CHAPITRE VIII
faire usage d’une solution d’azotate d’argent plus concentrée. Malgré cela, et toute proportion gardée , l’effet produit ne sera, même au bout de 24 heures, qu’un effet superficiel. Lorsqu’il survient, d’une manière évidente, dans le tissu un trouble blanchâtre , on peut admettre , en général, que l’argent a suffisamment pénétré; toutefois, il est difficile de bien saisir le moment où l’opération est accomplie.
Afin d’enlever les parcelles d’argent qui n’ont point pénétré dans le tissu, et d’éviter ainsi une plus forte colorationj on lavera avec de l’eau les parties imprégnées. Ces parcelles peuvent se détacher également avec l’acide acétique. Ce dernier moyen est même très-avantageux lorsqu’on cherche à éloigner des couches épithéliales, afin de pouvoir mieux apprécier les parties profondes des tissus cellulaires qui ont subi l’action de l’argent.
His, qui, le premier avec Coccius, a fait usage de solutions d’argent, croyait autrefois, à tort, qu’il fallait nécessairement employer des solutions fortes pour imprégner les parties extracellulaires, et pensait que les solutions faibles produisaient leur effet dans les cellules mêmes du tissu cellulaire. His ( Revue médicale suisse , t. II, p. l re ) a dit récemment s’être convaincu, à la suite de nouvelles expériences, qu’en ce qui concerne la cornée du moins, la substance fondamentale seule se laisse imprégner dès le commencement; que le précipité de chlorure d’argent qui s’est formé, ne pénètre plus tard dans les cellules, qu’après avoir été de nouveau dissous pour se transformer en une sorte de poussière d’argent déposée par l’action de la lumière.
Afin d’obtenir ce dernier changement, His trouva bon d’exposer pendant quelque temps à la lumière des coupes de cornée , imprégnées de nitrate d’argent et placées dans une solution de sel de cuisine, d’acétate d’ammoniaque,
ou bien d’humeur aqueuse. On obtient souvent ainsi des images d’une beauté surprenante. Au milieu d’une masse claire de substance intercellulaire, on voit les petits corpuscules de la cornée et leurs ramifications entièrement pénétrés par les précipités d’argent. L’action de la lumière produit ici un effet durable. Recklinghausen conseille dans ce cas une solution de sel de cuisine très-étendue; His, au contraire, veut que cette même solution soit trèsconcentrée.
On s’est encore servi d’autres sels métalliques pour imprégner des tissus, du sous-acétate de plomb, par exemple.
Nous allons parler maintenant de la dessiccation des parties animales. Cette méthode a pour but d’en extraire toute l’eau et de leur donner ainsi un degré de consistance et de densité qui permette de les diviser, à l’aide d’un bon scalpel, en tranches très-minces. Ces coupes, étant ensuite placées dans de l’eau, se gonflent et offrent ainsi l’image de leur état naturel. Nous avons déjà indiqué, dans un chapitre précédent, une série de réactifs chimiques qu’on emploie pour atteindre le même but; tels sont l’acide chrômique , le chromate de potasse , l’alcool.
La méthode de dessiccation est préférable à toute autre pour beaucoup de tissus et de parties du corps, attendu qu’on évite par là tout obscurcissement. On traite surtout ainsi, avec un bien grand avantage, les tissus qui ont une certaine fermeté, les organes riches en tissu cellulaire, comme la peau, les tendons et les parois des vaisseaux; cette même méthode est applicable aux poumons (voire même aux injections qu’on y a faites), aux muscles, à l’épiderme, au cristallin et au cordon ombilical. La dessiccation réussit moins bien pour les glandes, les ganglions lymphatiques, les membranes muqueuses délicates; elle est absolument inapplicable au cerveau, à la moelle épinière, aux nerfs et à la terminaison de ceux-ci dans les