des conclusions en rapport avec le plan général de ce livre, nous avons à en faire sortir une déduction intéressante et que nous
aurons à utiliser. L'eau que nous ingérons, les aliments que nous consommons apportent dans le canal alimentaire des multitudes de germes, ou môme, dans le cas Idu lait, du fromage, des fruits un peu avancés, des boissons fermentées, des microbes en pleine évolution dont lia nature est appropriée à celle des aliments, puisqu'ils ■les avaient envahis d'avance. Ces microbes trouvent d'excellentes conditions de développement dans le canal digestif, le remplissent en effet, le pénètrent dans ■tous ses replis, et doivent, par suite, superposer leurs actions digestives à celles qu'exercent légitimement les sucs normaux de l'organisme. Il y a donc, superposée à la digestion naturelle, une digestion microbienne, équivalente à l'autre en puissance, je m'en suis assuré, et pouvant même prendre entièrement à son compte la digestion de certaines substances, les celluloses digestibles, celles des herbivores, de la salade, des asperges, des fruits, auxquelles on ne connaît pas de sucs digestifs normaux dans l'organisme. Les actions de diastases n'étant jamais accompagnées de dégageïments gazeux, c'est aux ferments du canal intestinal, spécialement aux anaérobies, que sont dus les gaz ;intestinaux, plus ou moins abondants, plus ou moins ifétides, suivant l'état du tube digestif, la nature des aliments, celle des microbes que le canal renfermait déjà ou que les aliments eux-mêmes y apportent. Ces gaz ne manquent jamais, mais c'est lorsqu'il y en a le moins que la digestion est le plus normale.
Voilà un cas où les microbes travaillent pour nous, en vertu de la ressemblance de leurs propriétés avec celles des cellules normales de l'organisme. Cette res-
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semblarice est poui- nous le point capital de leur histoire, celui dont la considération va servir de base ii toute la seconde partie de ce volume. Elle est la conquête de la première partie. Attachons-nous à la mettre bien eu lumière.
Signalons d'abord les ressemblances de constitution. Dans la cellule des microbes, comme dans celles de nos tissus, nous trouvons un sac extérieur, en général clos de toutes parts, formé suj'tout d'une des nombreuses variétés de cellulose, et contenant un liquide, la partie vraiment vivante de la cellule, dans lequel on trouve des substances liydrocarbonées, des matériaux azotés, des corps gras et des substances minérales, toutes matières presque identiques à elles-mêmes du haut eu bas de l'échelle organique.
Ces cellules, de môme constitution intime, sinon de même aspect extérieur, ont les mêmes besoins. Celles de nos tissus font une consommation constante d'oxygène; celles des microbes aérobies sont dans le même cas. Celles des microbes anaérobies peuvent temporairement se passer de ce gaz à l'état libre, et nous avons vu précisément que c'était là une de leurs propriétés caractéristiques; mais l'étude de la levure de bière nous a prouvé qu'elles ont besoin, de temps à autre, de respirer libremenl. D'ailleurs, pendant leur vie anaérobie, elles consomment aussi de l'oxygène, celui qu'elles empruntent aux substances qu'elles font fermenter.
Non seulement l'oxygène, mais les autres aliments sont communs à toutes les cellules vivantes. Les plantes, semblables en cela aux animaux, consomment du sucre, comme dans la betterave; de l'amidon, comme dans le grain d'orge, le tubercule de pommes de terre; de
ritiuline, comme dans le dahlia; des matières grasses, comyie dans la graine de ricin, le tubercule de Cyperus ^culentm ; de la cellulose, comme dans la graine de dattier; des acides organiques, comme ceux qu'on voit i[)paraitre et disparaître dans les feuilles et les fruits de ilivers végétaux. Les animaux, àleur tour, consomment et digèrent l'infinie variété de substances offertes par le règne végétal. Les champignons, les microbes ont les mêmes aliments. Chose plus singulière, les espèces >Lipérieures se font à elles-mêmes et déposent, sur cerlains points de leurs tissus, des matériaux de réserve, (liff"érents de ceux qu'elles consomment d'ordinaire, et ilestinés, à un moment donné, à satisfaire à des besoins prévus. La betterave se prépare ainsi du sucre dans sa racine, la pomme de terre de l'amidon dans son tubercule, le ricin de l'huile dans sa graine, les animaux du i;lycogène dans leur foie. De même, on voit certains ferments de la cellulose, de la caséine se faire des réserves" temporaires d'amidon; la levure se donner •les matières grasses et du glycogène, et certains champignons remplir leurs greniers alimentaires, leurs ■cléroies, de cellulose, d'huile et de glycogène.
