DES FROTTIS COLORÉS ET DES COUPES
a. — Examen de la préparation.
Etic fois la préparation laite et portée sous le microscope, son examen va exiger l’emploi de forts grossissements. et si les derniers perfectionnements de la technique microscopique ne sont nullement indispensables, du moins leur emploi, quand il sera possible, facilitera -t- il singulièrement la recherche d’un organisme très peu réfringent, et surtout dune ténuité telle, que son diamètre transversal, généralement de l’ordre du quart de micron, échappe même quelquefois à toute mensuration h
Comme oculaire, un 8 est une bonne moyenne. L’objectif sera à immersion homogène; comme distance focale, celle de 2mm (ou yi2 de pouce, modèle courant) est suffisante; mais mieux vaut naturellement imm5
(°u Vie)2- ,
Ouverture : i.3o — i J\o. Les objectifs apochroma-
tiques, très clairs et très définissants, sont préférables, mais non indispensables; un oculaire compensateur en est l’utile complément.
Un éclairage intense est nécessaire : forte lumière du jour ou bec Auer par exemple, avec le condensateur
1 Plocger (456) écrit qu'un grossissement de 800 est suffisant avec sa méthode de coloration au violet de gentiane phéniqué. A titre d'indication , signalons que les microphotographies de tréponèmes reproduits dans différentes publications ont été obtenues avec des grossissements de 1000 à 4000.
2 Mac Weency : 1/20 (lmm25).
Abbe sans diaphragme (du moins dans le cas de préparations colorées).
L’examen systématique de tous les points de la lame avec une platine mobile est rendu indispensable par l’inégale répartition sur cette lame d’un nombre de tréponèmes souvent très restreint [Milian (388)].
Signalons enfin l’application de Y ultramicroscope faite par W ecbselmann et Loevventhal (6o3) , avec la collaboration de Micbaëlis. à l’étude de la structure fine de ces microorganismes1.
b. — Valeur comparée des préparations fraîches, des frottis colorés et des coupes.
Au terme de cette étude de technique , nous voudrions essayer d’indiquer brièvement les résultats obtenus par les trois grandes méthodes des préparations fraîches, des frottis et des coupes, et décrire les indications respectives de leur emploi.
Il est tout d’abord un fait capital : c’est la différence énorme entre le nombre des tréponèmes mis en évidence sur frottis d’une part, sur coupes de l’autre. Avant que ne fût appliquée l’imprégnation sur coupes, on écrivait fort bien, dans une observation : « nombreux tréponèmes, » quand on en comptait en moyenne un ou deux par champ (Flügel, obs. 5); et Rille et Yockerodt, pour en avoir une fois trouvé douze, imprimèrent ce chiffre en caractères gras (R. et Y. obs. xm). Par contre, à côté de ces cas a heureux » , combien de fois ne lit-on pas qu’un chercheur a examiné pendant
1 Pour ce qui a trait à la technique microphotographique, voy. la note de MM. Lumière, in Nicolas, Favre et André ( V!9).
clés heures cle nombreuses préparations , provenant d’une même lésion , avant de trouver sur l’une d’elles un unique tréponème P C’est à chaque instant , dans la littérature des premiers mois écoulés après la découverte de Schaudinn, que l’on trouve des laits de ce genre .
Plus tard, il est vrai, les choses se sont quelque peu modifiées. Beaucoup d’auteurs ont signalé que, l’habitude leur venant, ils obtenaient des résultats positifs de plus en plus nombreux, voire même constants, dans les cas de syphilis primaire et secondaire; et si du point de vue individuel on passe au général, on voit que la fréquence des constatations positives dans les lésions syphilitiques ressort beaucoup plus considérable de la lecture des publications récentes que de celles de i9o5, par exemple.
Ce fait tient sans doute à ce que les méthodes de coloration sont mieux appliquées, à ce que les yeux, peut-être aussi, se sont en quelque sorte habitués à la recherche de cet organisme ténu, mais surtout — et ceci ne saurait faire le moindre doute — parce que le prélèvement du matériel d’observation se pratique de manière beaucoup plus judicieuse qu’autrefois.
Et pourtant , malgré tous ces progrès, on se déclare aujourd’hui encore très satisfait , quand on peut observer une moyenne de quatre à cinq tréponèmes par champ. Or si, au lieu d’un frottis, nous regardons une coupe, combien en voyons -nous? Des centaines! Certaines préparations en sont réellement surchargées, et au niveau de certains « nids a il devient matériellement impossible de les compter.
De ces faits se dégage, par comparaison, une conclu-
sion évidente : c’est que la méthode des frottis colorés ne décèle qu’un nombre infime des tréponèmes réellement présents. Est-ce à dire que, par opposition, la méthode des coupes soit parfaite P Non. Il est probable qu’elle-même ne met pas en évidence tous les tréponèmes contenus dans les tissus, et le fait qu à côté d’exemplaires fortement imprégnés en noir loncé s en trouvent de moins bien colorés et d’une ténuité anormale, parle bien en faveur de cette hypothèse (Hoffr mann et Beer). De plus, l’imprégnation est facteur de la constitution chimique des tissus, dont nous ne savons en fait que fort peu de chose. Dès lors rien d’étonnant à ce que de deux imprégnations, laites identiquement suivant la même technique , l une donne de bons résultats. l’autre de médiocres. La vérité est que frottis et coupes ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients, et par suite qu’il existe à leur emploi des indications différentes, qu’il nous reste maintenant à préciser.
S’agit-il simplement de rechercher la présence du tréponème dans une lésion P Quelques auteurs préconisent dans ce but l’emploi des préparations fraîches, où. disent-ils, les mouvements des tréponèmes les signalent rapidement à l’attention de l’observateur. 11 nous paraît cependant que la méthode de choix est celle des frottis colorés. Vvec une technique rigoureuse — et nous insistons encore une fois spécialement sur celle du prélèvement — elle permet à elle seule, dans la plupart des cas. de reconnaître l’existence du tréponème dans une lésion. Cette donnée ne suffit-elle pas et veut-on préciser la localisation exacte du microbe, et jusqu’à ses rapports mêmes avec les éléments histo-
logiques P C’est la méthode des coupes qui s impose.
Mais le but peut être autre, et le tréponème être recherché en vue de son étude morphologique. On s’adressera alors, en premier lieu, aux préparations fraîches, qui le montreront à l’état vivant et inaltéré, puis aux frottis colorés qui, s’ils allèrent quelque peu sa forme, révéleront du moins des détails de structure restés jusque-là inaperçus. Quant aux imprégnations sur coupes, elles montrent un tréponème épaissi par le dépôt d’argent, et se prêtant fort mal à une etude morphologique.
Veut-on observer enfin ses mouvements? Seules, bien entendu, s’y prêteront les préparations fraîches.