ÉTUDE DESCRIPTIVE ET HISTOIRE NATURELLE DE TREPONEMA PALLIDUM
Le tréponème pâle doit à l’ensemble de ses caractères morphologiques un aspect spécial qui, dans la plupart des cas, permet à quiconque a eu l’occasion d’en examiner attentivement quelques préparations bien faites de le reconnaître, à l’avenir, avec facilité. « Dans la plupart des cas, « avons-nous dit. C’est qu’une assez importante restriction s’impose. Pris individuellement, en effet, aucun de ces caractères morphologiques n’est ni diagnostique, ni même absolument fixe. Aucun n’étant absolument fixe, il en résulte qu’un certain nombre d’exemplaires du tréponème s’éloignent plus ou moins du type classique , auquel on peut éprouver, parfois, certaines difficultés à les rattacher. Aucun n’étant diagnostique , il s’ensuit que d’autres microorganismes, au contraire, pourront s’en rapprocher de telle manière que la différenciation ne laissera pas que d’en être laborieuse.
Description générale de Treponema pallidum, variations morphologiques, diagnostic différentiel d'avec les espèces voisines, tels sont donc les premiers points que nous allons avoir à étudier.
Nous aurons par là décrit le tréponème, pour "hinsi
dire, en tant qu’individu. Reste à l’étudier comme membre de certains groupements, lout d abord, en effet, deux ou plusieurs exemplaires peuvent s’assembler entre eux, et plusieurs de ces assemblages être même particulièrement intéressants, en ce qu ils semblent se rapporter à des phénomènes de division. Puis ces mêmes tréponèmes peuvent se trouver associes a des microorganismes très divers, et si, generalement , la présence de ceux-ci apparaît, de toute évidence, comme accidentelle, d’autres fois peut se poser la question d’une symbiose , voire même celle d un stade évolutif du tréponème. Enfin, dans le voisinage de ce dernier , il a été possible , à plusieurs reprises , de constater la présence de formations énigmatiques, dont les rapports avec lui restent encore exclusivement du domaine de l’hypothèse.
Ainsi, ayant successivement étudié les rapports des tréponèmes entre eux, puis avec les microorganismes et les formations diverses qui peuvent leur cire associes, nous serons logiquement amené à parler de son évolution ; l’ ensemble des connaissances que nous aurons acquises sur cette dernière d’une part, et, de l’autre, sur la morphologie du tréponème, nous permettra daboider, pour en finir, le problème encore mal élucidé de sa classification.
A. — Description générale et variations
MORPHOLOGIQUES Dll TRÉPONÈME.
Le tréponème pâle est un microorganisme à corps hélicoïde, très mobile. Nous étudierons d'abord ses mouvements, puis sa morphologie proprement dite, termi-
nant par un rapide exposé des tentatives de culture, d’ailleurs infructueuses, qui en ont été faites, et de quelques-uns de ses caractères biologiques que, faute de cultures, l’on n’a pu que très imparfaitement élucider.
a. — Mouvements.
Observé à l’état de vie — en préparation fraîche, par conséquent — Treponema pallidum apparaît doué d’une vive mobilité. Les mouvements sont de trois sortes : rotation autour de l’axe longitudinal, déplacements en avant et en arrière, mouvements de flexion du corps dans son ensemble [Schaudinn et Hoffmann (528-529)]. On le voit, par exemple, se visser dans un sens par rotation autour de son axe, s’arrêter brusquement, puis se mouvoir en sens inverse. D’autres lois, sans qu’il se déplace, on voit se propager sur toute sa longueur un mouvement ondulatoire, comme en produirait le jeu d’une membrane ondulante. I l se joint à cela des mouvements de tout le corps : de flexion, de reptation, ou encore en coup de fouet [Schaudinn et Hoffmann (53o)]. C’est ici le lieu d’ajouter que les tréponèmes supportent bien la dilution du suc tissulaire avec la solution physiologique de chlorure de sodium, et que, dans ces conditions, on a pu les voir conserver leur mobilité encore au bout de six heures [mêmes auteurs (528)]. Mieux encore, Beer a décrit tout récemment un procédé très simple, qui lui a permis d’observer pendant 33 jours Tr. pallidum vivant et mobile sous le champ du microscope.
Les descriptions des divers observateurs n’ont ajouté
que fort peu de chose à celle de Schaudinn et Hoffmann, et, sous des noms différents (mouvements vibratoires, pendulaires, oscillants, etc.), s’occupent des mêmes phénomènes. Sobernheim et Tomasczewski, qui n ont eu 1 occasion d’observer que des mouvements sur place (vibiatoires , pendulaires, rotation autour de lave longitudinal, etc.), sont seuls à envisager l’hypothèse de mouvements purement moléculaires. Presque tous les autres observateurs au contraire signalent la vivacité des mouvements de déplacement. Krzy sz t alowicz et Siedlecki (3o5), en particulier, écrivent que cette translation est suffisamment rapide pour empêcher les tréponèmes de rester longtemps dans le même champ du microscope. Ce sont eux encore qui signalent ils sont d’ailleurs les seuls — la contraction possible, au cours de ces mouvements, du corps du tréponème, qui se raccourcirait tout en s épaississant , deviendiait plus réfringent et présenterait des spires moins serrées et moins aiguës que précédemment. Nous aurons d ailleurs à revenir bientôt sur cetle opinion, en opposition absolue avec celle de Schaudinn , pour qui la lorme de la spire est absolument constante, que le tréponème soit au repos ou en mouvement. Mentionnons enfin que Herxheimer et Opificius, ayant remarqué que les préparations colorées présentaient beaucoup plus de formes coudées, pliées, en fer a cheval, etc., lorsque le piélevementdu matériel avait été opéré pendant la nuit que le jour, ont eu l’impression que les tréponèmes avaient été alors surpris et fixés dans un état de mobilité plus accentuée.
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b. — Morphologie.
L’étude morphologique de Treponema paUidum doit être poursuivie et sur préparations 'fraîches, et sur frottis colorés, ceci pour deux raisons : Ja première est que l’étude de certains caractères relève plus de l’une de ces méthodes que de l’autre (par exemple : la réfringence, des préparations fraîches ; la structure fine, des frottis colorés); la (seconde, que la connaissance des résultats de l’une permet de donner à ceux de l’autre leur véritable signification (par exemple, s’il s’agit d'interpréter la figure résultant de la fixation d’un tréponème au cours d’un mouvement de flexion, ou encore d’apprécier certains caractères morphologiques artificiels, créés de toutes pièces par la fixation ou la coloration, etc.). Ces remarques préliminaires trouveront d ailleurs, dans l’étude qui va suivre, leur meilleure illustration.
Si, pour commencer, nous regardons une préparation fraîche, nous aurons d’abord une assez grande difficulté à y voir des tréponèmes. Bientôt, cependant, notre attention ne tardera pas à être attirée par le trouble, 1 agitation qui se manifeste en certaines régions du liquide, fixons 1 un de ces centres d agitation : nous y décèlerons enfin un microorganisme hélicoïde et mobile qui n est autre qu’un tréponème, très faiblement réfringent, presque incolore ou de teinte à peine grisée, « pâle d en un mot.
Cette « pâleur » se retrouve-t-elle sur les préparations colorées? Oui certes, mais pas au point qu’on puisse en faire un caractère absolument diagnostique
du pallidum , et ceci demande quelques détails. Le lait qu’un microorganisme se colore faiblement est suscep tible de plus d’une explication; mais la première qui se présente à l’esprit est celle d’un manque d’affinité pour les matières colorantes. Or ce lut la, précisément, celle qui eut cours immédiatement après la découveite de Schaudinn, alors que l’on croyait le Giemsa seul capable de colorer le tréponème, et encore de manière très pâle. Mais du jour où lut reconnue la multiplicité des méthodes capables de déceler le tréponème, et, par là même, Y inexistence d'une coloration élective, cette interprétation devenait insuffisante, et il était logique, dès lors, de chercher à expliquer par l’extrême ténuité du microorganisme la quantité minime de substance colorante déposée à sa surlace. De fait, il semble bien qu’il y ait, dans cette manière de voir, une grande part de vérité, comme le prouvent les constatations suivantes : avec un procédé de finesse, comme le Giemsa, où le dépôt de matière colorante respecte ses moindres détails morphologiques, le tiepo nème apparaît relativement pâle; avec un autre procédé, moins délicat, comme le violet de gentiane phémqué d’Oppenheim et Sachs, où le dépôt de matière colorante est plus massif, les détails viennent un peu moins bien , mais le diamètre apparent est légèrement accru . et l’intensité de la coloration plus grande; enfin, si nous examinons une coupe imprégnée par le Levaditi, les tréponèmes, recouverts d’une couche d argent qui augmente leur épaisseur comme le ferait un dépôt galvanoplastie [Thibierge (579)], sont d’un noir plus ou moins foncé, et l’on ne peut vraiment plus parler de leur pâleur. Ajoutons que d’autres facteurs lont encore*
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d une préparation à l’autre, varier cette dernière : durée insuffisante de la coloration, par exemple, ou au contraire, décoloration du fait de l’aciclité de certains baumes de Canada.
