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CHAPITRE X

HÉRÉDITÉ

SojiMAiRB : Transmission héréditaire de la virulence dans des cultures successives du microbe. - Lois de cette transmission - Transmission héréditaire de 1 immunité dans les cellules de l'animal vacciné - Théones de la vaccination. - Hérédité pathologique et vaccinale - Ses effets sur la société.

Nous avons appris, au chapitre précédent, à produire, par l'action de l'air, dans des matras de culture, toute une série de bactéridies à divers degrés de virulence. Nous avons fait la même chose pour le micrococcus du choléra des poules; nous aurions pu arriver au même résultat avec beaucoup d'autres microbes dont nous 'navons même pas effleuré l'histoire, qui ne nous aurait appris rien de nouveau. Nous sommes ensuite entrés en possession d'une foule d'autres moyens de faire varier la virulence, et nous pouvons nous croire en droit de voir dans ce mot l'expression d'une résultante instable, en voie d'évolution continue. Le moment est venu de réagir contre cette tendance, et de montrer quelle curieuse stabilité la virulence peut revêtir dans quelques cas, jusqu'à être transmissible par voie héréditaire.

Je n'ai pas besoin d'insister sur la valeur pratique

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de cette démonstration. Elle permet la création, la reproduction artificielle des virus vaccins en quantité indéfinie, et sous ce rapport elle a fait ses preuves. Mais, ici, nous avons à nous préoccuper surtout de son côté théorique. Et d'abord, si nous voulons maintenir la virulence à un niveau déterminé, pourrons-nous prendre des êtres vivants comme milieu de culture? Oui, certainement; quelques-uns des faits consignés à la fin du chapitre précédent en font foi. Mais nous aurons plus de marge et' l'expérimentation sera plus facile avec des liquides inertes.

Ensemençons donc, dans des bouillons de culture convenables, ces microbes, ces bactéridies diversement atténuées, et voyons si les générations qui en proviennent se comportent comme elles sur les espèces animales qui ont servi à étudier et à caractériser leur degré de virulence. Nous disons les générations, et non la génération nouvelle, car, ne l'oublions pas, en vertu des modes bien connus et de la vitesse de reproduction chez ces êtres microscopiques, une seule culture représente plusieurs dizaines, quelquefois plusieurs centaines de générations successives.

Ici encore, comme dans d'autres problèmes posés de la même façon dans les chapitres précédents, trois cas sont possibles. La virulence s'accroît par la culture, reste stationnaire ou diminue. Ici encore, l'expérience réalise ces trois cas. Des liquides mal appropriés à l'évolution du microbe en affaiblissent la virulence, qui remonte si on change le milieu. Le vibrion septique de la figure 11 se cultive bien dans du bouillon Liebig neutre ou alcalin, mais il peut s'y atténuer. En substituant à ce bouillon du sérum sanguin un peu chargé de

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coagulums fibrineux, la nouvelle culture sera mortelle à la dose de s^ô ^'^ goutte. De ces variations de sens inverse, nous n'avons plus le droit de nous étonner. Elles rentrent dans les faits du chapitre précédent. Mais voici qui est plus imprévu. Il y a pour la bactéridie charbonneuse, comme pour les autres microbes, des liquides de culture avec lesquels l'augmentation ou la diminution de virulence sont extrêmement faibles, presque ou tout à fait nulles, et on peut par suite reproduire quasi indéfiniment par la culture une bactéridie d'un degré de virulence quelconque, Timmobiliser dans ses propriétés, en faire pour ainsi dire un être à part, doué de qualités personnelles, et les transmettant à ses descendants.

Nous avons vraiment le droit de nous demander, en envisageant ces résultats au point de vue théorique, si nous ne venons pas d'assister au mystère de la création d'une espèce nouvelle. Ces bactéridies fixées dans leur degré d'atténuation conservent, il est vrai, à peu près la forme et les dimensions de la bactéridie charbonneuse. Tout au plus sont-elles un peu plus grêles, un peu plus granuleuses. Leurs flocons, au lieu de remplir le liquide à la façon de flocons d'ouate molle, se réunissent de préférence en paquets plus denses, adhérents aux parois. Mais les unes peuvent tuer un bœuf, d'autres seulement un lapin, d'autres être inoculées sans danger aux êtres les plus fragiles, et chacune d'elles a ses justiciables et transmet à ses descendants sa qualité et sa quantité de puissance. Il n'en faut pas plus, ce semble, pour caractériser une espèce, et il y a certainement chez les animaux aquatiques, en dehors

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du monde des microbes, des espèces dont les caractères différentiels ne sont ni plus précis ni mieux accusés.

