CHAPITRE XII
PROPHYLAXIE ET THÉRAPEUTIQUE
Sommaire : Voies et moyens d'intervention dans la lutte entre le microbe et l'organisme. — Vaccinations préventives vis-à-vis des maladies spécifiques. — Vaccinations inconscientes vis-à-vis des maladies à germe banal. — Maladies chroniques. — Moyens d'action sur les germes. — Isolement du malade. — Thérapeutique. — Désinfection des corps solides, liquides et gazeux. — Conclusion.
Toute étiologie nouvelle comporte une prophylaxie et une thérapeutique nouvelles, une prophylaxie, destinée à mettre en garde contre les nouvelles causes morbides, une thérapeutique, destinée non à nous fournir de nouveaux médicaments, car, Dieu merci, tout a été essayé, mais à nous donner des idées nouvelles sur leur mode d'action, et sur la façon de les administrer pour en tirer tout le parti possible. La logique de notre exposé nous conduit à parler de la prophylaxie et de la thérapeutique microbiennes. Je le ferai sans entrer dans les détails, sans aller en prophylaxie jusqu'au précepte ou au règlement hygiénique, et ]\isq}i'kVordo}ma)ice médicale en thérapeutique. Ce n'est pas mon but, et j'y serais fort incompétent. Je voudrais seulement montrer, ou essayer de montrer les lois générales auxquelles doit obéir toute tentative pour prévenir ou arrêter une invasion de microbes.
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Ces lois, je n'ai pas besoin de le dire, sont encore mal connues. Elles sont destinées h devenir un jour, et même un jour très prochain, si on juge de leur avenir par leurpassé, de plus en plus solides, générales et compréhensives. Elles n'en sont pas encore à ce degré de perfection; Toutefois, si on arguait de leur caractère contingent pour les dédaigner ou les combattre, on aurait tort. Ce serait fausser, en le tendant à l'excès, le levier puissant du doute scientifique. Ce doute est fait de beaucoup de confiance dans les faits et de beaucoup de défiance pour les théories. Au rebours de la philosophie, la science semble n'être jamais sûre de rien et avance toujours. Il ne faudrait pas se laisser prendre à la modestie de ses allures et de ses affirmations. D'ores et déjà, sur le sujet qui nous occupe, elle nous donne des enseignements incomplets, il est vrai, mais sûrs, dont je vais essayer de dire les plus importants, car pour entrer dans le détail il faudrait un volume.
Résumons d'abord les faits acquis et notre faconde les comprendre. Malgré leurs ressemblances apparentes ou profondes, tous les êtres d'une même espèce ne sont pas identiques entre eux vis-à-vis des influences délicates étudiées dans ce livre. Les cellules élémentaires d'un malade, môme rétabli, ne sont plus les cellules d'avant la maladie, et vis-à-vis d'un réactif sensible, comme l'implantation des microbes, elles manifestent des dilférences inappréciables par tout autre moyen. Vaccinées, douées d'une immunité plus ou moins parfaite vis-à-vis de quelques affections, elles ont au contraire une prédisposition, une diathèse vis-à-vis de certaines autres, et dans les deux cas, qui se fondent du reste en un seul, ces dispositions nouvelles sont le
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résultat de la modification de structure et de fonction qui leur a été imprimée par le développement du microbe. Les influences héréditaires viennent mêler leur action à ces différences personnelles. Les questions de race interviennent aussi, et, en somme, au point de vue des imminences morbides, il y a autant d'individualités que d'individus.
Dans cette foule invisiblement bariolée, les maladies liomœogènes nous sembleraient frapper aveuglément, quand môme les hasards de la contagion n'existeraient pas. Comme elles s'accompagnent toutes d'une multiplication rapide et prodigieuse de leurs germes, les causes de maladie et de mort deviendraient bientôt prédominantes sur le globe, si d'autres causes naturelles, dont nous avons vu quelques-unes àl'œuvre, ne venaient contre-balancer les premières. Il en résulte un état d'équilibre, variable d'une maladie à l'autre, suivant la race, suivant la région et suivant le temps, passant de l'effacement presque complet au développement épidémique, mais oscillant, en somme, autour d'une valeur moyenne qui correspond à l'équilibre entre les causes de maladie et les causes de santé.
Ceci nous conduit à nous poser la question suivante. 'Quel peut être l'effet d'jine action nouvelle, de la nôtre, par exemple, intervenant dans ce jeu d'actions qui jusqu'ici, en dehors de nous, sont arrivées à se neutraliser ! mutuellement?- La mécanique nous répond : l'effet d'une t force, même petite, sur un système mobile et en équi- 1 libre. Le mouvement imprimé semble hors de proporttion avec la cause qui le produit. De même, ici, il n'est [pas de petit effort qui ne puisse se traduire par de grands résultats, pas de petite modification à l'ordre de choses
m LE MICROBE ET LA .MALADIE.
actuel qui ne puisse être fertile en conséquences quelquefois imprévues. Supprimez un seul cas de contagion de variole, vous supprimez jusqu'à la fin des temps toute sa filiation. Laissez par imprudence une fièvre typhoïde, une scarlatine, pénétrer chez vous, elle va visiter plusieurs membres de votre famille et passer de là chez vos voisins. Tel petit défaut d'hygiène se traduit dans une ville par une recrudescence marquée de diphtérie. Telle loi de douanes, inolfensive en apparence, expose un pays à des invasions meurtrières de fièvre jaune ou de choléra. Le percement de l'isthme de Suez a déjà mis ce dernier à nos portes. Le percement de l'isthme de Panama va sans doute faire de même pour la fièvre jaune, et toute entreprise humaine, bornée ou grandiose, a ainsi son retentissement imprévu sur les maux de l'humanité.
Prenons de cette vue le côté consolant, et puisque nous avons le droit de beaucoup attendre du moindre effort fait pour empêcher ou circonscrire l'action de nos redoutables ennemis, cherchons comment nous devons le diriger pour en tirer le meilleur résultat possible. Nous avons évidemment pour cela deux voies ouvertes : nous pouvons essayer soit d'arrêter ou d'affaiblir le microbe, soit de fortifier l'organisme auquel il s'attaque.