A defaut d une coloration élective, le tréponème possède-t-il une coloration spécifique , qui permette, autrement dit, de le différencier avec certitude des espèces voisines? A ce point de vue encore, les idées ont beaucoup évolué. Pendant longtemps on a cru que cette coloration spécifique existait, et que le Giemsa, donnant au tréponème une nuance rouge-violacé, aux grosses spirochètes une teinte bleuâtre, permettait de différencier celui-là de ceux-ci. Certes, il en est bien généralement ainsi; encore faut-il pourtant savoir que cette règle n’est pas d’une constance absolue, et que Lipschütz (35 o) , par exemple, a pu voir le tréponème tantôt d’une nuance tirant sur le rougeâtre, tantôt lilas, tantôt davantage bleuâtre : cela, simplement en faisant varier la duree de la coloration. Mieux encore, Metchnikoff et lloux (383) citent un cas où des tréponèmes typiques, trouvés par eux dans l’accident primitif d’un macaque, étaient colorés en bleu clair par le Giemsa; or celte lésion servit à inoculer un chimpanzé, et détermina un chancre, dans lequel les tréponèmes, morphologiquement identiques aux précédents, colorés avec du Giemsa provenant du même flacon, étaient cette fois rose pâle.
En définitive, ce que nous venons de dire jusqu’ici peut se résumer de la façon suivante : Tr. pallidum ne connaît ni coloration elective ni coloration spécifique ; quanta sa pâleur, elle est beaucoup moins le fait de son manque d affinité pour les substances colorantes
que de divers autres facteurs, au premier rang desquels il convient de placer son exlreme ténuité.
Le diamètre du filament , en effet (qu’il ne faut pas confondre avec celui de la spire), atteint au maximum i/4 ,x, et le plus souvent même est si extraordinairement petit qu’il échappe à toute mesure. Par 1 exiguïté de ses dimensions transversales, le tréponème est donc presque à la limite de la visibilité microscopique, et l’on conçoit tou le l’importance qui s’attache, pour son éludé, pour celle de sa structure fine en particulier, à l’emploi
des plus forts grossissements.
Sa longueur oscille en général entre 4 et i4 g [Schaudinn et Hoffmann (529)], mais peut en atteindre sur certains exemplaires jusqu’à 18 et 20 [MacW eeney (600).
Plœger (456)].
Entre ces limites, il est assez difficile de donner une moyenne, les auteurs- n’étant guère d accord : ainsi Schaudinn et Hoffmann (528) indiquent 7 y, et Mac Weeney (6o5) 12. Comment expliquer ces grandes variations de longueur ? C’est là une question assez difficile à résoudre et que nous ne ferons que signaler à présent, devant la retrouver à propos des variations du nombre des spires. De même nous aurons plus loin l’occasion de parler d’une cause d’allongement, tout artificielle celle-ci, due à l’action des fixateurs.
Le filament qui constitue le tréponème présente une section circulaire : il est donc cylindrique et non rubano comme le sont toutes les spirochètes qui ont été examinées à ce point de vue [Schaudinn (52 2), Herxheimer et Opificius] . H est en outre enroulé sur lui-même en forme de tire-bouchon, de ressort à boudin, et diffère en cela de Sp. refringens, qui paraît simplement ondulée
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et contenue tout entière dans un même plan. Si l’on veut, Sp. refringens figure une sinusoïde ; Tr. pallidum, une hélice.
L 'axe de celte hélice est rectiligne quand le tréponème est au repos, ou qu’il se déplace en ligne droite, en avant ou en arrière. Au contraire, dans les mouvements de flexion ou en coup de fouet, il s’infléchit sur lui -même, et le corps du tréponème figure alors, momentanément, un angle plus ou moins ouvert, une courbe do rayon variable, un fer à cheval. Si la flexion a eu lieu au voisinage d’une des extrémités, on a l’aspect d’un crochet et, à un degré de plus, celui d’une „ petite circonférence ou d’une boucle terminale. Quand le mouvement a été très énergique, l’une de ses extrémités peut venir s’entortiller avec le corps même du tréponème et réaliser les entrelacements les pins divers. Que survienne alors l’action d'un fixateur, le tréponème reste définitivement immobilisé dans l’état où il se trouve à ce moment précis : de là des aspects qu’on serait tenté, au premier abord, de qualifier d’aberrants.
A côté de ces inflexions vraies de l’axe du tréponème, sans doute y a-t-il lieu encore de faire une place à de fausses inflexions. Nous verrons en effet plus loin que l’on peut admettre comme très vraisemblable la reproduction du tréponème par division, par dédoublement longitudinal. Il semble bien alors que les deux individus ainsi formés puissent, dans certains cas, rester unis par une de leurs extrémités, tandis que leurs deux corps, divergeant de plus en plus, finissent par se trouver dans le prolongement l’un de l’autre [Krzysztalowicz et Siedlecki (3o6)]. On conçoit que les figures angulaires, qui résultent de ce mouvement de
divergence, puissent simuler un tréponème dont le corps serait infléchi, alors qu’il s’agit en réalité de deux tréponèmes, dont les axes divergent a partir d’un point commun.
Comme l’hélice géométrique à laquelle nous 1 avons assimilé , le filament du tréponème décrit une succession de spires dont le nombre, toutefois, n’est rien moins que constant. C’est ainsi que Schaudinn représenta tout d’abord ce dernier comme variant entre 3 et 12, puis en porta successivement la limite supérieure à i 4 et à 26. On a même rapporté des cas de tréponèmes de 00 spires [Bertarelli et Volpino (48 bis), Sobernheim et Tomasczewski] , alors qu’à 1 autre extrême on en décrivait de 2 à 3 spires seulement ( Blaschko , Herxheimer et Loser, Kraus et Prantsclioff, etc.).
On ne saurait, dès aujourd’hui, donner d explication complètement satisfaisante de ces variations si étendues. Voici cependant ce que l’on est autorise a dire a ce sujet. D’une manière générale, on peut admettre comme type le plus fréquent et le plus caractéristique, le tréponème qui possède de 8 à 12 ou 1 4 spires. Le nornbie relativement élevé de celles-ci est, retenons-le, un des caractères morphologiques importants de ce microorganisme, et, toutes choses égales d’ailleurs, un exemplaire formé d’un nombre de spires supérieur à la moyenne sera toujours beaucoup plus caractéristique qu un autre qui se trouvera dans le cas contraire. Il semble aussi, quoique cette règle souffre d assez nombreuses exceptions, que les formes les plus typiques appartiennent aux lésions jeunes et à celles qui sont dans toute l’ampleur de leur développement, Fusco. par
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exemple, les a observées de préférence dans le chancre au début, avant tout commencement de traitement, et Roscher (507) a constaté que plus riches en suc étaient les papules, plus nombreux et plus longs y étaient les tréponèmes.
Les exemplaires possédant un nombre de spires très grand, atteignant et dépassant même la vingtaine, méritent bien le nom de « formes géantes » que leur a donné Lipschütz (35o). Leurs spires sont généralement très régulières, bien formées, et possèdent tous les caractères que nous aurons à décrire dans un instant à celles de Tr. pallidum. La nature de ces microorganismes ne fait donc pas de doute. Mais ce qu’il faut ajouter, c’est que le nombre anormalement élevé des spires est sans doute souvent plus apparent que réel, et qu’il s’agit alors non pas d’un unique, mais bien de deux, voire même de plusieurs tréponèmes, soudés bout à bout, comme semble bien l’indiquer l’amincissement du filament ainsi que l'affaissement ou même la disparition des spires aux endroits qui correspondaient à cette union de deux individus.
Nous avons déjà parlé plus haut, à propos des fausses apparences d’incurvation que peut prendre l’axe du tréponème, de cette juxtaposition bout à bout de deux exemplaires distincts, et l’avons représentée comme la seconde phase d’un phénomène de division longitudinale. Cette hypothèse est très plausible à cause de la fréquente constatation de figures pouvant passer avec la plus grande vraisemblance pour des phases intermédiaires de ce processus. Néanmoins la possibilité, dans d’autres cas, d’une division non plus longitudinale, mais transversale, n’011 est pas pour cela exclue, et
l’on voit de suite quelle serait la conséquence de ce fait au point de vue du nombre des spires : qu’un tréponème normal de 10 spires se divise en deux au niveau de sa partie moyenne, il en résultera deux nouveaux individus de 5 spires seulement chacun. Celle division est- elle un mode de rénovation du microorganisme, nous dirons : formes courtes, formes
jeunes. Est-elle au contraire l’indice d’une vitalité, au moins momentanément amoindrie, sous 1 influence du traitement, par exemple, comme semblent 1 indiquer les recherches de Wechselmann et Lœwen thaï (6oo- 6 o 4) , nous penserons alors: formes courtes, formes d’involution. Et, à vrai dire, cette seconde hypothèse semble avoir pour elle plus de faits que la première. Il en est enfin une troisième , que n exclut aucune des deux autres, mais qui se rapproche davantage de la dernière : elle se réfère aux constatations de Eevaditi (333), qui a vu la fragmentation des tréponèmes résulter de leur phagocytose par les gros mononucléaires, phénomène qui pourrait peut-être aussi se réaliser — mais ceci est déjà plus douteux — à l’intérieur des cellules nobles des parenchymes hépatique et pulmonaire [Radaeli (/178)] : il s’agirait donc d’une véritable destruction du tréponème.