Ce serait s'arrêter à une vue incomplète des choses, et l'idée de lutte, présente à tous les degrés de cette étude, nous amène à une tout autre conclusion. Poui' mettre en jeu ces diverses virulences, ces prétendus caractères spécifiques, il faut s'adresser, non à des liquides inertes qui n'en laissent rien paraître, mais k des êtres vivants pour lesquels un mécanisme délicat fait dépendre le gros résultat qui frappe nos yeux d'une variation physiologique beaucoup trop faible pour être spécifique. De deux obus lancés par une même pièce, l'un éclate et amène un désastre, l'autre n'éclate pas. On a pourtant cherché à les faire bien pareils, mais un insaisissable défaut de construction leur fait avoir des sorts et produire des effets très divers. De même pour le résultat d'une inoculation charbonneuse. Très virulente, le mouton d'Algérie y résiste; le mouton de France en meurt. Ce sont pourtant toujours des moutons, et la différence d'action d'une même bactéridie n'autorise pas à les ranger dans deux espèces différentes.'De même on n'a pas le droit de faire deux espèces de la bactéridie virulente et de la bactéridie atténuée qui ne tuent pas le même mouton.

Ce ne sont même pas, à proprement parler, deux races, car les races conservent et fixent assez solidement leurs qualités particulières. Chez les bactéridies, au contraire, la virulence est à l'état de variation incessante, nous l'avons dit, et n'est pas absolument immuable, même quand elle se transmetlemieuxpar voie d'hérédité.

Les lois de cette transmission n'en sont pas moins

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intéressantes, et méritent de nous arrêter un instant. On peut les résumer dans cette notion curieuse. Quand la variation originaire de virulence résulte d'une action brusque et relativement violente, comme l'est l'action de la chaleur dans les expériences de M. Toussaint et de M. Chauveau, l'hérédité ne fonctionne pas, et la bactéridie chauffée remonte immédiatement, et dès sa première culture dans un milieu inerte, à sa virulence première. Quand l'influence atténuatrice a été lente, comme dans le cas de l'action de l'air, du soleil, quand elle s'exerce sur un être en voie de prolifération, même pénible, comme dans l'action d'une température de 43° sur la bactéridie charbonneuse, ou dans celle des antiseptiques, le degré de virulence acquise devient héréditaire.

Mettons cette notion sous une autre forme pour en mieux voir la signification. La bactéridie atteinte par une maladie brusque garde bien, mais nè transmet pas à ses descendants sa faiblesse et son atténuation acquises. La bactéridie élevée et grandie dans de mauvaises conditions d'existence dont elle a triomphé transmet aux générations qui naîtront d'elle les qualités dont elle a dû se munir.

Les choses n'ont pas dans la nature, il est à peine besoin de le dire, les allures tranchées de cet énoncé. Il y a un peu d'hérédité dans les cas d'atténuation brusque par la chaleur. Les cultures de ces bactéridies échaudées ont hérité d'un effroi pour l'eau chaude, et se montrent plus faciles à atténuer par un nouveau chauffage. Mais cette influence héréditaire est délicate et fragile. Par contre, dans les cas où elle est la plus prononcée, elle ne laisse pas les descendants exacte-

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ment au niveau des générateurs; il y a toujours quelque chose de plus ou de moins, un retour imperceptible vers la virulence initiale, ou un degré minime d'atténuation de plus. Mais, même avec ces réserves, on aperçoit nettement l'influence d'une action atténuatrice s'exerçant lentement sur un être qui continue à vivre, à proliférer, qui a le temps de se plier aux conditions nouvelles, de mettre enjeu ses facultés d'accommodation au milieu, et qui devient alors capable de transmettre à ses descendants ses facultés conquises.

