CHAPITRE VIII
Cette teinture colore en bleu vif, et en quelques minutes, les tissus préparés surtout dans l’alcool; il faut un peu plus de temps pour les objets préparés avec l’acide chrômique. On conserve cette couleur dans l’eau, dans l’alcool et dans la glycérine; elle n’est point altérée par l’addition d’un liquide acide ou alcalin. Les glandes lymphatiques , la rate , et plus particulièrement des coupes du cerveau et de la moelle épinière, obtiennent, sous son influence, un très-bel aspect. Nous avons fait, dans ces derniers temps, un très-grand usage de cette teinture, et nous la recommandons de la manière la plus pressante.
On se sert déjà, depuis plusieurs années, de l’azotate d’argent, en solution ou en nature, pour obtenir des dépôts d’argent dans la cornée de l’œil. Recklinghausen a fait un usage très-fréquent de cette méthode ( les Vaisseaux lymphatiques, Berlin, 1862). His a ensuite cherché à trouver les conditions et la nature de ces dépôts. Dans ces derniers temps, un grand nombre de savants ont obtenu, par ce moyen, alternativement de bons et de mauvais résultats.
Les tissus imprégnés d’argent prennent, selon les circonstances, différents aspects. Quelquefois, on remarque dans l’intérieur des cellules ou des canaux les plus déliés, de même que dans les conduits du tissu cellulaire, des dépôts poussiéreux d’argent, qui, selon l’action de la lumière, paraissent être plus ou moins foncés, tandis que la substance intercellulaire n’est pas plus colorée ou ne l’est que fort peu ; dans l’autre cas , la cellule est restée libre, autrement dit elle n’a point été imprégnée d’argent; tandis que les masses intermédiaires des couches épithéliales, la substance intercellulaire, ont contracté une teinte sombre sans toutefois perdre de leur netteté.
Le premier genre de coloration peut servir à démontrer l’état creux dans les tissus élémentaires des animaux; on
emploie avec succès la seconde pour reconnaître les limites des cellules, surtout de celles très-délicates des couches épithéliales , ainsi que les vaisseaux sanguins et lymphatiques d’une grande finesse.
Il est à regretter que les deux effets qui viennent d’être mentionnés, se produisent bien plutôt fortuitement que d’après des règles fixes; souvent ils se manifestent à la fois d’une manière très-désavantageuse dans une seule et même expérience. On remarque aussi qu’habituellement l’action de la solution d’argent est loin d’être la même sur les différentes parties d’un seul et même tissu. Ce sont là de grands inconvénients attachés à un procédé propre , du reste, à rendre des services réels.
Recklinghausen, qui n’a pas réussi à trouver des règles certaines pour atteindre l’un ou l’autre des effets causés par l’argent, recommande de faibles solutions (1 partie de nitrate d’argent sur 400 à 800 parties d’eau distillée) ; il veut également que les pièces à examiner, aussi fraîches que possible , soient enlevées à des cadavres qui datent tout au plus de 24 heures. Il est bon d’éviter toute altération dans les tissus. Si l’on observe cette prescription, c’est le premier effet qui se produit ordinairement sur le tissu cellulaire; c’est-à-dire les substances intermédiaires se colorent, tandis que les petits corps cellulaires, ainsi que les conduits, restent clairs. Quand on désire obtenir le second effet, on place les objets dans une solution d’acide acétique ou de sel de cuisine très-affaiblie , après les avoir laissés séjourner assez longtemps dans une solution de nitrate d’argent. Il résulte des expériences de ce savant que le temps nécessaire pour observer les effets propres à l’azotate d’argent, est loin d’être le même sur les différentes parties du tissu soumises à l’examen.
A-t-on en vue d’agir sur des parties profondément situées, l’action se manifestera plus lentement, et il faudra