Rénovation, involution, destruction, tels sont donc les trois processus par lesquels il est possible d expliquer l’existence de formes courtes, à petit nombre de spires. Ajoulons-y encore celles qui, sur coupes, sont créées de manière tout artificielle par la section du microtome, et terminons en reconnaissant que — pour ce qui concerne , en tout cas. les formes les plus brèves, de 2 à 4 spires — il n’est pas toujours facile
d’affirmer qu’elles appartiennent bien à Tr. pallidum.
La forme des spires est, au point de vue morphologique, un caractère peut-être plus important encore que leur nombre. Elle est en quelque sorte définie par ce fait que l’hélice décrite possède un « pas » très court. De là cette conséquence : les spires sont serrées et abruptes (eng and steil), s’opposant ainsi à celles de Sp. refruigens , lâches et mal accentuées. Elles sont de plus remarquablement régulières, exception faite toutefois des spires voisines des deux extrémités, un peu moins accusées que les autres (Rille et Vockerodt).
La longueur de la spire sur laquelle insiste Ploeger, mais qu’il néglige de définir, varierait entre 75 et 1 2/3 g. Une longueur voisine de i g serait en faveur du tréponème; voisine de 2 g, elle devrait au contraire faire songer à Sp. refringens.
Tout ceci est vrai de Treponema pallidiini examiné vivant dans le suc tissulaire, étendu ou non de solution saline physiologique. Mais certaines substances, qui amoindrissent ou suppriment sa vitalité, apportent à sa configuration normale d’assez notables modifications. De là certaines formes, qui s’écartent sans doute de la description classique, mais dont la genèse s’éclaire pourtant à la lumière de quelques lignes du premier mémoire de Schaudinn et Hoffmann. Étudiant en effet 1 action sur le tréponème de la glycérine concentrée, Schaudinn avait constaté les phénomènes suivants : certains individus ne se sont immobilisés qu’au bout de 5-io minutes, persistaient alors inaltérés dans leur forme environ 1-2 heures, puis s’évanouissaient; d autres perdaient instantanément leurs spires et s’éten-
G8 LE microorganisme de la syphilis
daient tout droit, pour se ramasser ensuite en une courte formation fusiforme, pouvant persister encore après 24 heures de traitement par la glycérine. De semblables formations furent observées aussi dans les préparations colorées.
De ces diverses modifications, retenons-en une seule, celle qui a trait à l’effacement des spires et au caractère rectiligne pris par le filament. Elle suffit a 1 end 1 c compte, pour ainsi dire, de toutes les anomalies de forme observées dans les préparations et qui se ramènent aux suivantes. A un premier degré, une série de spires tout à fait normale est suivie de quelques autres plus lâches. Un degré de plus, et l’effacement aboutit à une rectitude complète ; si cet effacement affecte la région moyenne du filament, le tréponème apparaît alors formé d’une partie rectiligne comprise entre deux séries de spires régulières; s’il en affecte seulement une extrémité, il semble formé d’une moitié absolument normale, suivie d’une autre, rectiligne, celle-ci quelquefois plus ou moins incurvée en arc de cercle. Toutes ces anomalies se ramènent donc à l’effacement plus ou moins complet d’un certain nombre de spires, dont il est logique, d’après 1 expérience de Schaudinn sur l’action de la glycérine, de rapporter la cause, par analogie, aux manipulations nécessitées par le frottis - [Schaudinn (622)] et surtout à la fixation; ce serait en particulier, lorsque celle-ci surprend un tréponème adhérent par ses deux extrémités au verre du couvreobjet, qu’on verrait se réaliser la forme spéciale d'allongement portant sur les seules spires médianes [Hoffmann (246)]- Il
Peut-être cependant cette cause n’est-elle pas la seule.
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et faut-il, dans certains cas, invoquer simplement une déformation mécanique. Ainsi, dans un cas de Herxheimer et Lôser, les spires n’étaient effacées qu’à l’endroit précis où un petit bourgeonnement issu d’un globule blanc venait au contact du corps du tréponème et le repoussait. De même, quand le tréponème affecte dans son ensemble une forme incurvée, les spires sont presque toujours irrégulières au point où se produit l’inflexion. Enfin, dans les coupes à l’argent, il n’est pas rare de voir un certain nombre de tréponèmes , par suite d’une véritable adaptation aux dimensions très étroites et à la forme même des espaces lymphatiques dans lesquels ils sont obligés de circuler, présenter des spires plus ou moins atténuées, en même temps que s’incurve l’axe général de leur corps, de manière à épouser la direction générale de la fente lymphatique dans laquelle ils se trouvent logés [Blaschko (60); Reines et Lipschütz].
Dernier caractère important des spires : elles conservent leur morphologie caractéristique aussi bien à l’état de repos qu’à l’état de mouvement ; autrement dit, elles ont une existence permanente. Elles diffèrent en cela de celles de toutes les spirochètes plus ou moins semblables à TV. pallidum , chez lesquelles l’enroulement n’existe en spires serrées qu’au cours des mouvements rapides, tandis qu’au repos il redevient lâche et se rapproche de la ligne droite ; telle est du moins l’opinion classique de Schaudinn (622). Toute différente est celle de Krzysztalowicz et Sicdlecki (3o6). D’après ces auteurs, la forme sous laquelle on décrit et l’on représente d’habitude le tréponème serait une forme de relâchement; au cours de
leurs mouvements, les individus vivants pourraient se contracter, c’est-à-dire se raccourcir et s epaissii , tandis que leurs spires deviendraient moins serrées et moins aiguës ; au moment de la contraction maximum, les tréponèmes prendraient une forme un peu analogue à celle d’un petit flagellé. Ces faits n’ont pas jusqu’à présent trouvé confirmation. Au contraire, il est meme remarquable de constater combien, sur les préparations bien faites, le nombre des tréponèmes typiques l’emporte sur celui des tréponèmes altérés, et l’on ne peut manquer de voir là la manifestation de ce caractère qu a si juste titre Hoffmann (2/16) appelle leur élasticité.
En dehors de la modalité si spéciale de son enroulement, Tr. pallidum tire un caractère distinctif important de ses extrémités , qui sont toutes deux effilées en pointes si ténues qu’il est impossible de dire exactement où elles se terminent [Milian (388)]. Encore en est-il de ce caractère morphologique comme de tous les autres, et sa constance n’est-elle que toute relative. Ainsi 1 une des extrémités ou toutes deux peuvent être émoussées, ce qui, d’après Schaudinn (522), doit être mis sur le compte de la coloration. L’une d’elles peut aussi se recourber en décrivant une boucle, à moins encore qu’elle n’apparaisse terminée par une petite masse sphérique, sur la signification d’ailleurs très incertaine de laquelle nous aurons à revenir plus loin.
A l’étude des extrémités de Tr. pallidum, se rattache l’importante question des flagelles. Eu lait, l’existence de ceux-ci n’avait pu encore être décelée par Schaudinn lors de la publication de son premier mémoire, en avril i9o5, et ce 11’est que six mois plus
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tard, en octobre, que la description en fut donnée par lui.
Il semble bien pourtant qu’entre temps, en juillet, les flagelles aient été aperçus par Babcs et Panea, qui ont vu « émaner de l’une des extrémités du spirille un appendice onduleux, tout à fait fin, dont l’extrémité devient si fine qu elle ne peut être exactement suivie » , appendice qui, n’existant pas dans d’autres formes morphologiquement voisines du tréponème, peut servir de moyen de différenciation. Quoi qu’il en soit, c’est Schaudinn (622), qui, le premier, grâce à l’emploi de l’ancienne méthode de Lôlller pour la coloration des cils des bactéries, signala explicitement la présence « à chaque extrémité du spirille d’un flagelle long, ténu », dont la longueur correspond à celle de 4-6 spires du corps proprement dit du tréponème. Il vit aussi des exemplaires généralement un peu plus gros que la moyenne, avec deux flagelles à une de leurs extrémités, ce qui lui parut être vraisemblablement un stade précurseur de la division longitudinale, telle qu’on l’observe chez les trypanosomes. L’habitude aidant, il finit par voir les flagelles avec le Giemsa et même sur l’objet vivant.
Ces résultats furent confirmés, en particulier, par Herxheimer et Loscr, avec le Giemsa ou la solution aqueuse saturée à chaud de violet de gentiane (ce qui exige de forts grossissements et un œil exercé), et par Goldhorn (cité par son élève Mac Ixee) à l’aide de sa méthode personnelle de coloration, que nous avons décrite plus haut. Deux notes discordantes se sont pourtant fait entendre : d’une part, KrzysztaloAvicz et Siedlecki considèrent que le dessin schématique de
Schaudinn « ne permet pas de penser que ce qu il décrit comme cils soit autre chose que 1 extrémité ellilée du corps du spirille pale ». Ils ont. a\ec le Giemsa et surtout le Mari no, trouvé fort souvent des formes absolument semblables, dont ils donnent d ailleurs de fort belles reproductions, et qu’ils ne peuvent considérer « que comme l’une des phases d’allongement du corps » (nous avons dit, en effet, que Kryzsztalowicz et Siedlecki admettaient l’existence de mouvements alter-
natifs de contraction et d’allongement du corps du tréponème). D’autre part, enfin, Borrel (74), employant la méthode de Lolïler, n’a pu voir que « cinq à six lois (suides milliers de microbes examines) 1 apparence d un cil très fin, à l’un des pôles, inséré latéralement a l’extrémité du microbe , et présentant des ondes
sinueuses en tout semblables aux sinuosités du microbe lui -même ». Loin de conclure avant de nouvelles recherches, il déclare au contraire « fort possible que les vrais cils du microbe de la syphilis restent a colorer ». D’ailleurs, dans un travail récent , Hoffmann et Prowazek mettent précisément en doute la nature de ces flagelles et émettent l’idée qu’il semble s agir là simplement d un prolongement terminal du periplasle.