Il y a même des cas où cette hérédité peut se manifester par des signes visibles et des caractères extérieurs. Les antiseptiques, le bichromate de potasse par exemple, atténuent la bactéridie; nous l'avons vu dans les expériences de MM. Ghamberland et Roux, et les bacilles nés par culture des filaments qui ont subi l'action de l'antiseptique donnent des spores qui perpétuent leur propriété, et assurent la conservation de leur virulence. Mais si l'action du bichromate a été prolongée, la bactéridie perd la faculté de donner des spores. Ainsi, à partir du huitième jour, les cultures issues d'un flacon renfermant de bichromate de potasse ne donnent plus de spores, et il en est de même pour toutes les cultures issues de celles-ci. Ces bactéridies non sporifères, inoculées à des cobayes, les font périr en trois ou quatre jours, et, chose curieuse, une gouttelette du sang de ces animaux morts, semée dans du bouillon ordinaire, donne aussi une abondante culture de bactéridies qui ne donnent pas non plus de spores. Voilà donc, en transmission héréditaire et devenue indépendante du mode et du milieu de culture, la propriété de ne pas donner de germes; c'est la suppression

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(le la reproduction par graines chez un végétal, avec maintien de la reproduction par boutures. L'horticulture est, comme on sait, coutumière de pareils faits, et il n'est pas sans intérêt de signaler cette ressemblance entre les microbes et des végétaux plus complexes et plus élevés en organisation.

Nous allons en profiter pour nous retourner maintenant du côté de l'organisme de l'animal atteint, armés de toutes ces notions sur les conditions de l'hérédité chez les microbes qui l'envahissent, et pour nous demander si nous ne trouverions pas aussi, de ce côté, des phénomènes d'hérédité résultant du même mécanisme et formant la contre-partie des premiers. Si les cellules de Tanimal supérieur ressemblent individuellement, comme nous l'avons vu, aux cellules des microbes ; si, au milieu des variations dans la forme et la fonction, les phénomènes profonds de la vie sont les mêmes pour les unes et pour les autres, les cellules de nos tissus doivent aussi emporter de leur lutte contre le microbe, de cette continuité dans l'effort, des propriétés nouvelles qui les rendent moins vulnérables vis-à-vis des atteintes auxquelles elles ont su résister, et ces propriétés, non seulement elles en jouiront leur vie durant, mais, toujours à l'égal des microbes, elles pourront en douer leurs descendants pendant un certain nombre de générations, variable avec le degré de puissance de la modification originelle. Bien des choses ont changé de l'enfant au vieillard, aucune des cellules n'est restée la même. Leurs générations se sont succédé, mais en se modelant les unes sur les autres, qt l'immunité conquise par l'enfant dans une maladie

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virulente peut ainsi s'étendre jusqu'à la vieillesse la plus reculée.

C'est là sans cloute l'explication qui pénètre le plus avant dans le mystère de la vaccination. C'est, comme on voit, une extension non arbitraire, aiix cellules de l'organisme, des propriétés reconnues par l'expérience aux cellules de microbes.

D'autres théories ont été émises pour expliquer le même fait. Elles reviennent toutes à assimiler, dans une certaine mesure, l'implantation d'un microbe dans l'organisme à son ensemencement dans un liquide inerte. Un milieu qui a nourri une espèce vivante ne peut plus, on le sait, la nourrir aussi aisément une seconde fois. Bon peut-être pour une autre, il est infécond pour elle. Cette infécondité, ou plutôt cette non-convenance d'un liquide encore nutritif peut à son tour provenir de deux causes : ou bien les premières générations du microbe y- ont enlevé un élément utile, de l'ordre du zinc pour l'aspergillus ; ou bien elles y ont déposé un élément nuisible, de l'ordre du nitrate d'argent pour la même plante, ou encore de l'ordre de ce poison sécrété par elle, et auquel le fer du liquide Raulin sert de contre-poison. De là trois théories possibles, l'une acceptant la première hypothèse, l'autre la seconde, la troisième les deux à la fois. Dans toutes, les quantités de matière dont dépend la fécondité ou l'infécondité de la culture sont souvent inappréciables. Il en va de même pour l'organisme. Une première génération de microbes, introduite sous forme de germes de maladie virulente ou de vaccin, y enlève un élément utile, ou y dépose un élément nuisible, bref, y rend une nouvelle

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culture plus difficile ou impossible, et lui sert de protection contre une nouvelle invasion des mêmes microbes, ou encore d'autres microbes ayant les mêmes réactions sur l'organisme.

Il y a une expérience curieuse à mettre à l'actif de cette théorie. La bactéridie charbonneuse se développe lentement et péniblement dans un liquide épuisé par une culture du microbe du choléra des poules. Les poules vaccinées contre le choléra doivent donc, d'après la théorie, être plus réfractaires au charbon, et l'expérience, entre les mains de M. Pasteur, a justifié cette conclusion. Voilà un fait à retenir, car il reste, et devra être d'accord avec toutes les théories émises sur la vaccination, en particulier avec la nôtre.