Ce n'est pas tout. Ces matériaux identiques sont attaqués par des moyens identiques du haut en bas de l'échelle animale et végétale. Lesmêmesdiastases entrent partout en jeu et donnent les mêmes produits solubles assimilables, capables d'entrer dans la circulation sanguine, de pénétrer les parois cellulaires et de servir à la nutrition du protoplasma. La caséine de certains fromages, affinés par les microbes, est en tout identique à celle qu'ont transformée les sucs digestifs d'un animal on lactation.
ll'i LE MICROBE ET LA MALADIE.
Une fois entrés ainsi dans le cycle nutritif, les aliments nous échappent. Nous ne savons pas pousser plus loin l'étude de leurs transformations. Mais nous, les retrouvons à leur sortie, et nous pouvons juger l'arbre à ses fruits, et conclure à l'identité des phénomènes nutritifs de celle de leurs résultats. Or, que voyons-nous ? Ces aliments consommés et élaborés donnent des produits que la cellule s'agrège et conserve, d'autres qu'elle élimine. Les premiers forment ses tissus et sont les mêmes partout; nous l'avons vu. Leur proportion, leur arrangement diffèrent d'une cellule à l'autre, maisleui' nature ne varie pas. Quant aux produits d'élimination, ce sont aussi partout les mêmes. Il nous est difficile, il est vrai, de comparer absolument et d'identifier les premiers produits de régression des matières albuminoïdes, l'extrait soluble dans l'eau, l'extrait solublo dans l'alcool, dont nous parlions en commençant ce chapitre. Mais nous pouvons être tout à fait affirmatifs quand nous arrivons aux produits définis et cristallisables, comme la leucine, la tyrosine, qu'on trouve dans le suc de toutes les glandes et dans le fromage ; l'urée, qu'on aurait pu croire caractéristique des animaux supérieurs avant que je ne l'aie rencontrée chez certains microbes ; les divers acides de la série grasse, l'acide oxalique, et enfin l'acide carbonique et l'hydrogène.
Concluons donc que tout nous apparaît identique dans le monde des animaux supérieurs et dans celui des infiniment petits : structure des cellules, nature des aliments, mécanisme de l'alimentation, produits d'assimilation et de désassimilation, point de départ et résultat de l'action respiratoire. C'est sur cette ressem-
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blance que nous allons maintenant faire fond pour opposer les unes aux autres ces cellules diverses, les taire entrer en lutte, et examiner ce que deviennent, à cette lumière nouvelle, les notions de santé et de maladie, l'hygiène et la thérapeutique. N'omettons pas cependant de faire remarquer, en terminant, que nous quittons ici les portions les mieux cultivées et les plus connues du champ de la science, que nous en touchons les limites actuelles. Nous rencontrerons certainement encore des faits bien observés, des résultats solidement établis, des conclusions vraiment scientifiques. Malheureusement ces faits seront isolés et ne se sentiront pas les coudes, ces conclusions ne se grouperont plus en corps de doctrine comme celles de cette première partie. Nous serons obligés de faire une plus large place au raisonnement et à la spéculation. Mais j'ai eu un double but en écrivant ce livre : l'un, auquel no nuit pas un peu de hardiesse dans les inductions, est de provoquer les réflexions et les recherches; Fautre l'st de leur donner une base solide. J'estime être arrivé 1 ce dernier résultat. Essayons d'atteindre l'autre.