D’une manière générale, la question de 1 appareil locomoteur de Tr. pallidam est assez mal connue, et si les flagelles sont encore un sujet de controverse, l’existence même d’une membrane ondulante est loin d’être actuellement démontrée. Dans son premier mémoire eu collaboration avec Hoffmann, Schau-
dinn écrivait qu’une membrane ondulante, à l’état de simple indication, pouvait être quelquefois aperçue ; et, dans leur troisième publication, il parlait encore de
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mouvements ondulatoires, paraissant traduire le jeu de cet organe. Quelques mois passèrent, quand parut, en octobre i9o5, un article, signé de lui seul [Schaudinn (022)], où il déclarait que, par l’emploi de la méthode de Lofller , il était arrivé à mettre en évidence les flagelles, qui lui avaient jusque-là échappé, alors qu il avait échoué a déceler la membrane ondulante, dont 1 existence lui avait paru, antérieurement, pouvoir être soupçonnée sur préparations fraîches. Loin même de dessiner une telle membrane, comme c est le cas chez Sp. plicatilis , le périplaste lui a paru présenter un développement uniforme tout autour de lave du microorganisme, pour s’effiler aux deux extrémités et se prolonger sons forme de flagelles. Toutefois Schaudinn ne se prononçait pas de manière catégorique, annonçant de nouvelles recherches qui montreraient si l’absence de la membrane était bien réelle, ou seulement apparente et due à sa minceur. Or il ne publia plus rien a ce sujet ; seulement, deux mois plus tard, à la Société de Dermatologie de Berlin, Hoffmann, présentant, au nom de son collaborateur, des microphotographies de la membrane ondulante des grosses spirochètes, dit vouloir encore rappeler « que Schaudinn , comme on sait, avait vu de même une membrane ondulante chez Spirochaete pallida vivante, mais qu’il n’avait pu cependant jusqu’ici la mettre eu évidence, ni par voie de coloration ni par la photographie ».
Les autres observateurs ont été encore moins heureux. Ni Rosenberger, ni Goldhorn (cité par Mac Kee) n ont pu rien constater. Herxheimer et Loser, qui avaient pris pour membrane ondulante une apparence
MICROORGANISME, a
claire accompagnant le tréponème, ont vu cpi il s agissait en réalité de stries l’entourant régulièrement sur préparations colorées en bleu. De meme. Krzysztalowicz et Siedlecki (3oG), sur frottis au Marine, ont « observé souvent des contours pâles, entourant 1 axe fortement teinté du corps du spirille a, mais sans qu il leur ait jamais été donné de constater 1 existence d une membrane ondulante. MacWeeney (6o5) enfin abienvu, sur certains exemplaires, une ligne extrêmement mince, paraissant franger la concavité de quelques spires et faisant penser à une membrane ondulante; mais peutêtre aussi, comme il le dit, s’agit-il simplement de formes doubles. Schütz décrit d’ailleurs un aspect absolument analogue, mais ne se risque pas a 1 interpréter.
Les difficultés que nous venons de rencontrer a propos de l’étude des flagelles et surtout de la membrane ondulante du tréponème ne vont faire que s accroître si nous abordons maintenant celle de sa structure Jute. Que l’on veuille bien se rappeler l’extrême ténuité de son corps, et l’on comprendra, sans plus, quels obstacles doit avoir à surmonter la recherche de details infiniment petits, h l’intérieur d’un filament n ayant lui-même souvent que moins de i/4 g de diamètre. Lu fait, si l’on a décrit un assez grand nombre d aspects divers, les interprétations qu’on en a données sont tout hypothétiques , et il règne, dans ce domaine, une grande confusion. Faute d’expliquer, essayons du moins
de classer. ,
Jusqu’ici nous avons parlé du corps du treponeme
comme s’il s'agissait d'un filament cylindrique homogène. Précisons un peu. Par sa méthode de coloration
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au violet de gentiane, Herxheimer (281) a pu mettre en évidence un double contour; le tréponème paraît ainsi limité entre deux bords parallèles plus fortement colorés. D autre part, le même auteur, en collaboration avec Opificius , eut l’occasion de voir sur une coupe à l’argent un exemplaire qui, à l’une de ses extrémités, avait été incomplètement imprégné ; à ce niveau, le double contour seul ressortait en noir, et là où avait porté obliquement la coupe, limitait avec netteté la section du tréponème de manière à rendre manifeste la nature tubulaire de ce dernier.
\ oici , en quelque sorte, pour les linéaments extérieurs du filament. Avant de pénétrer plus loin dans 1 étude de sa structure intime, pouvons-nous savoir quelque chose de la nature même de sa substance, et, parce qu’il se colore comme un noyau de protozoaire (Dalous) , parce qu il manifeste de l’affinité pour les colorations dérivées de la méthode de Romanowsky, sommes-nous en droit de supposer, avec Mac Weeney (6o5), qu’il soit constitué par de la chromatine? Tout ce que l’on peut répondre, c’est que la chose n’a nen d’impossible, mais qu’en tout cas la raison donnée n a que la valeur d’un argument et non d’une preuve. Souvenons- nous , en effet, que le tréponème 11a pas pour le Romanowsky d’affinité exclusive, et qu d prend, avec la plus grande facilité, quelques-unes des couleurs basiques d’aniline les plus usitées dans les laboratoires.
Ceci dit, abordons enfin l’étude de la structure fine pioprement dite de Tr. pallidum. D’une manière générale, les recherches entreprises à ce sujet ont rnis en évidence plusieurs variétés de corpuscules, que l’on
peut répartir en trois groupes, suivant qu’ils sont situés à l’intérieur du filament, accolés à lui, ou appen-
dus à son extrémité. .
1° Parmi les corpuscules situés à l’intérieur du filament, il en est un certain nombre qui ont été considérés comme noyaux ; mais plus ou moins alfirmatifs sont à ce sujet les observateurs. Ainsi Mulzer (l\02) rapporte simplement avoir vu, « à la jonction du tiers moyen et du tiers distal, un légei renflement fusiforme dont la nature nucléaire ne pouvait être prouvée avec certitude. » De même Mac Kee ne parle que des noyaux « supposés » du tréponème, mis en évidence au nombre tantôt de un, tantôt de deux, par son maître Goldhorn. C’est au contraire par atfirmation que procèdent Wechselmann et Lœwenthal (600), qui, en collaboration avec Micbaelis, ont pu , grâce à P ultramicroscope , déceler « maintes lois » l’existence d’un noyau ; leurs constatations n’ont d’ailleurs pu être confirmées par Kraus et Prantsclioff, malgré des recherches spécialement entreprises à cet effet. Vraiment originale enfin est la manière de voir de Krzysztalowicz et Siedlecki (3o6) : presque sur chaque spirille, qu’ils se soient servis du Manno ou de toute autre méthode décoloration, ils ont pu mettre en évidence un espace clair. Or c’est précisément cet espace, vide en apparence, qui, à leur avis, répondiait entièrement au noyau cellulaire. Ils pensent, en effet, que, semblable au noyau de beaucoup de protozoaires, celui de TV. pallidum ne contient que très peu de chromatine; ce qui expliquerait pourquoi, dans les préparations, il aurait cette apparence d’espace vide. 11 11e serait pas impossible d’ailleurs que, sur un des
côtés du noyau transparent, existât un corpuscule de chromatine extrêmement ténu et fortement coloré, comme une sorte de caryosome. Mais ce sont là choses si fines, si difficiles à apercevoir qu’on ne saurait être affirmatif à ce sujet.
La question d’interprétation se complique encore lorsque le tréponème, au lieu de contenir un seul corpuscule. en renferme plusieurs, formant une sorte de chapelet. Mac Weeney (6o5), dans ce cas, n’accorde pas à tous la même valeur; d’après lui, le filament possède une apparence granuleuse due à l’existence de points alternativement plus et moins réfringents; de plus, sur quelques exemplaires, il a observé, à une des extrémités, une granulation plus large que les autres et située sur les côtés de l’organisme. Peutêtre s’agit-il d’un noyau ou d’un blépharoplaste ? Il ne conclut pas. Wechselmann et Lœwenthal (6o3), qui, en collaboration avec Michaelis, ont vu, comme nous l’avons dit, que certains tréponèmes n’étaient en réalité qu’une colonie de deux ou plusieurs individus juxtaposés bout à bout, ont observé également que, dans ce cas, chaque individu possédait son noyau; et c’est de leurs constatations que Schütz, qui a observé dans le filament des alternances de zones claires et de zones- sombres (celles-ci deux fois plus larges que celles-là), songe à rapprocher les siennes. Enfin, toujours dans le même groupe nous semblent pouvoir être rangés certains corpuscules décrits avec précision par Herxheimer (23i). Très petits, de forme plate, visibles seulement aux plus forts grossissements, ils remplissent l’espace compris entre les contours du tréponème, sans guère faire de
saillie ni d’un côté ni de l’autre, et sont dune incommensurable minceur. Ils sont toujours situés a 1 intérieur du filament, jamais à son extrémité. Leur nombre, variable, est, en général, proportionne a leur longueur. Ils auraient la signification de blépharoplastes , et leur pluralité s’expliquerait ici encore par l’existence non pas d un seul tréponème, mais bien d’une colonie d’individus résultant d une division longitudinale et n’ayant pas encore acquis leur indépendance complète (Herxheimer et Lôser).