En outre de cette conquête, la théorie en discussion nous donne sans effort l'explication de plusieurs faits connus. A côté de l'immunité acquise, il y a l'immunité naturelle vis-à-vis de certains virus. La raison en est dans la présence ou Tabsence naturelle , dans certaines races ou dans certains individus, de l'élément utile ou nuisible du virus. L'immunité de la mère se transmet souvent au fœtus. On a eu souvent l'occasion de le constater pour le charbon; MM. Arloing, Cornevin et Thomas l'ont constaté aussi pour le charbon symptomatique, même dans un cas où la vaccination avait précédé de quelques mois le commencement de la gestation. La raison en est, soit dans le passage des microbes dans le sang du fœtus, quand il se produit, soit, pour tous les cas, dans la communication chimique des deux sangs à travers les membranes placentaires, communication qui leur fait gagner ou perdre simultanément l'élément soluble, u tile ou nui-

sible à une seconde évolution de la maladie virulente.

Mais ces théories, qui expliquent bien l'immunité vaccinale, faiblissent toutes quand il s'agit d'en expliquer la durée. Comment admettre la persistance, pendant une longue vie, de l'absence de cet élément utile, de la présence de cet élément nuisible? La nutrition apporte tant de matériaux nouveaux, l'élimination naturelle des matières nuisibles est d'ordinaire si active ! Cette objection est capitale. Elle tire le problème de l'ordre des faits purement physiques ou chimiques, et nous montre en action les forces, plus délicates à la fois et plus durables, qui sont du domaine de la physiologie. Ces forces ont évidemment pour origine et pour mode de manifestation des actions physiques ou chimiques, et peut-être cette suppression d'un élément utile, cette introduction d'un élément nuisible, dont nous parlions tout à l'heure; sont-elles pour quelque chose dans leur mise en action; mais une fois en jeu, elles quittent le terrain qui les a vues naître, président à des vies cellulaires et s'y traduisent par des phénomènes différant des phénomènes physico-chimiques par une plus grande complexité, un plus haut degré de contingence, par cette unité et cette continuité de direction qui caractérisent partout la vie. Notre explication met tout cela en jeu.

Cette explication n'est, il est vrai, pas complète. Elle ne nous montre pas le mécanisme intérieur du phénomène; elle place la solution du problème dans celle d'un problème peut-être plus insaisissable encore, celui de l'hérédité. Oui, mais elle classe la question; elle montre où et dans quel ordre de faits il faut chercher pour l'élucider, de quel ordre de grandeurs elle dépend,

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et, parles résultats déjà trouvés à propos des microbes, dans quelle voie on peut essayer de l'aborder par l'expérience. En fondant deux problèmes en un seul, ' elle simplifie en outre la tâche de la science, et, ce qui est plus important pour le moment, elle nous donne une clef pour comprendre et rassembler sous une formule commune des faits qui autrement resteraient sans lien apparent. Toute théorie est bonne et utile qui contient l'expression des faits connus et conduit à en prévoir de nouveaux. Soumettons la nôtre à cette épreuve.

Si la vaccination dépend, comme nous le croyons, d'un changement minime dans la constitution de la cellule de l'organisme, se traduisant par une modification saisissable de ses propriétés vitales, on comprend sa persistance : la cellule est, à quelques égards, devenue une cellule nouvelle. La grandeur et la durée de la protection devront en outre croître avec la grandeur de la modification subie, c'est-à-dire avec la gravité ou la durée de la maladie virulente, et on ne saurait par suite attendre d'une maladie bénigne une longue et solide immunité.

Le vaccin doit rendre réellement malade quand il doit protéger contre une maladie sûrement mortelle, comme le charbon; mais alors, pour éviter tout péril, on peut faire la vaccination en deux fois, avec deux vaccins inégalement atténués. Le second, le plus virulent, devra seulement être appliqué au moment où l'action faible et indécise du premier n'a pas encore disparu : c'est là la pratique de toutes les vaccinations dangereuses. Pour la variole, le cas est moins grave;

une courte maladie vaccinale suffit dans la grande majorité des cas, mais pas toujours.