Outre ces corpuscules internes et extrêmement petits, Herxheimer (281) en avait primitivement décrit de plus volumineux , arrondis ou ovales , atteignant en longueur presque 1 g , et variant en largeur entre 1fi et 3/4 g. Ainsi les parois du filament semblaient plus ou moins fortement distendues, repoussees. bossuees à leur niveau. Le plus souvent colorés, ces corpuscules étaient parfois incolores et fortement réfringents. Or des recherches ultérieures prouvèrent à Herxheimer et Opificius qu’il s’agissait là non pas de corpuscules inclus dans le tréponème, mais bien de lormations simplement superposées : précipités de matière colorante ou corps étrangers divers.
Berger (43) a eu également l’occasion d’observer, mais exclusivement sur les préparations pioxenant d’une seule papule, des figures intéressantes, dont les unes se rapprochent de celles décrites par Herxheimer, tandis que les autres sont d’une interprétation plus difficile. Sur les premières, on observe un épaississement minuscule et sombre du tréponème, et il semble bien, de l’avis de Berger, qu’il s’agisse là de formations identiques à celles décrites par Herxheimer a
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l’intérieur meme du filament, dont elles font partie intégrante. Faisons cependant remarquer que certains de ces épaississements diffèrent de ceux de Herxheimer en ce qu’ils se trouvent situés au point de jonction ou d’entre-croisement du tréponème avec certains pelils filaments ondulés, ressemblant eux-mêmes d’assez près à des tréponèmes ou à des fragments de tréponèmes. Ne peut-on supposer que dans ce cas particulier du moins l’épaississement ne soit qu’une apparence trompeuse, créée par le fait même de cette jonction ou de cet entre-croisement? Quoi qu’il en soit, Berger a observé encore sur le trajet du filament une seconde catégorie de corpuscules, qui se distinguent des précédents par un diamètre sensiblement plus grand et par leur aspect de petite sphère très réfringente, de couleur rouge violet très foncée. L’idée d’une boucle du tréponème étant exclue par la description donnée, on ne peut s’empêcher de comparer ces petites sphères à la seconde variété des corpuscules décrits par Herxheimer et qui ne sont, nous le savons, que des productions accidentelles. Berger pourtant, disons-le, s’élève énergiquement contre cette conception, et considère les sphérules en question comme faisant partie intégrante du tréponème , à la reproduction ou à la division duquel elles se rattacheraient peut-être.
2° Nous serons retenu moins longtemps par la description des corpuscules simplement accolés au corps du tréponème. Herxheimer (2 3 1 ) les représente comme étant ovales ou arrondis, colorés ou non, et réfringents. Ils sont situés distinctement en dehors du contour des spires. Proviennent- ils du corps du tréponème, ou ne sont-ce que de simples corps étrangers? les deux hypo-
thèses sont également possibles, dit Herxheimer, qui ne se prononce pas. Des formations analogues ont été vues par Berger (43), Hoffmann et Beer, et par Nicolas, Favre et André (420).
3° Les corpuscules terminaux sont ceux qui ont été les premiers et le plus souvent observés. 11 est d’ailleurs très probable que l’on a dû ranger souvent, par erreur, dans cette catégorie, divers aspects résultant de l’enroulement sur elle-même de l’extrémité du tréponème : la petite surface circulaire délimitée par la boucle ainsi formée en imposant assez facilement pour une petite sphère. Des figures semblables ont été observées par Doutrelepont (i33), par Herxheimer (23i) seul ou en collaboration avec Lôser ou Opificius, et par Levadili (333) seul ou en collaboration avec Petresco.
Mais laissons là ces corpuscules faux, et considérons les vrais. Us peuvent être uniformément colorés et se présenter alors soit sous forme d’un simple épaississement punctiforme de l’extrémité du tréponème, soit, s’ils sont de dimensions un peu plus grandes, comme une petite sphère, à elle appendue [Berger (43), Bertarelli et Yolpino (48 bis), Weitlaner)]. Quelquefois l’emploi d’un plus fort grossissement permet de constater l’existence d’une zone centrale moins colorée, dans une petite sphérule qui avait paru tout d’abord uniformément teinte ou imprégnée [Bertarelli et \olpino (48 bis)]. D’autres fois encore, on observe une petite masse réfringente entourée par la ligne de contour du corps et centrée souvent d’un point de couleur sombre [Herxheimer (23i)]. Enfin il peut s’agir d’une petite sphère entièrement réfringente. Le plus souvent ces
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formations n’existent qu’à l’une des extrémités du tréponème; quelquefois cependant, elles s’observent aux deux [ Berger (43)].
Kraus et Prantschoff ont observé très fréquemment des formations courtes de deux à trois spires seulement, ressemblant à des débris de tréponèmes et terminées par une petite boule bien colorée. Herxheimer (23i) également a fait une constatation à peu près semblable.
L’interprétation qu’il convient de donner à ces corpuscules terminaux est encore très obscure. Quand il existe un simple épaississement punctiforme de l’extrémité du filament, on a pu se demander s’il ne s’agissait pas là d’une apparence trompeuse, causée par une section oblique (Herxheimer et Opificius). Mais lorsqu’il s’agit d’une sphérule bien délimitée, il faut une antreinterprétation. Nicolas, Favre et André (420) pensent à la possibilité de l’existence d’une spore, mais n’osent rien affirmer. Kraus et Prantschoff ont observé à l’état de liberté, dans les préparations, les mêmes petites boules, bien colorées, qu’ils avaient vues à l’extrémité des formes courtes, de deux à trois spires seulement, et se demandent si ces formes vibrionnaires à boules terminales ne sont pas dues à un phénomène d’invol ution ou de plasmolyse, ou encore à un processus de résolution, analogue à celui qui, dans le phénomène de Pfeiffer, aboutit à la transformation en petites boules du vibrion cholérique. Enfin Herxheimer, après avoir d’abord songé à une assimilation possible des corpuscules terminaux à des centrosomes, remarqua que, tel qu’il les avait observés (c’est-à-dire sous forme de petites niasses réfringentes, entourées par la ligne
de contour du corps et centrées d’un point de couleur sombre) , ils présentaient une grande ressemblance avec certains corpuscules existant à l’état libre dans les préparations, et se laissant différencier distinctement en noyau, protoplasme et membrane. Maintenant quelle est la signification de ces corpuscules indépendants, situés dans le voisinage des tréponèmes, qu’ils ne touchent cependant pas? Représentent -ils une forme de développement de ces derniers? En sont-ils complètement indépendants? G est là un problème qu on ne saurait aujourd’hui résoudre.
c. — Tentatives de culture du tréponème.
De quelques-uns de ses caractères biologiques.
Toutes les tentatives faites pour cultiver Tr. pallidum ont jusqu’à présent échoué. Négatives en particulier furent les recherches entreprises par Hoffmann (2/16) et Ficker, en partant soit du chancre (raclage des couches profondes), soit des ganglions syphilitiques; négatives encore celles de Neisser. Baermann et Ilalberstàdter avec le sang, la moelle des os, la sérosité chancreuse. Ber tare! li , Yolpino et Bovero ne furent pas plus heureux en ensemençant du suc ganglionnaire sur sang humain additionné de citrate de sodium, ni Richards
seul ou avec Hunt (494) — en ensemençant (après
s’être assuré de l’existence du tréponème) du sang de la médiane basilique sur bouillon ordinaire ou glycériné, du sang de tache de roséole sur sang additionné d’agar, de la sérosité de phlyctène de vésicatoire sur bouillon
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glycérine. Rosenberger enfin essaya, sans plus de succès, des cultures, aérobies ou anaérobies, sur sérum liquide de sang humain, maintenu pendant trois semaines à 37° C. Sa méthode consistait à aspirer, dans un tube capillaire, une certaine quantité de sérosité d’une phlyctène de vésicatoire chez une personne saine, et à y ajouter une goutte ou deux de sérosité d’une phlyctène obtenue par application d’un vésicatoire sur un élément éruptif d’un syphilitique. Le tube était ou scellé à la lampe ou bouché avec du coton.
Ajoutons cependant que, ces derniers mois, l’on a eu à enregistrer quelques résultats heureux dans le domaine de la culture des spirilles. En particulier, le procédé des sacs de collodion placés dans la cavité péritonéale du lapin vient de permettre à Levaditi de réaliser successivement la culture du Spirillum gallinatum sur gélose glucosée, puis sur sérum de poule; celle du spirille de la tick-fever sur sang de macaque; celle enfin de S p . refringens sur sérum humain, en -symbiose avec des bactéries anaérobies. Ces résultats semblent donc autoriser l’espoir d’ajouter quelque jour Tr. pallidum à cette liste.