Cette vaccination ne doit d'ailleurs pas être faite nécessairement avec le microbe atténué de la maladie virulente. Rappelons-nous, en effet, les enseignements de notre chapitre viii. Plusieurs microbes peuvent produire les mômes effets physiologiques et la même maladie; ils pourront se remplacer pour la vaccination. Voilà pour la vaccine et la variole, si elles sont différentes. Voilà aussi pour l'expérience citée tout à l'heure sur la résistance plus grande au charbon des poules vaccinées contre le choléra.

Enfin la modification apportée par une maladie peut au contraire être détruite par une autre, ou même seulement, comme le prouvent nos résultats sur la variation de virulence des microbes, par un changement dans les conditions d'existence. Ainsi l'effet de la vaccination peut être détruit par une maladie, par un simple accouchement, par de grandes fatigues, par la misère ou rinconduite, même seulement par le changement d'allures de l'organisme qui cayactérise la puberté.

Tous ces faits connus rentrent facilement, on le voit, dans notre explication. La transmission de l'immunité de la mère au fœtus n'exige pas non plus d'hypothèse nouvelle, mais demande un peu plus de détails. Très souvent, les recherches récentes l'ont prouvé, il y a transmission du microbe au travers de la circulation placentaire, et alors l'immunité du fœtus s'explique tout naturellement. Quelquefois, en sa qualité d'être jeune et encore peu résistant, il est tué par le microbe qui respecte sa mère, et on assiste alors à un de ces avortements comme il s'en produit quelquefois dans l'espèce

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humaine (syphilis, variole, etc.), comme on en a souvent rencontré dans la vaccination charbonneuse dô vaches en état de gestation.

Mais cette transmission du microbe en nature ne se produit pas" toujours, ne semble même pas être le cas général, et la transmission d'une immunité plus ou moins accusée semble au contraire être une loi générale. Cette contradiction apparente s'explique facilement. Le corps du microbe n'est pas seul à jouer un rôle; il a même sans doute un rôle très restreint. A l'envisager comme un solide figuré, il est bien des cas où sa présence passerait inaperçue. Les embolies capillaires *, si souvent signalées avec la bactéridie charbonneuse, ne semblent guère être la cause prochaine des cas mortels. Ce qui rend le microbe vraiment redoutable, ce sont ses besoins ou ses produits. S'il a besoin d'oxygène, il en appauvrira le sang, par conséquent les tissus, par conséquent ceux du fœtus comme ceux de la mère. S'il sécrète des produits solubles, des toxiques ou des diastases nuisibles à l'organisme, ces poisons circuleront dans tout l'ensemble alimenté par une même circulation, et la tolérance vis-à-vis de ces agents entrera pour une part, peut-être considérable, dans les modifications qui aboutissent à l'état de vacciné. Vaccina-

I. La planche II donne un très bel exemple de ces embolies. On y voit, dans le vaisseau sanguin qui traverse le centre de la figure, un paquet de bacilles charbonneux formé en coin, dont la pointe esUournée vers l'étroit passage laissé par un globule sanguin resté adhérent à la paroi du vaisseau. Le caractère agglutinalif des globules dans le cas du charbon a permis cette adhérence, et le courant sanguin a poussé par la lumière restée béante les bactéridies qui le peuplaient, mais sans pouvoir leur faire franchir l'obstacle.

tion et mithridalisme sont choses et noms de la même famille.

L'existence de ces poisons n'est pas une hypothèse. Un bouillon de culture du microbe du choléra des poules, filtré à clair sur le filtre (p. 41) et ne renfermant plus rien de vivant, donne à la poule à laquelle on l'inocule une somnolence tout à fait comparable, sauf par son intensité et sa durée, à celle de la maladie naturelle. Il contient donc un narcotique qui joue son rôle dans la maladie, lui assigne un de ses principaux symptômes, s'y reproduit constamment sous l'action du microbe, et représente une de ses formes d'action sur l'animal envahi. De même, le caractère agglutinatif des globules du sang charbonneux est dû à une substance soluble sécrétée par la bactéridie et pouvant agir en dehors d'elle. Dans beaucoup d'autres maladies, on a signalé la production de toxiques analogues, comme jouant un grand rôle dans les symptômes et dans le mécanisme morbide. Ni ces toxiques, ptomaïnes, leucomaïnes, etc. ; ni ces symptômes, ni ce mécanisme morbide ne sont toute la maladie, car ni les uns ni les autres n'expliquent son caractère essentiel, son caractère contagieux. Ils ne présupposent même nécessairement pas l'exis tence d'un microbe, car, en vertu de leurs ressemblances si souvent signalées ici avec les cellules des infiniment petits, les cellules de l'organisme sont théoriquement et pratiquement capables de donner les mêmes produits et, par suite, de devenir le siège de phénomènes analogues à ceux qui proviennent de l'implantation des microbes. Mais ces maladies spontanées, ces fièvres essentielles, s'il en existe, différeront toujours des maladies homœogènes en ceci : elles ne sont pas conta-

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gieuses, et vouloir réduire une maladie homœogène à sa manifestation extérieure, n'y voir que son appareil symptomatique ouson mécanisme pathologique, et oublier le microbe, c'est confondre le cidre et la pomme. En arrosant avec du cidre, on ne produira jamais un pommier là où on n'a pas semé de graine.

Quoi qu'il en soit, si ces sécrétions cellulaires, qui font partie de la maladie tout en étant incapables de la reproduire, jouent un rôle dans la vaccination de la mère, comme elles sont solubles et restent soumises aux échanges placentaires, elles doivent avoir la même action sur l'organisme du fœtus. La transmission directe et régulière de l'immunité n'a donc rien qui doive surprendre.

Maisnous arrivonsàunpointplus délicat. Nousavons vu plus haut, dans une expérience de MM. Arloing, Gornevin et Thomas, une vache, saillie trois mois après sa vaccination (par un taureau, il est vrai, vacciné luimême), donner un produit doué de l'immunité, et à propos duquel on ne peut plus songer à une intervention actuelle du microbe ou de ses produits de sécrétion. On peut rapprocher ce fait d'une foule d'autres tout pareils, constatés dans la pratique de la vaccination jennérienne ou charbonneuse, d'enfants ne prenant pas le vaccin quand la mère avait eu la variole quelque temps avant la gestation, de vaches, de lapins, de cobayes transmettant l'immunité à leurs petits longtemps après la vaccination de la mère. Avons-nous quelque élément nouveau à faire intervenir pour expliquer ces faits? Nullement. Nous retrouvons ici la précieuse analogie démontrée par l'expérience entre les cellules des animaux supérieurs et celles des microbes. Celles-ci trans-

mettent, avec des variations insignifiantes, leurs porpriétés acquises à leurs descendants. Les faits auxquels nous venons de faire allusion sont la traduction exacte de cette hérédité cellulaire chez les animaux supérieurs. Si une cellule vaccinée diffère à un degré quelconque d'une autre cellule non vaccinée, il serait surprenant de trouver identiques les produits vivants de ces cellules, et de ne pas rencontrer là aussi, en action, cette grande force qui gouverne le monde, l'hérédité.

Elle fonctionne tous les jours sous nos yeux et y produit bien d'autres merveilles. Non seulement la mère, mais le père peut transmettre à ses enfants ses facultés intellectuelles, ses qualités morales, sa ressemblance physique, même ses difformités acquises, comme dans ces curieux cobayes de M. Brown-Séquard, qui se lèguent, de génération en génération, la traduction des lésions anatomiques ou des opérations chirurgicales subies. La transmission de l'immunité n'a pas besoin d'un autre mécanisme, et à y regarder de près, du reste, la loi d'hérédité est tout simplement la loi d'évolution. Telle cellule a pour loi héréditaire de devenir un chêne, telle autre, absolument semblable à la première, en apparence, de rester une algue ou un coccus, celle-ci de devenir un amandier à amandes douces ou un poirier crassane, celle-là de devenir un amandier à amandes amères ou un poirier catillard. Mais chacune porte en elle, d'une façon invisible, la puissance et le mode de sa destinée, et il est également étonnant de la voir vivre et de la voir développer jusque dans ses plus çaenus détails son intime personnalité.