Pour le moment, en l’absence de toute culture, notre connaissance des caractères biologiques du tréponème est très limitée. Cependant, faute de mieux, on peut considérer sa présence dans certaines lésions comme réalisant une sorte de culture in vivo et s’en servir pour quelques recherches. Ainsi ont fait Klingmüller [in Siebert (54 7)] et Sicbert (548) pour étudier la manière de se comporter du tréponème vis-à-vis des substances filtrantes. Des papules, prélevées par abrasion, étaient coupées puis broyées, et l’on étendait la bouillie ainsi obtenue,
renfermant le tréponème en grandes quantités, de solution saline physiologique. Après passage au travers d’un filtre en papier, on ne pouvait plus trouver que très peu de tréponèmes ; après passage au travers d’un filtre en porcelaine, on ne pouvait plus, même après centrifugation, en trouver aucun. Ainsi se trouvaient confirmées les recherches de Neisser, Klingmüller et Baermann, et celles de MetchnikofT et Roux, qui avaient antérieurement montré, par voie purement expérimentale, que le virus syphilitique ne traversait pas les bougies filtrantes.
Il ne semble pas que Y agglutination du tréponème ait fait l’objet de recherches systématiques. Le mot a été employé par Levaditi (32 9, 333) à propos d’amas de tréponèmes observés à l’intérieur de vésicules de pempliigus syphilitique. Mulzer (402) , également, a constaté des amas de ce genre. Mais s’agit-il réellement là d’un phénomène d’agglutination P Peut-être, jusqu’à nouvel ordre, serait- il prudent de ne pas user de cette expression. Quoiqu’il en soit, nous -même, alors que nous poursuivions des recherches sur la présence du tréponème dans le sang . et pensant que dans le sérum des sujets syphilitiques traités il doit y avoir des anticorps (agglutinines, etc.) capables d’agglutiner les spirilles, nous avons mélangé 2OC0 de sérum de syphilitique contagieux et jamais traité avec 20cc de sérum de syphilitique guéri et ayant été longuement traité par des injections mercurielles. Après avoir laissé les deux sérums en contact pendant cinq, six, huit heures, et après centrifugation , nous n’avons absolument rien trouvé dans les culots. Ceci ne prouve d’ailleurs rien contre la possibilité d'une agglutination, et montre
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seulement qu’il n’y avait pas de tréponèmes dans le sang que nous avons étudié.
La fragilité du virus syphilitique a etc mise depuis bien longtemps en évidence par la clinique. Kraus a cru pouvoir en trouver une confirmation microbiologique dans ce fait que, sur des chancres excisés, qui étaient restés environ douze heures dans la glace, il ne put trouver aucun tréponème, tandis qu’ils avaient pu être décelés dans le chancre frais. Cet argument ne porte pas. Deux frottis, d’une même préparation, faits immédiatement l’un après l’autre, peuvent être très bien, l’un positif, l’autre négatif, et l'inégale répartition du tréponème dans les tissus est suffisante pour rendre compte de ce fait. D’autre part, maintes et maintes fois des prélèvements effectués lors d’autopsies plus ou moins tardivement faites se sont montrés parfaitement positifs : par exemple, vingt-six heures après le décès, dans une autopsie d’adulte, de Jacquet et Sézary. En fait, seule la disparition rapide des mouvements du tréponème sur une lésion excisée ou sur le cadavre pourrait servir de confirmation microbiologique au fait clinique qui nous intéresse. Il ne semble pas qu’on se soit beaucoup inquiété de recueillir des cas de ce genre. Pourtant, dans une observation de Levadili, où l’autopsie fut pratiquée treize heures après la mort, on trouve signalé que, le soir même de l’autopsie, l’examen des frottis non colorés permit de reconnaître la présence de nombreuses spirochètes immobiles dans le tissu hépatique.
B. — Diagnostic différentiel du tréponème.
La question du diagnostic différentiel du tréponème peut se trouver posée à propos de sa ressemblance, soit avec certains éléments histologiques des tissus, soit avec diverses spirochètes.
a. — Diagnostic différentiel du tréponème avec certains éléments histologiques des tissus.
L’incertitude est généralement beaucoup plus facile à lever dans le premier cas que dans le second. Il s agit presque toujours alors d’une fibre ou d’un filament plus ou moins onduleux, et l’aspect des objets diffère suivant qu’il s’agit d’un frottis coloré ou d’une coupe.
Sur frottis, il est bien rare qu’un de ces longs filaments, laissés derrière eux par les leucocytes déformés, étirés, écrasés, puisse en imposer pour un tréponème. 11 suffira, en tout cas, d’étaler l’exsudât avec précaution, pour que cet inconvénient ne se produise pas [Salmon (5 1 5)]. Mais bien plus souvent il s’agit de filaments de fibrine, de mucus (Rosen berger) , de chromatine [Milian (388)] ou de fibrilles de nature connective (Risso et Cipollina), toutes formations qui peuvent , dans certains cas, simuler vraiment d’assez près 1 apparence onduleuse et ténue du pallidum. « Les filaments de fibrine, écrit Milian (388), sont rarement aussi onduleux que le spirille; ils sont généralement rosés. Les filaments de chromatine peuvent avoir des tours de spires nombreux, mais ils sont généralement colorés en
bleu par l’azur du réactif. Si l’on avait d’ailleurs la moindre hésitation, il suffirait de suivre le filament dans toute sa longueur. L’une des extrémités se renfle généralement en massue, ou bien va se perdre dans le noyau cpii lui a donné naissance. » Les extrémités, brusquement cassées et non effilées, de la plupart de ces débris histologiques , sont encore un bon moyen de reconnaître leur nature [Salmon (5 1 5)] . Quant à l’opinion d’Omeltchenko , d’après laquelle les tréponèmes seraient non pas des microorganismes, mais des fibrilles conjonctives, elle n’a plus aujourd’hui qu’un intérêt de curiosité.
Sur coupes, les principales causes de confusion qui ont été signalées résident encore dans l’aspect trompeur que peuvent revêtir des filaments de fibrine, de fibres élastiques, des fibrilles conjonctives ou nerveuses et des contours cellulaires. Buschke et Fischer (98) déclarent qu’il est moins rare qu’on le croit de voir certaines formations — comme des filaments de fibrine, etc. — ressembler à ce point au tréponème que les plus habiles peuvent s’y laisser prendre, et ne révéler leur véritable nature qu’après examen très minutieux, voire comparaison avec des préparations sûres, ou postcoloration aux couleurs d’aniline. Ces mêmes auteurs ont insisté sur des difficultés parfois insurmontables rencontrées dans l’examen du tissu cérébro-médullaire de l’enfant, à cause de la ressemblance de certaines fibrilles nerveuses avec des tréponèmes, et les mêmes faits ont été signalés en France par Bavant et Ponselle.
Moins aptes à induire en erreur sont les fibrilles conjonctives aux ondulations très douces, à l’assemblage d’un parallélisme parfait [Blaschko (58)1, et les fibres
élastiques qui, si foncées qu’elles soient, conservent toujours une teinte brune, sans atteindre le noir franc du tréponème (Herxheimer et Opificius). Quant aux contours cellulaires, il suffira d’un examen quelque peu attentif pour les faire reconnaître.
b. — Diagnostic différentiel du tréponème avec diverses spirochètes.
Dans des conditions autrement délicates peut se présenter le diagnostic du tréponème avec diverses variétés de spirochètes. Sans doute, dans la grande majorité des cas, la distinction est facile; mais d’autres lois elle nécessite une attention extrême, un œil très exercé; elle peut même, quoique exceptionnellement, demeurer impossible. On conçoit pourtant quel intérêt majeur s’attache h ce diagnostic, quand il s’agit de lésions ulcérées des organes génitaux ou de la muqueuse buccale.
L’incertitude peut reconnaître plusieurs causes : soit que Tr. pallidum simule une spirochète, soit qu’il s’agisse du cas contraire, soit enfin qu’on se trouve en présence de formes intermédiaires , que l’on hésite à classer dans une catégorie ou dans 1 autre. Illustrons de quelques exemples chacune de ces trois éventualités et cherchons -les d’abord, pour fixer les idees, dans l’histoire de Sp . refruigens , hôte si fréquent des lésions ulcérées.
Sp. refringens se distingue de Tr. pallidum par un certain nombre de çaractères sur le détail desquels nous reviendrons un peu plus loin, mais dont les plus frappants, à première vue, sont l’épaisseur plus grande
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de son corps, ses spires moins nombreuses et beaucoup plus lâches, ses extrémités mousses. Or Krzysztalow icz et Siedlecki (3o6) ont observé et reproduit des figures de tréponèmes à corps sensiblement épaissi; nous avons dit plus haut cpie l’on peut de temps à autre observer une extrémité mousse (Schütz), plus souvent un petit renflement terminal; quant aux spires, ne les avonsnous pas vues se relâcher dans des proportions variables, pour atteindre, au degré extrême, et sur une longueur plus ou moins grande, la rectitude complète ? Pour montrer jusqu’où peut aller parfois la ressemblance de TV. pallidum avec Sp. refringens , nous ne saurions mieux faire que de citer l’appréciation de Bosc (76), d’après qui « les tréponèmes peuvent subir une dégénération extra ou intra-cellulaire, dont un des stades peut reproduire l’aspect de Sp. refringens. . . » , si bien qu’il y a lieu « de se demander si beaucoup de formes notées comme Sp. refringens dans les frottis, ne sont pas simplement des formes dégénératives de Tr. pallidum ». Nous aurions enfin à parler ici des caractères diagnostiques de Sp. refringens relevant de sa coloration bleue par le Giemsa et de l’absence de flagelles ; mais nous les retrouverons pour en discuter la valeur, quand nous examinerons les caractères fondamentaux sur lesquels repose le diagnostic de Tr. pallidum.