Mais, s'il en est ainsi, si l'hérédité physiologique,

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admise de tous, s'accompagne d'une hérédité pathologique et vaccinale, de nouvelles perspectives, bien dignes d'être méditées, s'ouvrent devant nous sur le monde des vivants. Voici un père, une mère surtout, qui ont eu la variole, la scarlatine, la fièvre typhoïde à un moment quelconque, même assez éloigné du moment de la conception ou de la parturition : ils transmettent à leurs enfants une certaine immunité vis-à-vis de ces maladies, immunité plus ou moins profonde, suivant les sujets et les cas, qui pourra ne pas aller sans une certaine faiblesse, peut-être même sans entraîner une certaine prédisposition à d'autres atfections, mais qui n'en existera pas moins. Dès lors, cet enfant sera moins disposé à contracter ces maladies, les aura sous une forme atténuée s'il les gagne. Elles pourront même prendre chez lui, à cause de la nature particulière du terrain, une forme larvée qui les rendra méconnaissables; mais son immunité n'en sera pas moins renouvelée et même augmentée, comme dans le cas des vaccinations multiples avec le microbe du choléra des poules. Il pourra transmettre à son tour cette forme larvée à son voisin qui, vacciné déjà, la conservera telle quelle, ou, non vacciné, lui laissera prendre une forme plus aiguë et classique pour laquelle le mode de contagion deviendra invisible. Le même enfant, spontanément vacciné, pourra, devenu grand, transmettre son immunité à ses descendants.

De cet ensemble de conditions, communes comme essence à tous les individus d'un même groupe, mais spéciales comme accident à chacun d'eux, naîtra une société toute spéciale, d'où la maladie ne sera jamais absente, mais où elle ne frappera pas aveuglément. Les

causes de contagion auront beau être fréquentes et les mêmes pour tous. Une maladie quelconque, endémique ou épidémique, frappera seulement les victimes désignées à l'avance par leur immunité nulle ou affaiblie. Seulement, si c'est une maladie ancienne dans la contrée, y ayant acquis droit de cité depuis plusieurs générations, comme c'est le cas pour la plupart des maladies virulentes dans les pays civilisés du globe, partout où l'agglomération et les communications faciles favorisent la dissémination des virus, la maladie restera à l'état bénin. Chacun sera plus ou moins , vacciné contre elle, soit par lui-même, soit par ses ascendants. Les cas graves seront rares, les cas mortels encore plus; on assistera à une véritable acclima- | tation de la maladie, acclimatation reconnue de tous j les médecins, mais dont les faits récents sur la vacci- \ nation ont seuls pu nous faire entrevoir le mécanisme, j Nous arrivons à résoudre la difficulté posée à la | page 146 de l'avant-dernier chapitre. Nous y avions été ' frappés des différences dans la marche de la contagion à la campagne et à la ville. Dans les villes, en effet, partout où la vie est active et se complique du frottement incessant des individus, l'état général de la santé pourra être médiocre. Toutes ces vaccinations superposées, conscientes ou inconscientes, résultant les unes de maladies bénignes ou graves, les autres de legs plus ou moins véreux, feront de l'être humain quelque chose d'en somme assez différent de l'homme des premiers jours du globe. Mais, il n'y a pas à en douter, cet organisme, débilité dans ses assises générales, n'en aura pas moins acquis une certaine force de résistance vis-à-vis des dangers qui le menacent

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chaque jour. Il se sera accommodé aux conditions du milieu dans lequel il doit vivre. C'est encore un phénomène d'adaptation comme nous en avons déjà rencontré quelques-uns dans le courant de ce livre, et le môme mécanisme est partout en jeu.

En revanche, à la campagne, ou encore chez un peuple à demi civilisé ou sauvage, la santé générale sera plus grande, la force corporelle supérieure, l'organisme plus puissant et mieux constitué. Les maladies contagieuses seront plus rares, mais les vaccinations aussi. En somme, les avantages surpassent les inconvénients, si on ne change rien aux conditions d'existence ou à la rareté des causes de contagion. Mais amenez dans une grande ville un de ces robustes paysans, enlevez-le ainsi à son milieu et à ses habitudes, imposez-lui, comme c'est souvent le cas pour les émigrants, de rudes travaux dès le début, et vous verrez combien il est faible vis-à-vis des causes de contagion. Là où un camarade de travail, déjà acclimaté, passe intact, il prend une scarlatine, une fièvre typhoïde. Il rentre pour la soigner dans son village, sain et prospère jusque-là; sa fièvre s'y implante, et au lieu de rester sporadique, comme dans une ville, elle ne disparait pas avant d'avoir visité presque toutes les maisons et fait dans chacune une ou plusieurs victimes.

Telle, sur une plus vaste échelle, est l'histoire citée plus haut de l'importation de la rougeole aux îles Fidji. La rougeole était une maladie inconnue dans ces îles jusqu'au moment où leur cession à l'Angleterre les mit en contact avec des Européens. Une visite de leur roi à Sydney, un navire venant d'Australie leur en apporten le germe; une réunion de chefs des diverses parties

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