Des cas maintenant où c’est au contraire Sp. refringens, ou tout au moins une spirochète de la variété épaisse qui se rapproche par sa forme de Tr. pallidum ? Hoffmann (245) lui- même en apporte un exemple quand il écrit que « dans la balanite érosive, à côté d’une grande majorité d’individus gros, s’en trouvent
quelques-uns plus ténus, qui cependant, d’après l’agencement des spires et l’aptitude plus grande à prendre les colorants, se laissent habituellement différencier avec facilite de Sp. pallida ». « Habituellement, » sans doute; mais toujours, non pas. Et c’est ainsi qu’Oppenheim (é| 3 2 , 433), par exemple, a pu présenter a la Société de Dermatologie de Vienne une spirochète provenant d’une balanite, et qui lut prise généralement pour un pallie! uni.
Reste enfin la troisième catégorie de faits, celle où toute une série de formes de transition ont été observées entre Tr. pallidum et Sp. refringens. C’est ainsi que Richards et Hunt (494) ont distingué dans leurs préparations cinq aspects divers, dont ils rapportent les trois premiers à Sp. refringens, le dernier à Tr. pallidum, le quatrième constituant une forme intermediaire. Lipscbütz (35o) a également reconnu plusieurs formes de Sp. refringens, qu’il ramène à deux types principaux, entre lesquels existent tous les intermediaires : dans l’un il range des spirochètes épaisses , relativement courtes , droites ou courbées , ne présentant, que 5à6 ondulations longues et d’assez faible rayon d’excursion ; dans l’autre, ce sont encore des spirochètes épaisses, mais plus droites, et comptant de 8 à 10 ondulations plus serrées , en même temps que de flèche plus élevée. Généralement la distinction avec Tr. pallidum était facile; cependant lorsque Sp. refringens et lui existaient à côté l’un de l’autre, il se rencontrait parfois certaines formes dont le diagnostic ne pouvait être fait avec certitude. Rappelons enfin que nous-même , dans un travail antérieur, avons signalé l’existence, à côté de Sp. refringens type, de
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quatre ou de cinq variétés qui s’en écartent de plus en plus, pour se rapprocher peu à peu de pallidum, dont elles ne diffèrent plus que par leur épaisseur [Lévy- Bing (345)]. Peut-être, effectivement, Sp. refringens ne représente-t-elle pas l’unique espèce où l’on doive englober toutes les grosses spirochètes des organes génitaux :
Fig. I. — Morphologie des principales spirochètes. (D’après Schaudinn.)
i, 2, Tr. pallidum. 3, 4 , Sp. refringens. 5, Spirochxte provenant d’un carcinome ulcéré. G, Sp. dentium. 7, Partie terminale de Sp. plicatilis , très long.
peu importe au point de vue du diagnostic, qui ne doit connaître qu’une distinction : d’un côté Tr. pallidum, de l’autre ce qui ne l’est pas.
Les difficultés qui se présentent à propos du diagnostic de ce microorganisme ne sont d’ailleurs pas moindres quand il s’agit de le distinguer des spirochètes buccales.
Babes et Panea (i4) ont observé, dans la bouche, des spirochètes aussi paiement colorées que pallidum, mais s’en différenciant malgré cela avec facilité par leurs
ondulations peu accentuées, longues, irrégulières, leur corps épais, leur absence de flagelles . Egalement, Bertarelli, Volpino et Bovero (5o) ont trouvé, dans les crachats d’un cardiaque, diverses formes de Sp. buccalis , plus de rares exemplaires d’une spirochète, rappelant de près TV. pallidum, mais s’en distinguant par une plus grande aptitude à prendre les colorants. Dans une publication ultérieure, ces mêmes auteurs confirment, en les complétant, leurs premiers résultats, et insistent sur ce fait que ni morphologie, ni même coloration, ne sont actuellement capables de fournir de caractères suffisants pour le diagnostic différentiel du tréponème. Dans une analyse de leur travail, de .long signale incidemment que, lui aussi, a pu constater plusieurs fois, dans des crachats quelconques, des formes identiques au pallidum. De sérieuses difficultés ont été rencontrées par Siebert (548) dans deux cas d 'erythema exsudativum multiforme, dont les localisations buccales contenaient des spirochètes que leur ténuité, sinon la mollesse et l’irrégularité de leurs ondulations, rendaient à peine discernables du tréponème. Signalons enfin deux observations : l’une de Gan/.er, qui trouva dans un frottis de carie dentaire, et presque en culture pure, une espèce de spirochète très voisine du tréponème ; l’autre, quelque peu obscure, de Neisser, Baermann et Halberstâdter, qui, dans la stomatite ulcéreuse d’un orang-outang, constatèrent des formes spirillaires impossibles à discerner de TV. pallidum ; or, bien que le singe fû 1 syphilitique, il ne s’agissait pas cliniquement de syphilis buccale, et les observateurs ne crurent pas devoir considérer ces microorganismes comme des tréponèmes.
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Simple au contraire, d’après Brandweiner (j9), serait le diagnostic de Sp. dentium, que ses extrémités mousses, sa coloration bleuâtre par le Giemsa et sa petitesse (c’est la plus petite des spirochètes observées), feraient facilement reconnaître. Simple également le diagnostic de Sp. Vincenti, d’après Vincent lui-même, qui s’exprime à ce sujet de la manière suivante : « Le spirille associé au bacille fusiforme est mieux coloré [que le tréponème], sensiblement plus large. Il conserve plus longtemps la coloration [bleu de Giemsa]. En outre, il est simplement sinueux, également ondulé, non pourvu de spires rapprochées et régulières. »
Après les spirochètes des organes génitaux et celles qui vivent dans le milieu buccal, un troisième groupe important, au point de vue du diagnostic avec Tr.pallidum, est constitué par celles que l’on trouve à la surface des carcinomes ulcérés.
Leurs caractères distinctifs ont été particulièrement bien étudiés par Hoffmann (244) et son élève Mulzer ( 4o2 ) dans un cas de cancer du col et deux cas de cancer cutané (abdomen et face). La plus grande partie d’entre elles possédaient les caractères de Sp. refrin - (jens ; mais quelques exemplaires se rapprochaient beaucoup de l’aspect de pallidum par leur ténuité et le grand nombre de leurs spires. Hoffmann estime toutefois que, pour un œil exercé, il existe des différences, même purement morphologiques, en particulier dans la manière d’être des spires (en tire-bouchon, abruptes, chez TV. pallidum), toutes affirmations entièrement vérifiées par Risso et Cipollina sur préparations faites par eux d’un cancer de la face. Spires mollement ondulées, extrémités mousses, coloration bleuâtre
par le Giemsa, tels sont les caractères différentiels le plus souvent invoqués [ Brandweiner (70) ; Lœwenthal (354)]. Cependant Krienitz trouve, dans un cancer de l’estomac, une forme de spirochète correspondant tout à fait à Tr. paltidum ; dans le cancer ulcéré des muqueuses et dans le pemphigus végétant, Rona et Preis observent des spirochètes peut-être encore plus finement et plus paiement colorées que le tréponème ; enfin, Neisser, Baermann et Halberstàdter rapportent un fait de carcinome papillomateux du pénis, où furent trouvées des spirochètes, que toute une série d’observateurs exercés, bien que donnant leur avis indépendamment l’un de l’autre, estimèrent impossibles à différencier de pallidum.
Les trois groupes de spirochètes que nous venons de passer en revue comprennent à peu près toutes les formes dont le diagnostic avec le tréponème pâle présente quelque intérêt. Les deux variétés décrites, l’une dans le pus par Friedrich, l’autre dans un cas d’anémie grave et de lymphangite carcinomateuse par Moritz, n’ont qu’une ressemblance lointaine avec lui; mais il n’en est pas de même de la dernière forme dont nous avons à parler : la spirochète du pian. On sait que le pian est une maladie tropicale qui présente de grandes analogies avec la syphilis. Or, précisément, Castellani a trouvé, dans les lésions de cette affection quatre variétés de spirochètes, dont trois ne semblent jouer aucun rôle étiologique (il identifie l’une avec Sp. refringens et donne aux deux autres, d’après la forme de leurs extrémités, les noms de Sp. lenuis obtusa et de Sp. tennis acuminata), tandis que la quatrième, au contraire, Sp. pertenais seu, pallidula, qui se trouve dans
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les lésions fermées, pourrait bien devoir être regardée comme l’agent causal de la maladie. Quoi qu’il en soit, Sp. pertenais présente avec Tr. pallidum une ressemblance telle, que Schaudinn, après l’avoir d’abord constatée, mais en niant qu’elle pût aller jusqu’à l’identité [Castellani (108)], dut reconnaître finalement que les spirochètes présentes sur frottis de lésions non ulcérées étaient bien morphologiquement identiques à Tr. pallidum. [Castellani, (iio)J. Même constatation a été faite par Barrat, et, nouvelle preuve de cette extrême ressemblance, Hoffmann (260) se demande s’il n’y a pas eu erreur de diagnostic et s’il ne s’agissait pas simplement de syphilis. Quant à Castellani (112) luimême, comme il croit le pian différent de la syphilis, il est porté à accepter que si Sp. pertenuis joue un rôle dans l’étiologie de cette affection, elle doit, tout en étant morphologiquement identique à Tr. pallidum, en être biologiquement différente.
Et maintenant que voici longuement exposées les difficultés du diagnostic, il faut conclure. Sur quels caractères différentiels doit-on s’appuyer en pratique ? A. cette question, c’est Schaudinn (522) lui-même qui répond: Tr. pallidum est d’une ténuité extrême, le nombre de ses spires (10-26) dépasse notablement ce qu’il est chez les diverses spirochètes et elles y sont plus serrées que partout ailleurs ; la coloration est toujours pâle, la nuance, avec le Giemsa, tire sur le rouge, tandis qu elle est bleuâtre chez les autres spirochètes. Les extrémités s’allongent en pointe et la méthode de Ldffler montre chacune d’elles munie d’un jlagellum long et grêle, sans révéler toutefois, le long du corps, de membrane ondulante.
Or, d’après ce que nous avons dit ici de la morphologie du tréponème, nous voyons qu’aucun de ses caractères n’a de valeur absolue. Dans l’article même où il les indique, Schaudinn figure deux tréponèmes très dissemblables (voyez fig. I, p. 9i) : l’un mince, très long, ayant près d’une vingtaine de spires serrées, régulières; l’autre, sensiblement plus épais et plus court, avec seulement une demi-douzaine de spires moins serrées , moins régulières aussi que dans le cas précédent; ce serait de préférence chez les exemplaires de ce genre qu’on rencontrerait le type de flagelles bifurques. Ainsi la ténuité du tréponème est sujette à variation; ce qui n’empêche pas, réciproquement, diverses spirochètes de pouvoir être aussi ténues , sinon davantage, que TV. pallidum (Rona et Preis). Le nombre des spires peut osciller entre des limites très étendues, de 2 à 3 jusqu a 26 ou 00, et si les formes à spires nombreuses sont caractéristiques, les formes moyennes le sont moins et les courtes plus du tout. Ces mêmes spires qui, sur les exemplaires typiques, sont serrées et abruptes, peuvent, sur d’autres, être relâchées et molles , voire même s’effacer complètement sur une longueur variable. La pâleur de la coloration est toute relative; elle varie non seulement avec la manière dont la préparation est faite, mais encore, sur une même préparation, d’un individu à l’autre. Même chose pour la nuance, et nous avons dit plus haut ce qu’il fallait penser de la coloration spécifique par le Giemsa. Ajoutons cependant, à ce propos, que, d’après Schaudinn, pour qu’on puisse dire que la coloration a été faite dans les règles, il faut que les noyaux des leucocytes apparaissent en rouge très loncé ; il
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serait bon aussi, pour éviter la formation de trop nombreux produits artificiels, d’employer la fixation aux vapeurs d’osmium, qui n'entraverait en rien la coloration, à la condition d’avoir été de courte durée.
La forme effilée des extrémités est certainement l’un des caractères les plus constants; encore n’est-il pas absolument exceptionnel d’observer une extrémité mousse, et, réciproquement, Oppenheim et Sachs (434 6/s) ont vu des extrémités terminées en pointe, chez des espèces autres que pallidum. La recherche des flagelles est susceptible, elle aussi , de donner d’excellents renseignements diagnostiques ; mais elle est délicate et nécessite une certaine expérience bactériologique.
S’agit-il d’ailleurs réellement de llagelles P Le problème, nous lavons vu, n’est pas encore entièrement résolu. Mais il y a mieux : l’existence même d’un flagelle ne semble pas devoir être d’une valeur diagnostique aussi absolue que se l’imaginait Schaudinn, puisque, tout récemment, Levaditi (334) vient par les procédés de Lôlller et de van Ermengliem , appliqués d’après la méthode de Borrel, de mettre en évidence la présence d’un seul cil terminal chez Sp. refringens ! D’ailleurs, un peu avant lui, Hoffmann et Prowazek avaient déjà réussi à mettre en évidence la présence d un cil terminal semblable chez Sp. balanilidis , Sp. buccalis , Sp. dentium , Sp. Vincenti, et même chez Sp. refringens.
Reste, comme dernier caractère, l’absence de membrane ondulante; n’y insistons pas trop. Pour affirmer 1 inexistence de celle membrane, il faut commencer par la rechercher, et la technique de cette recherche est délicate au même titre que celle des llagelles. Cette
absence de membrane ondulante est-elle d ailleurs bien certaine? La question, nous ne l’ignorons pas, est encore en suspens, et nous savons en tout cas que, faute de l’avoir rencontrée, on a observé certains aspects trompeurs, la simulant d’assez près.
Ainsi, d’un côté, aucun des caractères de Tr. pallidum n’est constant, et, d’autre part, aucun ne lui est rigoureusement personnel, puisqu’il n’en est point qu’on ne puisse occasionnellement observer dans une espèce voisine. 11 est juste de dire pourtant que si la morphologie du tréponème est relativement si variable, la faute en est en grande partie à l’action perturbatrice des fixateurs employés. Aussi y a-t-il avantage, au point de vue du diagnostic, à se servir de préparations fraîches [Schaudinn (522)]. A la pâleur de la coloration fait place la faiblesse de la réfringence; la ténuité est plus frappante peut-être que sur frottis colorés; les extrémités sont toujours bien effilées, et les spires de la forme typique. Enfin, caractère important, lorsqu on examine le tréponème à l’état de vie, on peut constater un fait sur lequel nous avons déjà insisté plus haut : la persistance, à l’état de repos, de la disposition hélicoïdale, alors que chez les diverses spirochètes, le corps ne décrit de spires étroites qu’au moment où il est animé de mouvements très vifs, et au repos, au contraire, se rapproche davantage de la ligne droite.
Du manque de valeur absolue de chacun des caractères morphologiques de Tr. pallidum, résulte-t-il donc que son diagnostic ne puisse jamais être posé avec certitude ? Le croire serait commettre plus qu’une lourde exagération, une véritable erreur. Ce qu il tant dire, c’est que , pour établir ce diagnostic, il est mdispon-
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sable de faire entrer en ligne de compte non pas un seul , mais tons les caractères du microorganisme soumis à l’examen, et cpi’ici, comme dans toutes les recherches de ce genre, il est nécessaire, pour employer l’expression de Schaudinn, « d’avoir le sens de ce qui est typique, » c’est-à-dire d’aller droit au caractère essentiel, sans se laisser troubler par les petites anomalies de détail dont la cause, le plus souvent, est d’ordre purement accidentel. En agissant de la sorte, on établira, dans la grande majorité des cas, tantôt plus, tantôt moins facilement, le diagnostic de trépo- % nème, ou au contraire de spirochète. Est-ce à dire que toujours la distinction sera faisable? Non; dans l’étude d’aussi minuscules organismes, des cas peuvent se présenter où toute différenciation certaine demeure irréalisable; mais, observe avec raison Schaudinn, n’est-ce pas là chose nullement exceptionnelle, même pour des organismes beaucoup plus grands.
Une dernière remarque. De ce que l’on trouve, en dehors de la syphilis, des spirochètes ayant les plus grandes analogies avec Tr. pallidum, peut-on tirer argument, contre la spécificité étiologique de ce microorganisme? En aucune façon. L’idée que l’on se fait actuellement de la morphologie, en tant que moyen de diagnostic d’un microbe, a beaucoup évolué depuis quelques années. D’une part, en effet, on a été à même de constater le très large polymorphisme de microbes, dont la spécificité étiologique est aussi bien établie que celle du bacille tuberculeux ou du vibrion cholérique; et, réciproquement, l’on a vu des microbes aussi différents au point de vue de leur action pathogène que celui de la lèpre et de la tuberculose, ou encore le
gonocoque de Neisser et le méningocoque de W echselbaum , présenter les plus grandes ressemblances morphologiques. Ainsi , que certaines spirochètes se rapprochent plus ou moins du tréponème, ceci ne saurait être davantage un argument contre sa spécificité étiologique, que le fait de ses quelques variations morphologiques. A tout prendre même, ne serait- il pas encore plus étonnant que le genre Tréponème ne renfermât que l’unique espèce Tr. pallidum [Hoffmann (200)] é Déjà tout à l’heure, en parlant de Sp. pertenuis, nous disions que sa ressemblance avec le tréponème n impliquait nullement l’identité du pian et de la syphilis. Il faut généraliser, et dire que la ressemblance morphologique de deux microorganismes n’implique d aucune façon celle de leurs caractères biologiques ou pathogènes [Metchnikoff et Roux (383), Hoffmann (246, 260)].
C. — Rapports des tréponèmes entre eux ET avec les microorganismes et formations diverses